Cet héritage du passé a été un frein important à l’adhésion des fans aux changements amorcés avec Siren Charms (2014) puis Battles (2016), qui s’ouvrent à un public moins sélectif dans ses attentes musicales mais plus nombreux. Le son est lisse, exempt des aspérités qui ont jalonné jusqu’alors la carrière des suédois, Anders Fridén utilise de moins en moins son growl et les chœurs sont travaillés de manière à enlever une couche d’extrême. Pourtant, avec la sortie du titre promotionnel I am Above, un feu follet s’est mis à briller au loin. I, the Mask (2019) a pour tâche de transformer cette lueur d’espoir qui a commencé à naître au travers des Jesterheads de la première heure en un immense brasier jouissif.
I, the Mask est le fruit d’un compromis : il s’engage à ne pas renier la nouvelle direction empruntée par In Flames, tout en proposant concomitamment un retour au source du death metal mélodique qui a contribué à nous ravir. En cela, l’album est un succès total.
Les paroles « Wasting what is mine, For a voice that’s calling » ou « I’m on my knees, Feel like you’ve forgotten me » du titre éponyme laissent peu de doute quant à l’état d’esprit d’Anders. A n’en pas douter, l’appel du pied du chanteur recevra un écho majoritairement positif. Le vent du passé souffle en permanence et apportera du réconfort aux Jesterheads perdus par les dernières productions. Le son a été travaillé de façon à donner l’apparence d’une continuité avec le passé, d’une rupture moins brutale que les deux précédents opus. Nous prenons le pari que la plupart des Jesterheads s’en contenteront, voire crierons au retour du génie d’antan.
Au risque de nager à contre-courant, nous n’avons pas totalement adhéré à I, the Mask qui nous laisse un goût amer d’inachevé. A notre désespoir, il n’est pas question de death metal mélodique au growl marqué ; on se rapproche fortement d’une franche du metalcore sans breakdowns ou de Verkligheten par Soilwork, à savoir d’une ouverture -trop- conséquente à un large public qui dénature l’essence de la musique qui a contribué à la renommée du collectif. Les riffs et harmonies des lignes de guitares sont mélodiques, mais la lourdeur du death metal est reléguée aux oubliettes.
Le son serait davantage plaisant s’il n’était pas déformé par des chœurs qui paraissent ne pas être en phase avec les parties instrumentales. La lourdeur de ces dernières est édulcorée par ces chœurs qui résonnent de façon trop légère. L’excellent Voices prouve pourtant qu’In Flames pourrait nous proposer un meilleur équilibre avec un chant plus sombre.
I, the Mask est un album honnête d’un point de vue qualitatif, qui pourtant dérange par le sentiment diffus qu’In Flames emballe le nouveau courant musical auquel il a adhéré dans un enrobage de death metal mélodique trop ténu à notre goût. Celui qui s’arrête à la surface du met concocté par les suédois sera ravi, tandis que le poile à gratter qui décompose le plat pour analyser ses aliments restera sur sa faim. Le succès commercial sera probablement au rendez-vous, tout comme notre frustration d’avoir entre les mains un album incapable de s’affirmer.
In Flames - I, the Mask - Death metal mélodique - Jesterhead

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