On peut se demander, évidemment, où est l'intérêt d'un deuxième projet solo issu du même cerveau, surtout pour explorer au final les mêmes contrées que le premier. Les (excellents) premiers titres publiés par Sanctuaire, compilés sur Helserkr, renforçaient cette impression (à l'exception de bizarreries plus ambiantes dont il ne sera pas question ici). Mais la rupture sera un peu plus nette sur ce nouvel EP, permettant de donner un vrai sens à la séparation des projets. Sans pour autant opérer une vraie révolution.
Car Le Sang sur l'Acier, ce premier « vrai » EP de Sanctuaire, reste évidemment fondamentalement black (ou noir, pour parler local), comme le montre ce riff tout ce qu'il y a de plus classique qui ouvre Graver sur les pierres les souvenirs d'hier. La voix de Monarque est ici bien plus intelligible que d'habitude, ce qui rend le texte compréhensible, d'autant plus que le mixage, signé le Sorcier des Glaces (autre figure importante de la scène québécoise), met le chant très en avant, pour un résultat plutôt réussi qui permet d'apprécier les textes, pas forcément très surprenants mais bien écrits, comme souvent dans le milieu.
En trois titres (et l'inévitable interlude), Sanctuaire pose les bases d'une musique qui alterne entre moments un peu naïfs (le final de Graver sur les pierres...) et d'une beauté épique, comme l'excellent Le Sang sur l'Acier au texte païen au possible (''Les runes ont parlé!''), accompagné d'orgues du meilleur effet. Le titre final, La Chasse, amène enfin une touche de mélancolie quasi-ukrainienne (Nokturnal Mortum, Drudkh) comme Monarque (le groupe) est parfois capable d'en apporter sur ses compositions les plus mélodiques.
Bref, Sanctuaire ne réinvente pas la poudre à couper l'eau chaude, mais le savoir-faire et l'expérience de sa tête pensante suffisent à faire passer un bon moment et à faire attendre avec curiosité un opus complet. Le format court rend même Le Sang sur l'Acier étonnamment addictif...
black metal, québec
Sanctuaire
Nokturnal Mortum