Composé entre 2016 et 2019, VII – Kenoma puise son inspiration dans Musibatname, le Livre des Souffrances, un texte porté par Fariduddin Attar, poète (et mystique) Persan du XIIIème siècle. L’œuvre d’Attar s’articule autour de la contradiction entre l’idée d’un Dieu bon tout-puissant et l’expérience humaine de la douleur, de la souffrance et de l’injustice. D’où, probablement, l’accent solennel, voire austère, de ces 6 nouvelles compositions dont le son, froid, abyssal, évoque instantanément la scène islandaise et Árstíðir Lífsinsen particulier.
En une petite heure, Fyrnaskdémontre qu’il maîtrise toujours autant l’esthétique du déluge et qu’il n’a pas son pareil lorsqu’il s’agit de déverser des torrents de riffs glacés, secoués de blasts épileptiques. Il prouve qu’il sait aussi ralentir le tempo et adoucir son propos, n’hésitant pas pour cela à dépasser les remparts de la forteresse black dont il est cependant un ardent défenseur. Entre les trouvailles mélodiques imparables (telle la ligne de guitare qui métamorphose Sjóðandi Blóð et transforme la seconde partie en véritable formule incantatoire), les motifs gimmick à l’efficacité immédiate (Niðamyrkr), le quintet allemand célèbre encore des mariages surprenants mais heureux (l’impeccable Hrævaþefr mixe ainsi riffs post-metal, soundscapes hypnotiques et chants liturgiques, tandis que Helreginn et Dauðvána s’aventurent sur les terres de la musique sacrée).
L’addition de ces petits détails qui tapent juste à chaque fois, l’ouverture réussie à des registres musicaux fort éloignés du metal traditionnel et un sens affirmé de la musicalité font de ce VII – Kenoma une expérience sonore captivante. Avec ce quatrième effort, parfaitement produit et cohérent de la première à la dernière notes, Fyrnaskaccroche une très belle pépite (noire) à sa discographie et livre l'un des tout meilleurs albums de ce début d'année.
Fyrnask
Árstíðir lífsins