Yamil (guitare, chant) : Alors, on est Abstracted Mind, une formation moitié argentine, moitié néerlandaise, mais on vit tous aux Pays-Bas. On joue du metal symphonique mêlé à du metal progressif et à d'autres influences très variées. Nous avons débuté en 2020, à Buenos Aires, juste tous les deux, Juli et moi. C’était la période Covid, c’était pas facile de faire de la musique en dehors de notre cercle.
Juli (chant, basse) : On s’est lancés d’abord comme groupe studio, pour cette raison aussi. Puis, en fin 2021, on a déménagé aux Pays-Bas et c’est à partir de là qu’on a évolué vers un groupe de scène, et plus seulement un projet studio.
Comment avez-vous rencontré vos musiciens ? ça a matché tout de suite ?
Yamil : Une fois installés ici, on a d'abord pris nos marques. Ensuite, on a recommencé à composer. On a décidé de passer de l'espagnol à l'anglais pour les paroles, tout simplement parce qu’on voulait qu'elles soient facilement comprises. Et puis, une fois qu’on a eu environ sept ou huit chansons, on a commencé à chercher les autres membres du groupe. Et honnêtement, ça n'a pas été compliqué : on les a trouvés presque tout de suite.
Juli : On a eu énormément de chance, je suppose. On a posté un message dans un groupe Facebook pour dire qu'on cherchait un bassiste, et Rutger a envoyé un message du genre : « Salut, je suis bassiste. J'aime bien le style. » On a fait un appel vidéo. On a discuté un peu, et on s'est dit : « Ouais, d'accord, sympa.» Et puis, avec Eva, notre batteuse, on a commencé parce que quand on a déménagé, on ne connaissait personne dans le milieu. On a commencé à aller voir des concerts locaux et à connaître les groupes qui jouaient ici. C'était aussi une façon de rencontrer du monde, sinon, il aurait été très difficile de décrocher des dates et de faire connaître notre musique. Et là, on a rencontré Eva, notre batteuse.

A quel moment avez-vous vraiment décidé de dépasser le studio pour faire quelque chose de plus grand ?
Juli : Quand on est arrivés ici, on s'est dit : « C'est le pays d'où viennent la plupart des groupes de metal symphonique qu'on adore.» Du coup, on imagine qu'il y aura un public. Et puis, on a vraiment voulu jouer nos morceaux sur scène. Au moment de déménager, on a décidé de réfléchir plus loin à un projet axé sur le live et de tenter notre chance ici, car la situation est très difficile pour les groupes de metal en Amérique latine.
Dans cette optique, vous avez désormais sorti votre premier album, Break Down Your Fears. Avant ça, vous aviez sorti un EP et quelques singles. Qu’est-ce-qui vous a convaincu qu’il était temps de proposer quelque chose de plus conséquent ?
Yamil : Les singles que nous avions sortis auparavant servaient plutôt à préparer l'album. L'idée de départ, dès la sortie d'Eternals par exemple, il y a deux ans, c’était de préparer le terrain pour faire quelque chose de vraiment cool. Il y a tout l'amour qu’on veut mettre dans cette musique, et on voulait que le public apprenne un peu à nous connaître avant la sortie de l'album, donc on a voulu partager quelques extraits, un single par-ci, un autre par-là, pour permettre aux gens de se préparer et de savoir à quoi s'attendre.
Et comment s'est déroulé le processus de création ? J'imagine que vous êtes, tous les deux, les cerveaux, les « mastermind », si l'on peut dire, du groupe. Alors, comment cela se passait-il ? Est-ce que vous proposiez et composiez des chansons, et ensuite l'autre ajoutait sa patte ?
Yamil : Pour cet album, toutes les chansons étaient déjà écrites lorsqu’on a commencé à chercher des musiciens, mais certaines idées ont émergé plus tard, au fil des répétitions. Le fait de jouer avec d'autres personnes donne vie au morceau. On réalise alors qu'il peut être amélioré ou prendre une autre tournure. Mais sinon, oui, en général, on écrit tous les deux. Le plus souvent, Juli arrive avec une idée de mélodie vocale et des accords, au piano ou autre. Et à partir de là, on commence à construire la partie métal par-dessus. Parfois, c’est une idée plus orchestrale. Ça dépend.
D’une certaine manière, je trouve que le titre évoque vraiment une lueur d'espoir, peut-être, comme vous le disiez, l'idée de lâcher prise, de se dire que tout ira bien, ce genre de choses. Mais d'un autre côté, certaines paroles sont parfois très sombres. Comment ces deux facettes coexistent-elles ?
Yamil : Notre idée pour l'album était d'exprimer différentes choses, d'aborder des sujets qu'il nous semblait important de partager, qu'il s'agisse d'émotions, de santé mentale, de questions sociales ou même de la guerre, et de tout ce qui se passe dans ce conflit insensé. Mais nous ne voyons pas les choses sous un angle négatif ; c'est plutôt une façon de dire : « Hé, voilà ce qui se passe, soyez attentifs. » C’est un peu comme sortir de sa bulle, en gros.
Juli : Certaines chansons sont nées de ce qu’on vit au quotidien, pas seulement nous, mais tout le monde dans le monde d'aujourd'hui, avec les réseaux sociaux qui nous rendent en quelque sorte prisonniers de ce que les autres pensent de nous. Il y a aussi l'image que vous renvoyiez aux autres, et ce sentiment de désarroi qui l’accompagne : que faire lorsqu'on voit quelqu'un souffrir ? Est-ce qu'on détourne simplement le regard pour poursuivre sa vie, ou est-ce qu'on agit ? Ce genre de choses doit être exprimé ; il y a peut-être des gens qui ressentent la même chose mais qui ont peur d'en parler, et notre musique leur sert en quelques sorte d’exutoire et de preuve qu’ils ne sont pas seuls.

