Interview

MASTODON

Mercredi 12 juin 2013


© Tim Tronckoe

SMA : Vous venez de jouer deux concerts aux Sonisphere Festivals en Italie et en France. Comment tu te sens après ces deux dates ?

Brann Dailor :
Je me sens vraiment bien après ces deux concerts. Ce sont deux gros festivals avec pas mal de public donc c’est toujours chouette d’y jouer. Puis à chaque fois qu’on vient jouer en festival en Europe c’est toujours l’occasion de revoir des gars qu’on n’a plus vus depuis pas mal de temps. Ce sont toujours les mêmes équipes donc on finit par se connaître.

SMA : Vous êtes en tournée avec l’album "The Hunter" depuis maintenant presque deux ans. Vous avez déclaré il y a quelques jours que le groupe préparait son prochain album. On peut en savoir un peu plus ?

B.D. :
Oui nous sommes occupés à rassembler pas mal de trucs pour un nouvel album. On a pas mal de morceaux, mais on doit encore voir s’ils vont ensemble et comment on peut les agencer. On fera ça quand on pourra enfin rentrer à la maison donc on en saura un peu plus dans le milieu du mois d’août je pense. Tout ce que je peux te dire pour l’instant c’est que le matos que l’on a maintenant sonne vraiment comme une sorte d’une vieille version de nous-même. On évolue toujours, mais au final le passé vient se combiner à de nouveaux éléments qui eux, proviennent des nouvelles expériences que l’on a faites.

SMA : Est-ce que ce sera basé sur un concept comme ce fût le cas pour pas mal de vos albums ?

B.D. :
Peut-être. Sérieusement on ne le sait pas encore nous-mêmes tu sais. Ce sera quelque chose de neuf sans pour autant faire table rase du passé. Ce sera inspiré de cette période que l’on a vécue entre la composition des dernières chansons que l’on a composées et ce qui ressort de notre vie actuellement. Ce ne sera pas un truc qui viendra seulement du fait d’avoir lu un livre, même si parfois un livre peut donner de l’inspiration et te faire te souvenir d’un truc que t’as vécu et qui t’a marqué. On racontera ce qu’on a ressenti à un moment donné de notre vie et on l’interprètera à travers la musique en essayant d’être le moins superficiel possible. En fait cela résulte de ce que tu vis, penses et fais à un moment donné. Ça peut être positif ou négatif, mais il y a quelque chose qui se passe. Pour moi c’est le meilleur moyen d’écrire un morceau. Tu sors ce que tu as en toi via des métaphores et tu mets de la musique autour.


© Tim Tronckoe

SMA : The Hunter a probablement été l’un de vos albums les mieux reçus par la presse. Vous vous attendiez à un tel retour ?

B.D. :
Non pas du tout. La seule chose que l’on peut contrôler c’est le fait de savoir si nous nous aimons le disque. On ne peut jamais se dire ouais, ce disque-là va faire un tabac et celui-là un peu moins. Maintenant que les journalistes l’aient bien aimé, oui je suis content, mais ce n’est certainement pas à ça que je pense en faisant un disque. On espère toujours que les gens vont aimer ce que l’on fait, mais on ne sait jamais le prédire.

SMA : Y-a-t-il une certaine pression ?

B.D. :
Oui il y en a, mais seulement celle que l’on se met nous-même. Après 13 ans on veut garder l’attention de nos fans, ne pas les décevoir, ça c’est la seule pression qu’on a.

SMA : Tu as chanté un titre complet sur cet album précédent. Est-ce que l’on te retrouvera au chant sur le prochain album de Mastodon ?

B.D. :
Je ne sais pas. Là j’ai eu mon moment de gloire (rires). Ca arrivera peut-être encore, qui sait. En fait chanter c’est juste un autre challenge pour moi. Jouer de la de la batterie en chantant ce n’est pas si simple. Je trouve que je ne chante pas bien en jouant de la batterie et que je ne joue pas bien de la batterie en chantant. (rires) Par contre si je ne fais que chanter, là oui je chante bien. Et je suis un bon batteur quand je ne chante pas. Bref, ce n’est pas gagné (rires).

SMA : Lors de la réalisation de The Hunter, vous avez confié la production à Mike Elizondo. S’il a travaillé avec Avenged Sevenfold
Avenged Sevenfold


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, il est plutôt connu pour avoir pas mal bossé dans le hip hop et notamment avec Dr.Dre. Comment s’est passée cette collaboration et pourquoi l’avoir choisi lui ?

B.D. :
Il nous a apporté des crêpes mexicaines donc on n’a pas pu dire non ! (rires). Non en fait de la musique c’est de la musique, quel que soit le style. Définir que quelqu’un fait du bon boulot en fonction du genre, ce serait con. Je ne juge pas la musique en fonction de son style, mais plutôt par rapport aux sentiments qu’elle produit. Que ce soit Beethoven, Mastodon
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, Metallica
Metallica


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ou Dr. Dre n’a rien à voir avec un genre de musique en particulier, mais plutôt par rapport à ce que ça provoque comme émotion. En bossant avec Mike on a voulu faire une expérience en mixant son travail avec le nôtre et ça a donné un super album. Maintenant je peux comprendre que pour certaines personnes l’association de Mastodon avec un type qui a joué avec Dr. Dre pendant des années peut paraître bizarre.

SMA : Tu sais déjà si vous allez continuer à bosser avec lui pour le prochain album ?

