Reportage

The Sheila Divine : Sermon électrique

Bruxelles (Ancienne Belgique), le 28-05-2026

Dimanche 31 mai 2026



Il existe des groupes que l’on redécouvre comme on retombe sur une vieille photo retrouvée dans un carton humide : un peu froissée, vaguement oubliée, mais capable de vous renvoyer un torrent entier de sensations à la figure en moins de dix secondes. The Sheila Divine
The Sheila Divine


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fait partie de cette catégorie-là. Un de ces noms que l’on croyait rangés quelque part entre la fin des années 90 et les compilations gravées à la va-vite, avant de réaliser qu’ils ont continué à vivre dans un coin du cerveau, tapis derrière une ligne de guitare ou un refrain mélancolique. Et ce soir, à l’Ancienne Belgique, les Américains reviennent comme des types qui n’ont jamais totalement quitté la pièce.


Formé à Boston en 1997 autour d’Aaron Perrino, le groupe débarque à une époque où le rock alternatif américain ressemble à un gigantesque carrefour embouteillé entre les restes du grunge, l’explosion emo et les groupes indie nourris à la mélancolie sous amphétamines. Les critiques rapprochent rapidement leur son des grandes figures post-punk des années 80 tout en y percevant l’intensité émotionnelle du rock alternatif américain de R.E.M.
R.E.M.


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ou Sunny Day Real Estate
Sunny Day Real Estate


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. Des formations emblématiques comme The Smiths
The Smiths


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et The Chameleons ont, quant à elles, façonné leurs lignes de guitare expressives, mélodiques et texturées. Leur marque de fabrique ? Une dynamique permanente entre accalmies et explosions, des refrains immenses et cette voix capable de passer du murmure fragile au hurlement parfaitement maîtrisé en une poignée de secondes. Pas assez formatés pour devenir gigantesques, beaucoup trop sincères pour disparaître totalement. Résultat : une carrière construite en marge, mais un statut culte qui n’a jamais vraiment quitté le groupe, particulièrement en Belgique. Au point que le trio aime lui-même parler de sa fameuse fanbase “BBB’s” : Boston, Buffalo, & Belgium ! Ici, The Sheila Divine
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est devenu “le groupe américain préféré des Belges”, presque par accident, porté par les festivals, le bouche-à-oreille et une fidélité du public qui ne s’est jamais vraiment éteinte. Et les revoilà donc pour un passage toujours aussi apprécié par la case ‘Ancienne Belgique’.

Cette tournée arrive aussi à un moment particulier pour le groupe : moins d’une semaine après la sortie de « The Middle Ages », leur nouvel album. Un disque profondément humain, traversé par le deuil, les angoisses familiales, les tensions politiques et cette impression persistante que le monde devient chaque année un peu plus difficile à habiter. Chez Aaron Perrino, même les refrains les plus immenses gardent toujours quelque chose d’un cri lancé contre l’époque.



Mais tout d’abord, place à une première partie de choix avec nos locaux de The Romans
The Romans


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. Débarqués autour de 1987-1988, ces messieurs apparaissent dans un moment charnière où la scène alternative européenne se structure progressivement, entre héritage post-punk, premiers élans indie rock et influences power pop plus mélodiques. Très vite, ils imposent une identité sonore claire : des guitares lumineuses, des refrains solides et une écriture directe, débarrassée du superflu. Leur passage remarqué en finale du Humo’s Rock Rally en 1988 confirme cette dynamique et leur offre une visibilité importante dans le paysage belge. Mais contrairement à d’autres groupes issus de ce circuit, les Romans ne connaîtront jamais l’élan commercial espéré. Ils poursuivent néanmoins leur parcours sur la durée, publiant plusieurs albums jusqu’en 2000 et construisant une discographie cohérente, ancrée dans une tradition power pop nourrie par des groupes comme Hüsker Dü
Hüsker Dü


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, Big Star
Big Star


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ou encore The Replacements
The Replacements


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. Avec le temps, cette position “intermédiaire” devient presque leur signature involontaire : trop mélodiques pour le rock brut, trop rugueux pour la pop FM. Une forme d’underground élégant, assumé malgré lui, qui finit par leur correspondre parfaitement. Sur scène, cette identité prend une forme encore plus incarnée. Ils ouvrent la soirée avec une élégance légèrement cabossée. Leur set agit comme une montée progressive en température : d’abord contenu, presque classe, avant de laisser les guitares s’étendre davantage morceau après morceau. On pense parfois à une rencontre improbable entre Editors
Editors


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et The National
The National


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coincée dans un tunnel bruxellois à trois heures du matin. Ils terminent leur prestation avec Someday Cindy, leur titre emblématique ayant eu son petit succès à l’échelon local. Une ouverture sobre mais tendue, qui nous installe dans de parfaites conditions avant le déferlement du groupe suivant.



