Après plusieurs années de composition à distance, Ølyp a sorti son premier album, « I(m)MORTAL », le 25 septembre dernier.
Derrière les riffs massifs et les ambiances immersives se cache une démarche engagée : questionner notre rapport à la nature, à l'individualisme et à la crise environnementale.
Rencontre avec deux musiciens qui, via une expérience sonore, lancent un véritable appel à la reconnexion et à l'action.

Si je ne m’abuse, c’est début 2026 que vous avez sorti votre projet de l’ombre en présentant un premier single « The Human Error ». Racontez-nous la naissance d’Ølyp ?
La création du groupe remonte en réalité à 2019, pendant un séjour en bivouac dans les fjords norvégiens. On y allait pour des vacances, une déconnexion du monde moderne et une reconnexion à la nature. En discutant, on s'est rendu compte qu'on avait les mêmes goûts musicaux, qu'on découvrait les mêmes groupes chacun de son côté et qu'on partageait l'envie de faire de la musique instrumentale et de porter un projet aussi loin que possible, en faisant passer la qualité et la patience avant tout. C'est là qu'on a décidé de monter un groupe à deux, en vivant à quasi 800 km l'un de l'autre (Lille pour David, à l'époque, et Toulouse pour Thibaud).
S'en sont suivies 4 années d'écriture à distance, de composition live/jam et de répèt' quand on le pouvait, puis on est entré en studio au printemps 2023 avec Chiaran Verheyden (Psychonaut, Hippotraktor, Bear, etc.) et David Castel (Psykup, Lysistrata, etc.).
On a ensuite essuyé quelques problèmes de santé, préparé la révélation publique du projet en tournant des clips, en démarchant des professionnels comme Klonosphère (notre distributeur), ce qui nous amène effectivement à cette année 2026.
À quoi/qui fait référence le nom du groupe ?
C'est un nom inventé en hommage à la Norvège (d'où le Ø), berceau du projet et dont les paysages ont eu un fort impact sur l'écriture de l'album, car l'environnement et le rapport de l'humain à la nature y ont une place centrale.
Pourquoi une formule duo ? Quel est la plus-value de ce format ?
D'abord parce que le but n'était pas juste de faire de la musique (donc de chercher les instrumentistes dont on aurait eu besoin), mais surtout de faire la musique qu'on voulait faire ensemble, à deux, entre amis si proches et qui se comprennent sans se parler. Avant de la rendre publique, c'est une musique qu'on a faite pour nous, pour se faire plaisir, pour explorer nos capacités à exprimer nos émotions et à véhiculer des propos et des valeurs qui nous sont chers. La symbiose qui est la nôtre, à deux, est donc un pilier sur lequel on voulait bâtir le projet. Pour ce qui est de la plus-value, les décisions sont plus rapides à prendre et il y a moins d'agendas à synchroniser !
David est à Bruxelles et Thibaud en France. Comment travaillez-vous ensemble ?
Les maquettes sont sur un Drive commun, on a le même DAW et les mêmes plug-ins sur nos ordis respectifs et on s'écrit/s'appelle souvent (que ce soit pour les compos, la comm', tout ce qui peut être lié au groupe mais aussi à nos vies personnelles évidemment, on reste amis avant d'être musiciens). On compose ensuite de manière itérative, en se proposant mutuellement des idées de riff, de mélodie, de patterns rythmiques, que l'on fait évoluer jusqu'à ce que le morceau prenne vie.
On dit que vous mêlez le metal progressif massif et le post-metal ambiant. Est-ce une description qui vous convient ?
Oui bien sûr, elle est de nous d'ailleurs ! Ce sont deux univers qui nous plaisent et nous parlent énormément, qu'on aime autant écouter qu'explorer nous-mêmes en composant et dans lesquels on se sent les plus libres pour traduire nos émotions en musique. Ça nous donne une palette de "couleurs" très large, tant en matières de sonorités que de rythmes ou d'arrangements.
Vous parliez de la nature, tout à l’heure. Quelle place prend-elle dans votre musique ? C'est une inspiration? Un support? Autre chose?
Elle y prend une place centrale. Plus qu'une inspiration ou un support, c'est un moteur et un enjeu qu'on veut mettre en avant, au premier plan. L'inaction persistante des forces au pouvoir face aux alertes décennales, aux conséquences réelles de la dégradation de l'environnement et à la volonté populaire de stopper la machine capitaliste nous ronge autant qu'elle nous nourrit. C'est avec ce projet qu'on apporte notre voix au combat.
Vous êtes un duo instrumental. La musique est-elle plus forte que les mots ?
On utilise les deux en réalité : l'avant-dernière piste de l'album, par exemple, est un texte qu'on a écrit en s'inspirant d'un discours de Carl Sagan au 5th Emerging Issues Forum de 1990, dans lequel il dénonce justement l'inaction des forces au pouvoir face à une menace tout à fait réelle qui est celle de la crise écologique. Ici, les mots nous permettent de poser un cadre clair sur nos valeurs, nos messages et d'insufler (on l'espère) une envie d'action face à cette crise chez les personnes qui nous écoutent. Quant à la musique instrumentale, elle laisse plus de place à l'auditeur.trice pour s'immerger dans les morceaux, les interpréter à sa manière et les faire siens. En conjuguant paroles et instruments, on espère ainsi à la fois transmettre un message et permettre aux personnes qui nous écoutent de le porter à leur tour et à leur façon.
Comment se sont déroulées les premières scènes ?
Excellemment bien ! On a eu la chance que Psychonaut nous prenne comme première partie sur les dates néerlandaises de leur tournée World Maker, on était donc sur scène avec un de nos groupes préférés, devant le public à qui notre musique s'adresse et dans des salles hallucinantes et mythiques, avec un personnel aussi professionnel qu'attentionné à chaque fois. C'était un rêve éveillé. Il y avait évidemment beaucoup de stress, c'est la première fois qu'on jouait nos morceaux sur scène, on a eu 2 semaines pour s'y préparer (ce qui inclus apprendre à programmer un light show de 42 minutes et toute la logistique pour faire venir Thibaud de Toulouse jusqu'aux Pays-Bas avec instruments, merch, etc. (rires). C'était une expérience intense ! Mais quel bonheur.
Que voulez-vous transmettre au public ?
L'énergie de se mettre en action face à la crise environnementale, l'envie de se rassembler et de se reconnecter les un.es aux autres, le bien-être de se reconnecter à soi-même en balayant les dictats de performance.

