S’il y a bien un groupe dont je m’attendais à voir la popularité grimper en flèche en 2020 en Europe, c’est celui des suédois. Fort du succès critique dithyrambique remporté par Lotus (2019) –rares sont les productions qui peuvent se targuer d'engendrer une adhésion si forte, ils s’apprêtaient à déferler sur plusieurs festivals majeurs, dont le Hellfest et le Graspop. On ne refera pas l’histoire, mais le Covid –encore et toujours lui- est venu leur couper l’herbe sous le pied.
Ce monde en bouleversement constant a grandement inspiré Imperial (2021), une œuvre qui a pour objectif de disséquer de façon poétique et émotionnelle cette condition humaine malmenée.
Avec Imperial, Soen préserve leur son unique qui mélange de la lourdeur, de la subtilité et joue sur le tableau de l’émotionnel en restant cohérent dans son approche. Ce cinquième album contient principalement deux catégories de chansons différentes. La première catégorie regroupe des compositions massives à la puissance écrasante mais digeste en raison des mélodies maitrisées. La seconde rassemble les titres au tempo plus lent, une sorte de ballade aux messages provocateurs et percutants ; plus globalement, les paroles sont réfléchies et tentent de titiller l’auditeur même si elles peuvent paraître par moment un brin simpliste.
Soen conserve son magnétisme, peu importe le nombre d’écoutes de ce nouvel opus, grâce à sa musique tout en nuance. La structure et le style général d’Imperial sont semblables à ceux de son prédécesseur, mais avec davantage de lourdeur et un côté sombre plus marqué. Alors que Lotus se voulait atmosphérique, Imperial se veut féroce et dynamique.
La voix de Joel Ekelöf marque profondément l'identité de Soen et, à nouveau, sa performance vocale en impose en raison de son élégance sans faille. Pourtant, bien que caché derrière sa batterie, le véritable capitaine du navire reste Martin López. Le nombre de patterns et grooves que le batteur passe en revue sur chaque titre est impressionnant, avec comme point d’orgue son chef d’œuvre ultime qu’est Antagonist ; on peut sans rougir lui attribuer le titre d’homme qui murmurait à l’oreille des percussions.
Ce cinquième long effort entretient la formule éprouvée des suédois, mais avec une approche plus directe dans l’écriture. Certes, les éléments progressifs et techniques soient toujours présents, mais de façon moindre qu’auparavant. Imperial fait la part belle aux mélodies, en évitant la sensation de lassitude qui pouvait parfois naître du fait de la longueur de certaines de leurs précédentes productions.
A l’impossible nul n’est tenu et pourtant, avec Imperial, Soen réussit encore à améliorer sa musique. En parlant à notre âme avec des compositions subtiles et provocatrices tout en étant sensibles, les suédois décochent une flèche qui arrive en plein centre de la cible. Janvier 2021 arrivant à son terme, je peux conclure cette chronique en affirmant que j’ai identifié mon immanquable de ce mois, à vous d’en profiter à présent.
Soen - Imperial - Chronique - Metal progressif

Soen