Leur quatrième LP, Psychic Drift continue de déstructurer les sons et de les « désharmoniser » jusque dans leurs parties les plus congrues, donnant ainsi une suite plus désincarnée encore (absence de guitare et de batterie) au divin Totem sorti en 2014. En quatre longues plages d'une expérimentation acoustique invitant la crispation physique aux confins des dilatations psychiques les plus insoupçonnées, White Suns interroge perpétuellement l'auditeur quant à ses capacités ; capacités à accepter ; capacités à questionner ; capacités à comprendre et surtout à transfigurer ces « dérives psychiques » annoncées par le titre et l'artwork de l'album...
L'anxiété, la dépression et l'inquiétude sont ces « écarts » instillés par les longs tapis électro-drone de Korea, long titre d'ouverture accrochant progressivement les sons électroniques étirés, triturés et totalement saturés aux modulations acoustiques extrêmes qui évoquent les recherches de la fréquence psychique. Les vocaux trouvent lentement leur place dans ce chaos ordonné ; Kevin Barry les récite d'abord, avant de devoir les hurler (à partir de la onzième minute) pour passer au-dessus des bruits industriels férocement sales. Presque quinze minutes d'un cerveau en proie à la divergence (« Wandering under a foreign highway... The static roar of cars overhead is an abyss my mind must avoid »), perdu (« No one knows I am gone ») et pourtant en quête d'un « autrement » apaisé (« I can't sleep with all this trash »). Les recherches continuent sur Pilgrim, lieu sonore où se superposent de façon plus mécanique, drone, indus et harsh-noise, mais la dérive est grande : « Washed up on the shore of civilization... I have brought nothing to an empty place. »
La violence électroacoustique saturée de Year Without Summer et de Medecine Walk invite à plus d'audace. Dana Matthiessen multiplie les diffractions tandis que Kevin Barry supplie (« Lay your head down in a hole in the ground »), mais les lignes de tension demeurent vives ; il s'agit d'éprouver sa conscience et de faire preuve d'attention (« An old disfigured tree sprouts new buds, with my hands I read its lines and swells, it speaks of the body and transferred energy. I am listening. ») Il faudra néanmoins se résigner. L'on ne s'écarte pas impunément des longues lignes droites tracées par la conscience : « My voice dies ten feet from my mouth. A predator form enters my gaze. It knows my name. » L'autre moi va reprendre la main pour enfouir profondément ces « méta-chimiques » aventures divergentes. Il ne reste plus qu'à remercier White Suns de nous avoir révélé cet autre chemin et de nous avoir fait confiance.
Une géniale urgence !
Noise-drone.
White Suns