Votre premier album "I(m)MORTAL" est sorti le 25 septembre dernier. Pouvez-vous nous le présentez ?
C'est un album instrumental, mêlant post-metal et metal progressif, avec un peu de black metal atmosphérique aussi. C'est le fruit de plusieurs années de réflexion sur les messages que l'on veut porter sur l'individualisme, la crise environnementale, la santé mentale et sur la manière dont on veut les véhiculer. Les noms des morceaux et les énergies qu'on y construit en sont les principaux supports. On a réfléchi avec beaucoup d'attention aux endroits où on amène nos auditeur.trices avec nos instruments et la production qui les entoure. C'est aussi un terrain de jeu dans lequel on pouvait s'exprimer ensemble pour la première fois, ayant eu des projets séparément auparavant, de manière totalement libre et avec une symbiose qu'on se connaissait déjà.
Quelles sont vos ambitions pour la suite ?
Présenter notre album sur scène en premier lieu, se produire autant que possible et partout où notre public se trouve. En parallèle, des idées et l'envie d'écrire continuent d'affluer, le prochain album est déjà composé à 90%, mais on va d'abord prendre le temps de faire vivre I(m)MORTAL auprès du public.
Pourquoi faut-il écouter Ølyp ?
Parce qu'on propose un voyage dans une palette émotionnelle vaste et variée, qui offre à la fois une introspection et une réflexion sur la vie humaine dans sa globalité. I(m)MORTAL est une pause nécessaire dans nos vies effrénées, une prise de recul qui permettra, on l'espère, de reconsidérer où l'on place ses propres curseurs sur nos choix de vie, individuels et collectifs.
Le duo que vous admirez (à part vous : - ) )?
Il est dur de n'en citer qu'un. Les duos ont cette particularité de reprendre les caractéristiques à la fois de l'individu, pouvant être un héros ou un modèle, et du groupe. L'image qu'il véhicule est donc à la fois iconique et riche, et peut s'appliquer à bien des domaines : la musique, le cinéma, la BD, l'humour, etc.
Le mot de la fin ?
D'abord, merci pour cette interview et tes questions très intéressantes, et merci pour cette vitrine que tu nous offres. Ensuite, à nos auditeur.trices, prenez et gardez espoir, vous avez de la valeur et l'union sera toujours plus puissante que le reste.
Ølyp



Psykup