Peep ouvre donc cet album de jolie manière mais à l'écoute du solide bloc de tubes qui le suit, il fait plutôt figure d'intro étendue. Car Way Out, qu'on a pu découvrir en single quelques semaines avant la sortie de Drops, ajoute une dimension de profondeur et d'intensité à la musique du groupe. Sommes-nous toujours dans le grunge purement 90s ? Il serait sans doute plus valorisant d'ajouter que le groupe a pu se parer des influences actuelles pour créer une nouvelle entité musicale jusqu'alors inexplorée. Mais Fitz Roy fait volontairement le choix de se poser là, comme bloqué dans l'espace-temps auquel il rend hommage.
Mais revenons sur ce bloc Way Out - Animal - Back Off, triptyque des singles sortis par le groupe au cours des quelques derniers mois et qui couvre la première moitié de cet album (ou presque). Car tant qu'à rendre hommage à une scène, autant bien le faire. Et si Way Out montre une facette introspective du groupe avec un refrain déchirant et parfaitement amené, Animal révèle un Fitz Roy à l'attitude plus détachée, blasée. La voix de François Chandelle s'identifie par un timbre rauque et granuleux qui colle parfaitement avec la musique du groupe, similaire dans les sonorités au son gras des guitares des deux frères.
Là où le groupe est le plus efficace, c'est clairement sur les passages et titres pêchus précités. C'est sur son approche plus low-tempo et ambiancée que le groupe peut parfois pousser le truc trop loin : la voix granuleuse peut devenir grinçante sur In A Bag, jusqu'à nous empêcher de profiter du très bon Loreen ; pourtant un excellent titre en l'écoutant isolé du reste de l'album.
Un excès de gimmicks qui n'est heureusement pas fatal puisque le groupe apporte un vent de fraîcheur en fin d'album avec Tina et le punkisant Church qui nous rappelle qu'à la base, le grunge puisait ses profondes influences dans le punk.
Drops sort de nulle part et nous présente un Fitz Roy dont l'univers est pleinement assumé, capable de pondre des pépites aux mélodies imparables et aux ambiances touchantes d'intensité. On peut sans trop de risque mettre cette petite perte de rythme du milieu de l'album sur la jeunesse du groupe, puisque l'album a été enregistré début 2017, soit moins d'un an après la formation du groupe. Nul doute qu'avec l'expérience de scène et de répètes et l'unification du groupe au cours des deux dernières années, Fitz Roy a encore un sacré potentiel à développer et nous balancer très prochainement !

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