B.D. :
Non, on n’a pas encore décidé ce qu’on allait faire au niveau de la production donc je ne peux pas te répondre.


© Tim Tronckoe

SMA : Je crois que tu as écouté beaucoup de jazz dans ton enfance grâce à tes parents qui étaient également musiciens. Quelle a été l’influence du jazz dans ton jeu ?

B.D. :
Je pense que mon style de jeu est peut-être semblable à celui des premiers batteurs de rock. Pour la plupart ils sont tous passés par le jazz avant de jouer du rock. Ils ont gardé cette sensibilité qui émane du jazz. Au fil du temps le jeu s’est simplifié, mais certains gardent cette approche plus jazzy qui, au final, est plus rigoureuse car toutes les mesures sont importantes et les rythmes très changeant. J’essaye donc de garder cette approche. Je me considère plus comme étant de la famille des batteurs de fusion, ceux qui se basent sur l’écoute. Bill Cobham, par exemple, m’a pas mal influencé. Ou Genesis aussi.

SMA : Le jazz c’est une musique rigoureuse aussi un peu comme la musique classique, ça ne s’apprend pas si facilement…

B.D. :
…personnellement je n’ai jamais pris un cours de batterie. Je pense que la musique ça s’apprend à travers les sentiments et les émotions. Maintenant je suis très loin d’être un modèle (rires). Mais c’est clair que pour être un bon batteur, prendre des cours jazz, ça peut aider. En fait quand je joue je me sens comme un batteur de jazz ou de fusion, mais en fait je ne sais pas trop de quoi j’ai l’air (rires). Mon truc c’est plus d’entrer dans la musique au niveau de l’hallucination, je n’ai pas envie d’être trop stricte ou rigoureux dans mon jeu, je préfère me laisser flotter et emporter par le son. L’important pour moi, c’est l’écoute et de suivre ses sentiments.

SMA : Il y a dix ans, avant que Mastodon ne deviennent incontournable, vous avez joué en Belgique dans une toute petite salle pas loin de Bruxelles. Le nom de la salle est le Sojo et le concert était organisé par Orange Factory Belgium. Est-ce que tu te souviens de ce concert ?

B.D. :
Orange Factory, oui je me souviens. Cette salle me semblait ne pas être plus grande que cette pièce. On avait l’impression de jouer devant 300 personnes tellement c’était petit, mais en réalité il n’y en avait pas plus de 150. Et il y faisait sacrément chaud !



SMA : Quand tu regardes 10 ans en arrière et que tu compares la renommée actuelle du groupe tu en penses quoi ? Car ce soir c’est sold out et la salle est vachement plus grande que celle du Sojo.

B.D. :
Comme tu le disais, le show dont tu parlais a eu lieu il y a dix ans. Ça fait 13 ans que le groupe existe donc on n’est pas arrivé où l’on est par hasard. On a beaucoup travaillé. On compare souvent l’évolution du groupe à celle d’un enfant. Tu es de plus en plus grand au fur et à mesure des années, des albums, du nombre de concerts que tu joues. Et à chaque étape il y a un peu plus de monde. Je crois que c’est néfaste pour un groupe d’avoir du succès trop rapidement. Si un groupe devient énorme dès la sortie de son premier album, tout le monde attend le suivant au tournant et si le groupe se plante on le flingue. Il y a plein d’exemples. Pour nous, cette évolution s’est faite graduellement, lentement. On n’est pas devenu un gros groupe du jour au lendemain. Je crois qu’on peut faire être heureux de notre carrière car on a grandi avec nos fans.

SMA : En 13 ans d’existence, vous n’avez jamais changé de line-up. Quel est le secret de cette stabilité ?

B.D. :
Il n’y a pas de secret. On s’aime tous et surtout on se respecte ! Pour nous les relations humaines sont plus importantes que tout le reste. Parfois un membre doit se consacrer à sa famille, la moindre des choses est de le laisser faire. On se soucie de chacun, on parle beaucoup, mais on sait aussi se laisser tranquille. Parfois les gens sont vraiment étonnés quand on dit que tout le monde s’entend bien dans le groupe, mais c’est la vérité.

SMA : J’ai rencontré Jason Newsted avant cette interview (Ndlr : Newsted
Newsted


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, le groupe de Jason Newsted, jouait en première partie de Mastodon
Mastodon


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ce soir-là). Même s’il ne regrette rien, il me disait qu’il avait dû faire un tas de sacrifices quand il jouait pour Metallica. Est-ce que tu sacrifies beaucoup de choses pour Mastodon ?

B.D. :
Oui, bien sûr ! Le groupe est par définition intrusif sur mes relations amicales et familiales. C’est inévitable, mais parfois c’est trop. Mais c’est de ma faute. Parfois je ne sais pas dire non car je n’ai pas envie de décevoir les autres. Je devrais peut-être faire plus attention à mes relations familiales. Mais bon, comme tout le monde dans ce milieu, je fais de mon mieux. En tout cas, j’essaye. (rires) Mais tu sais ce n’est pas facile d’avoir un bon équilibre entre la vie en tournée et la vie à la maison. T’es avec ta famille et puis tu dois leur dire, bon allez je pars, on se voit dans 6 mois… Parfois on a envie de rentrer, de se retrouver avec sa famille ou d’être vraiment complètement seul… Mais le groupe fait partie de ma vie, c’est ma vie…
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