Les vétérans d’Anti-Flag, lourds de 25 ans de carrière, viennent confirmer leur rôle de contestataire de l’actuel président des USA avec 20/20 Vision (2020). Quoi de plus normal pour une formation punk à la dénomination rappelant un attachement marqué au mouvement anti-guerres me direz-vous. Et pourtant, avec son visuel et ses paroles en opposition frontale à Donald Trump, le 12e album de la formation marque une rupture de la réserve adoptée jusqu’alors par ses membres.
Hate Conquers All, titre d’ouverture, débute par une introduction durant laquelle on entend un discours tenu par Trump. Alors qu’Anti-Flag avait pour habitude de s’attaquer à l’oppression et aux systèmes politiques qu’ils estimaient injustes, ils entendent cette fois déverser leur rage à l’encontre d’un individu déterminé. Ce changement de perspective s’explique par la politique de la Maison-Blanche qu’ils considèrent comme étant ouvertement porteuse de messages discriminatoires.
Ce changement d’approche n’est pas surprenant quand on examine la trajectoire du groupe dont la détermination à défendre une idéologie commune s’est intensifiée au fils des années. Il pourrait poser un problème d’identification chez les fans qui se retrouvent dans un message antisystème plutôt qu’une contestation personnifiée, les deux n'étant pas incompatibles.
On peut s’interroger sur l’intérêt de rajouter une couche à un gâteau contestataire déjà bien fourni à l’encontre de Trump, au risque de subir une indigestion. N’aurait-il pas été préférable de questionner l’auditeur à propos de causes de la popularité montante de l’idéologie du rejet de l’autre, plutôt que de s’en prendre à une personne incarnant le phénomène ? On se consolera avec certains textes particulièrement piquants, dont l’incisif Christian Nationalist.
Comme attendu, la formation continue d’emprunter la voie qui fait son succès depuis un paquet d’années. Pour quiconque connaît un tant soit peu leur discographie, la surprise ne sera pas de mise. La musique oscille entre l’accessibilité du pop-punk et la férocité du mouvement punk dont ils sont restés fidèles aux préceptes.
Après une volée de pistes qui sentent bon le punk de notre adolescence -en tout cas pour la partie instrumentale, l’heure est venue de montrer les crocs avec A Nation Sleeps puis le saturé You Make Me Sick. La montée au vitriol est contrecarrée par le final trop gentillet Un-American et Resistance Frequencies. Nous qui souhaitions une fin sous forme de feu d’artifice musical, nous nous retrouvons bien démunis.
Avec ces textes dans la plus pure tradition punk et ses mélodies pop-punk qui pourraient aisément passer à la radio -compréhensible pour une formation ayant signée avec un label majeur, 20/20 Vision se positionne comme un continuum logique de la discographie d’Anti-Flag. Leur vision est toujours aussi précise bien qu’elle ne surprenne pas. A vous de savoir si vous pouvez vous en contenter.
Anti-Flag - 20/20 Vision - Chronique - Punk
Rage Against the Machine