Eye Flys, dont le nom est tiré d’un morceau des Melvins sur l’album Gluey Porch Treatments, propose ici avec ce premier album une mixture de rock faite maison, bien lourde et bien grasse, avec ce qu’il faut d’approche noisy pour rendre le tout brut de décoffrage et assurément grinçant. Un vieux diesel ronronnant qui crache une épaisse fumée qui arrache les poumons. Tub of Lard (qu’on pourrait traduire par un équivalent de baignoire de saindoux) se décline en dix titres, chacun incarnant un raclement de gorge expédié à la face de la population. Que ce soit sur Tubba Lard où le vocaliste règle ses comptes avec les moqueries quant à son embonpoint, dont il était la cible lorsqu’il était ado, ou encore sur Nice Guy, s’attaquant au système patriarcal de la société et dénonçant le droit de cuissage qu’exercent naturellement certains mecs sur les femmes. On est loin — et heureusement?! – du machisme ambiant du power metal des années 80.
Tube of Lard ne révolutionnera pas le monde de la musique. Et il s’en carre pas mal de vouloir le faire. Cet album est par contre à prendre tel qu’il est, dans son ensemble aussi lourd et puissant qu’abrupt et acéré. Du rock qui pue, aux relents de stoner et où les bruits des instruments, habituellement qualifiés de parasites, s’invitent en cinquième artiste. Le tout habillé d’une critique vitriolée de la société, autant de pavés balancés lors d’une manifestation. Un fragment du temps.

Eye Flys