Vous êtes donc arrivés aux Pays-Bas, qui est un véritable vivier pour le « female-fronted » metal symphonique, avec des groupes comme Within Temptation ou Delain, ces formations qui ont véritablement façonné le genre. Quels sont vos principaux atouts dans ce genre très concurrentiel, surtout ici ?
Yamil : En fait, on se dit simplement qu’on n'est pas là pour réinventer le genre. On essaie juste de, je ne sais pas, de rester fidèles à nous-mêmes et on a tendance à mélanger un peu de tout dans notre musique, mais c'est simplement parce qu'on écoute beaucoup de choses ! Je pense donc qu’on suit simplement ce qui nous vient à l’esprit. On ne cherche pas à imiter qui que ce soit, même s'il y aura forcément des similitudes, puisque cela reste du metal symphonique.
Juli : Et puis, ce sont aussi nos influences, tu vois : des groupes comme Epica, Within Temptation, After Forever ou Kamelot. Autant de formations qu’on écoute au quotidien. Mais nous, on essaie de se renouveler à chaque morceau, il n'y a pas de formule toute faite. On veut vraiment évoluer avec chaque chanson et tenter de nouvelles choses.
Que diriez-vous aux personnes qui ne vous connaissent pas pour les inviter à vous découvrir ?
Yamil : Eh bien, si vous aimez les grands orchestres, les chœurs et la musique épique... L'atmosphère, c'est aussi de la musique, une musique digne du cinéma. On a aussi ajouté quelques petites touches progressives ici et là pour rendre le tout un peu plus intéressant. On a également quelques influences death et black metal, donc si vous aimez ça, ça devrait vous plaire !
Enfin, en tant que groupe et en tant que musiciens, maintenant que l'album est sorti, quelles sont vos attentes pour l'avenir ? Peut-être quelque chose de vraiment important, comme assurer la première partie d'un groupe plus grand, ou autre chose du genre.
Juli : Eh bien, on veut défendre l'album autant que possible. On envisage une tournée, mais on réfléchit aussi à en organiser une petite nous-mêmes. Et pourquoi ne pas voir les choses en grand ? On serait ravis de jouer des festivals de plus en plus grands !

Within Temptation


Kamelot