Sound of a Dead Skin pose directement la couleur de l’album : étouffante, étouffée, saturée. Mais tout en demeurant planant et même, de temps à autre, contemplatif. Sans compter l’aspect électro en lame de fond, qui ajoute une couche stérile et froide aux compositions. On s’y plaît à y déceler des similitudes avec Raketkanon, y compris par son côté chaotique. Nenuphar réquisitionne le temps, l’étire, le malaxe et le rend malléable. L’ambiance est lourde, les guitares sont pesantes et la batterie frappe au ralenti, accompagnée par le chant rauque, hurlé et désespéré de Jay Moulin. Ça joue sur les atmosphères, on pourrait se croire sur Die Kinder tanzen um das Feuer desjenigen der das Licht bringt (à vos souhaits) au beau milieu d’un paysage désolé et sous-terrain, après un éboulement et où il ne resterait plus qu’un décor calciné et jonché de fils électriques mis à nu. Une bulle hermétique avant de repartir de plus belle avec Third, certainement la piste la plus intéressante de l’album (et la plus longue, au passage, dépassant les six minutes). Une boule de nerfs confinée à son maximum, dont l’énergie se dégagerait d’un coup sans prévenir. Les racines hardcore sont saillantes et se polissent petit à petit en un metal extrême, brut de décoffrage. Ce n’est pas compliqué, chaque morceau possède son caractère, vous transporte dans une atmosphère spécifique, mais tout en restant dans un paysage atomisé : le goût baroque de My Ionic Self, le rouleau compresseur de Livity, la hargne de You Make I Real et pour finir, l’aérien BWV721, laissant planté·e là l’auditeur et l’auditrice, dans un no man’s land à jamais perdu.
Brutalism, ce sont onze compositions dont on sent qu’elles sont été construites et reconstruites, maltraitées et parfois accouchées dans la douleur. Les différents univers musicaux des artistes sont palpables, les influences sont diverses, mais se dirigent toutes vers une même direction : en ressortir quelque chose de sombre, de collant, de personnel. L’expulsion au forceps d’un goudron stagné trop longtemps dans une partie recluse de l’inconscient. Quand les Acteurs de l’Ombre, leur label, s'extirpe de sa zone de confort, ça ne rate généralement pas (on pense à Deluge ou encore Pensées Nocturnes). Mur est à suivre de près.
post black metal post hardcore electro noise
Mur


Today Is the Day
Raketkanon
