Mais pour peu que ce soit pratiqué sans prétention ni visées commerciales (coucou Eluveitie) et sans sombrer dans la facilité la plus crasse (coucou Korpiklaani), le folk metal le plus classique peut aussi s'avérer sympathique, voire intelligent (coucou Finntroll, troisième nom le plus souvent cité et à mes yeux nettement supérieur aux deux autres). Et tant pis pour l'élitisme général qui refuse d'y voir autre chose que des reprises de Manau et des connards en kilt.
Ithilien fait partie de ces groupes pratiquant un folk plutôt (très) proche de celui d'Eluveitie: vielle à roue, cornemuses, bouzouki et une musique qui se définit comme folkcore – une appellation plutôt rebutante mais au final pas trop mal trouvée. Shaping The Soul est le deuxième album du groupe après un From Ashes to the Frozen lands très pro sorti en 2013. Pro est d'ailleurs le terme qui vient rapidement à l'esprit : Ithilien sait y faire. Blindfolded, qui ouvre l'album et faisait office de premier extrait, pose les bases de Shaping the Soul : une mélodie de vielle plutôt réussie, des couplets nerveux, pas de chant clair et un refrain efficace. C'est très carré et le schéma est imparable, même si on a un peu l'impression sur ce titre et le suivant qu'il manque quelque chose.
La réponse est que le tout manque un peu de variété. Le chant de Pierre, s'il est maîtrisé, manque parfois de profondeur ou aurait en tout cas gagné en impact en étant accompagné de parties plus « violentes » - ou moins : un chant clair ou féminin. Même si le risque aurait été alors d'encore accentuer une ressemblance avec Eluveitie qui saute déjà aux oreilles. Reste qu'Ithilien n'est jamais aussi bon que quand il ralentit le rythme pour nous faire profiter des ses qualités de compositeurs. Walk Away est ainsi une vraie merveille de ballade celtique sur laquelle le chant plus écorché de Pierre est totalement à-propos. De quoi accentuer le regret qu'Ithilien n'insiste pas plus sur les ambiances, privilégiant des titres directs (Edelweiss et ses riffs très death mélo, If Only et ses couplets saccadés). The Dive, mid-tempo et avec toujours ces cornemuses plutôt bien utilisées, confirme les qualités de composition du groupe.
Ithilien laisse donc ici une impression un peu mitigée ; celle d'un groupe en pleine possession de ses moyens, arrivé à maturité sur le plan technique et devenu une réelle valeur sûre, capable de pondre de vraies perles (Walk Away, The Dive, Blindfolded), mais qui pourrait montrer un poil plus de fantaisie et de variété dans le propos pour franchir un dernier palier. Le troisième album est (très) souvent celui de l'explosion ; on l'attendra avec curiosité.

Eluveitie
Korpiklaani

Ithilien