C’est dans une configuration Ballroom (à savoir les balcons fermés) que l’AB accueille The Sheila Divine
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, 25 ans après leur unique passage sur le Boulevard Anspach. Et ce soir, la salle possède cette odeur particulière des concerts où l’on croise autant d’anciens étudiants devenus des comptables fatigués que de trentenaires venus comprendre pourquoi certains parlent encore de l’album « New Parade » avec les yeux humides. Mais pas de spleen trop caricatural ici…

Dès Gods of War, le ton est donné : les amplis vont parler fort et les émotions encore plus. Aaron Perrino débarque avec cette allure de professeur de littérature qui aurait décidé de hurler ses névroses sur scène plutôt que dans un carnet Moleskine©. La voix accroche immédiatement. Toujours ce mélange de tension nerveuse et de fragilité qui faisait déjà merveille sur « Where Have My Countrymen Gone ». L’enchaînement entre The Middle Ages et No Favors agit presque comme un basculement émotionnel. Le premier installe une certaine atmosphère, portée par des guitares larges et crépusculaires où la voix d’Aaron Perrino semble flotter entre résignation et colère contenue tout en rappelant une Amérique non loin d’un retour au Moyen Âge… Le second déboule sans réellement relâcher la pression : le morceau transforme cette gravité en urgence nerveuse, avec un riff plus frontal et une montée électrique qui donne au concert une soudaine accélération du rythme. À l’arrière-plan, des images de la vie quotidienne américaine sont diffusées et très vite, le show prend cette couleur particulière que seuls certains groupes savent produire : celle d’une nostalgie qui ne ressemble jamais à une reconstitution. Par surprise et contre toute attente, un de leurs grands classiques qu’est Hum est offert à l’assemblée et c’est tout bonnement parfait ! Le détour par Radar emprunté à Dear Leader
Dear Leader


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, l’autre formation de Perrino, ajoute une texture plus tendue et abrasive au concert. Chez lui, tout semble appartenir au même récit : les groupes, les blessures, les mélodies et probablement les horaires de sommeil.



Et puis arrive Every Year. Immédiatement, on se sent dériver. Ce morceau agit toujours comme un trou noir. Certains chantent les yeux fermés, d’autres fixent simplement la scène comme on regarde un vieux train partir sans comprendre pourquoi ça serre autant la gorge. Afin de détendre l’atmosphère, on rappelle aux plus angoissé.e.s que Age Is Just A Number avant un Life is Fragile qui porte parfaitement son nom. Le morceau flotte dans la salle avec cette manière très américaine de transformer l’angoisse existentielle en refrain gigantesque. Le public belge, lui, connaît parfaitement la procédure : lever les yeux, chanter fort, renverser légèrement sa bière (pas trop grave, on se resservira). Le groupe joue avec une décontraction presque suspecte. Pas de grands discours ni de démonstration inutile. Juste des morceaux balancés avec précision et sincérité. Pendant que Countrymen étire ses guitares comme des néons sous pluie froide, Hurry Up fait bouger les épaules… Pendant quatre minutes, toute la salle retrouve mystérieusement son métabolisme de 2001 avant qu’Automatic Buffalo ne débarque avec son énergie nerveuse et ses changements de dynamique permanents. Puis Like a Criminal clôture le set principal dans une montée quasi cathartique, transformant l’AB en karaoké géant.

Et évidemment, le rappel…

Les premières notes de I Climbed Inside a Whale déclenchent immédiatement une réaction excessive dans la salle, exactement le genre de disproportion affective qui résume parfaitement la relation entre le groupe et la Belgique depuis plus de vingt-cinq ans. Là où d’autres auraient terminé avec une ballade prévisible, The Sheila Divine
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décide ensuite de dégainer Raging Red. Enfin, Back To The Cradle vient fermer la soirée avec une élégance mélancolique parfaite. Titre idéal, d’ailleurs, tant toute la carrière du groupe ressemble à une longue bagarre menée avec classe contre l’oubli, les modes et probablement quelques démons personnels au passage.



Finalement, le plus impressionnant reste peut-être là : The Sheila Divine
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ne fonctionne pas comme un groupe revenu rejouer son adolescence. Un album comme « The Middle Ages » prouve au contraire qu’ils ont encore des choses à dire, et surtout une manière bien à eux de transformer l’usure du temps, les désillusions et le chaos ambiant en chansons gigantesques. Dans un monde où tant de groupes reformés ressemblent à de pâles photocopies d’eux-mêmes, The Sheila Divine
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continue d’avancer avec ses cicatrices visibles et ses mélodies immenses. Et c’est probablement pour ça que la Belgique continue de les aimer autant : parce qu’ils n’ont jamais vraiment cherché à devenir cool. Juste nécessaires, de temps en temps, pour rappeler que les meilleures chansons sont souvent celles qui donnent l’impression d’avoir survécu à quelque chose…

Remerciements à Greenhouse Talent

Texte et photos : Panda


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AUTEUR : Panda
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, pas...
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, passionné d'Histoire, de théâtre, de bande dessinée et de football, il est très (voire trop) éclectique dans ses goûts musicaux (metal/rock mais aussi pop, folk, new wave, electro). Il a rejoint l...
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, passionné d'Histoire, de théâtre, de bande dessinée et de football, il est très (voire trop) éclectique dans ses goûts musicaux (metal/rock mais aussi pop, folk, new wave, electro). Il a rejoint l'équipe de SMA en février 2016 en tant que chroniqueur de concerts désireux de partager ses expériences live ! ...
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, passionné d'Histoire, de théâtre, de bande dessinée et de football, il est très (voire trop) éclectique dans ses goûts musicaux (metal/rock mais aussi pop, folk, new wave, electro). Il a rejoint l'équipe de SMA en février 2016 en tant que chroniqueur de concerts désireux de partager ses expériences live ! ...
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, passionné d'Histoire, de théâtre, de bande dessinée et de football, il est très (voire trop) éclectique dans ses goûts musicaux (metal/rock mais aussi pop, folk, new wave, electro). Il a rejoint l'équipe de SMA en février 2016 en tant que chroniqueur de concerts désireux de partager ses expériences live ! ...

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