Bien que Zeal & Ardor soit présenté comme étant un groupe, Manuel Gagneux reste la pierre angulaire du projet en assurant tout à la fois la casquette d’auteur, interprète de tous les instruments –à l’exception de la batterie- et des voix sur ce troisième album à la dénomination éponyme.
L’ambivalence des genres est la clé pour comprendre l’essence de Zeal & Ardor. Cette union contradictoire qui gouverne la formation se retrouve dans le parcours de vie du leader, lui qui est le fruit de l’union d’un père biologiste suisse et d’une mère chanteuse de jazz ; le blanc et le noir étaient amenés à être réunis. Cette dichotomie, qui fut parfois difficile à accepter pour la société qui a forgé la personnalité de Manuel Gagneux, permet de mieux comprendre la cohérence de la formation.
Ce nouvel long effort continue sur la lancée des prédécesseurs avec son metal d’avant-garde qui pousse à la coexistence entre deux genres situés de l’un et l’autre côté du spectre musical. Les opposés s’attirent et forment une union solide, on ne le dira jamais assez ; metal et blues sont unifiés sous l’autel de la spiritualité.
Les thèmes restent semblables à ceux évoqués lors des deux premiers opus mais sont interpréter avec un degré de véhémence qui n’avait pas encore été affiché jusqu’alors. La douleur et le courage qui émanent des chants d'esclaves vieux de plusieurs siècles subissent le blasphème des trémolos black metal, courbant sous le poids d’un blues qui fait mordre la poussière. Le temps des louanges à Dieu est révolu, l’avènement de Satan est arrivé.
Par ailleurs, alors qu’on regrettait que les deux premiers albums pouvaient se targuer d’une musique spirituelle de qualité mais d’un traitement du black metal fort stéréotypé, le troisième essai est le bon. Il suffit d’écouter Death To The Holy ou Church Burns pour s’en convaincre. Satan semble avoir changé de camp, le plus diabolique d’entre-nous n’est plus à chercher parmi les bruleurs d’édifices religieux du nord de l’Europe.
Tout n’est qu’opposition chez Zeal & Ardor, nous vous avions prévenus. Götterdämmerung, nous rappelant au bon souvenir de Wagner, le démontre à nouveau avec ses paroles partiellement en allemand et en anglais. Dans le même ordre d’idées, le drone industriel de Godflesh tente de résister à un flot de litanies sataniques.
Zeal & Ardor est sans conteste le meilleur album de la formation à ce jour. Capable de déchainer l’enfer tout comme de calmer les plus énervés d’entre-nous à coup de rythmes de blues, les opposés sont réunis avec succès alors qu’on aurait pu craindre un manque de renouvèlement tendant vers l’ennui du fait de sa redondance. Si vous ne vous êtes pas encore penché sur le cas de Zeal & Ardor, il est grand temps de rattraper le temps perdu.
Zeal & Ardor - Chronique - Manuel Gagneux - Metal - Avant garde

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