Le groupe a vu le jour en 2007 et a décidé de faire son grand retour cette année. Pouvez-vous nous expliquer ce qui a motivé ce come-back ? Qu'avez-vous appris durant cette période ?
X-POZED a débuté en 2007. Après des années de concerts, la sortie de deux EP et de notre premier album, la vie a fini par nous emmener dans des directions différentes. Il n'y a jamais eu de rupture brutale ou dramatique. Parfois, les choses ralentissent, tout simplement. Les priorités changent, les membres fondent une famille, ont un travail ou d'autres projets... et sans qu'on s'en aperçoive, quelques années ont passé. Mais le groupe n'a jamais totalement disparu de nos vies. L'envie de faire de la musique ensemble était toujours là. Lorsqu'on a évoqué l'idée de rejouer, cela nous a semblé étonnamment naturel. On ne voulait pas revenir par simple nostalgie. Si X-POZED devait renaître, il nous fallait créer de nouveaux morceaux. C'est sans doute là que réside la plus grande différence aujourd'hui. Quand on était plus jeunes, on voulait tout, tout de suite. Aujourd'hui, on est bien plus patients et sans doute bien plus conscients de notre identité en tant que groupe. On n'a pas besoin de prouver qu'on est le groupe le plus rapide, le plus lourd ou le plus technique du lot. On veut simplement composer une musique qui reflète nous reflète. Curieusement, cette prise de recul nous a aidés à mieux nous comprendre.
Vos goûts musicaux ont-ils évolué depuis ? Quelles sont vos principales sources d'inspiration en 2026 ?
Absolument. Nous avons presque vingt ans de plus qu'à nos débuts avec X-POZED. Ce serait étrange que nos goûts musicaux n'aient pas changé. Les fondations hardcore et metalcore sont toujours bien présentes, mais aujourd'hui, l'inspiration peut venir de n'importe où. Certains d'entre nous écoutent du metalcore moderne, d'autres du hardcore, du death metal, de la musique alternative ou des genres totalement différents. On ne se met pas autour de la table en disant consciemment : « Écrivons un morceau qui ressemble à tel ou tel groupe. » Ce qui compte, c'est l'énergie. Un riff doit donner envie de bouger. Un breakdown doit avoir une raison d'être. Une mélodie doit apporter quelque chose sur le plan émotionnel. C'est peut-être ce qui a le plus changé. Il y a des années, les influences étaient bien plus évidentes. Aujourd'hui, tout ce que nous avons écouté au cours des vingt ou trente dernières années finit, d'une manière ou d'une autre, par se retrouver dans notre musique.

A Cure For Worse est votre deuxième album, le premier depuis 2012. Pouvez-vous décrire votre processus de création ? A-t-il évolué depuis cette époque ?
Le processus d'écriture a indéniablement été différent cette fois-ci. A Cure For Worse n'a pas été conçu dans l'optique de recréer le X-POZED de 2012. Nous voulions préserver l'ADN du groupe, tout en faisant en sorte que l'album reflète qui nous sommes aujourd'hui. Une grande partie de la musique naît de riffs ou d'idées de base que nous apportons en répétition. À partir de là, chacun commence à ajouter des éléments, à modifier les structures, à supprimer des passages ou parfois même à déconstruire totalement l'idée initiale (rires). Nous sommes sans doute beaucoup plus critiques qu'auparavant. Une chanson ne survit pas simplement parce que quelqu'un a trouvé un riff sympa ; tout doit servir le morceau. Les paroles revêtent également une importance capitale sur cet album. On y retrouve beaucoup de frustration, de colère, de déception, de confrontation et d'introspection. Des titres comme The Martyr / The Symptom, Forgiveness et Through Suffering abordent ces émotions sous des angles différents. C'est d'ailleurs de là que vient le titre « A Cure For Worse » (Un remède au pire). La musique ne résout pas par magie tous les problèmes de la vie. Mais transformer une expérience négative en chanson permet parfois d'éviter que la situation ne s'aggrave davantage. En ce sens, cet album est devenu notre remède au pire.
Back Down est d'ores et déjà devenu un véritable hymne pour votre groupe, entre résilience et refus de baisser les bras. Pouvez-vous nous raconter l'histoire de cette chanson ?
Back Down incarne sans doute mieux que n'importe quel autre titre de l'album l'état d'esprit de X-POZED. Il s'agit d'atteindre ce point de rupture, où l'on a été poussé à bout. Les gens peuvent douter de vous, vous sous-estimer ou vous dire ce que vous devez faire ou ne pas faire ; mais, à un moment donné, vous devez choisir : soit vous acceptez la situation, soit vous tenez bon. Pour nous, ce sentiment résonne aussi très fortement avec l'histoire du groupe lui-même. Faire son retour après une si longue absence n'est pas forcément chose facile. La scène musicale a énormément changé. Nous avons vieilli. Il y a des milliers de nouveaux groupes. Personne n'attendait notre retour. Au fond, deux options s'offraient à nous : se plaindre ou se mettre au travail. On a choisi la seconde. C'est pourquoi cette chanson est devenue une sorte d'hymne pour nous. Back Down, ce n'est pas prétendre être invincible. C'est encaisser les coups, se relever et refuser de disparaître en silence.
La plupart des paroles sont assez brutales et intenses, abordant des thèmes comme la colère, la vengeance, etc. La musique vous semble un bon moyen d'extérioriser ces sentiments ?
Absolument. C'est sans doute l'une des principales raisons d'être de ce genre de musique.
Il y a des émotions difficiles à exprimer dans une conversation ordinaire. La colère, la frustration, le ressentiment, la déception… ce ne sont pas toujours des émotions « jolies », mais elles sont bien réelles. Écrire des paroles permet de les exagérer, de les disséquer et parfois de les affronter. On peut prendre ce qui nous ronge de l'intérieur et le transformer en une chanson de trois minutes où l'on peut hurler à s'en arracher les poumons. Cela ne signifie pas pour autant qu'il faille prendre chaque phrase au pied de la lettre. Pour nous, la musique est un moyen très sain de gérer ces émotions. On les canalise dans des riffs, des paroles et des concerts au lieu de les porter en soi. Et il y a un autre aspect : une fois qu'une chanson est sortie, elle ne nous appartient plus uniquement. Quelqu'un en France, en Belgique ou ailleurs peut l'écouter et se dire : « Putain, c'est exactement ce que je ressens. » C'est l'une des choses les plus puissantes que la musique puisse accomplir.

Comment en êtes vous arrivés à cette collaboration avec Fleur, du groupe MARCH sur le titre FORGIVENESS ? Comment cela s'est-il passé ?
Tout est parti d'Evelyne, de l'agence Octaaf, qui s'occupe de l'accompagnement de notre groupe. C'est elle qui nous a suggéré Fleur. Elle avait décelé quelque chose chez elle et nous a dit en substance : « Vous devriez jeter une oreille à ce qu'elle fait. Elle a une voix vraiment cool et beaucoup de charisme. » Et elle avait tout à fait raison. Pour nous, il était important que cette apparition en « featuring » ne soit pas là juste pour le principe d'avoir une collaboration sur l'album. Il fallait que cela apporte à la chanson quelque chose que nous ne pouvions pas créer nous-mêmes. C'est exactement ce qu'a fait Fleur. Sa voix apporte une couleur et une charge émotionnelle totalement différentes à cette partie du morceau. Surtout au moment du « I forgive you », il y a un contraste saisissant entre sa voix et l'agressivité qui l'entourent. Cela crée une vulnérabilité qui ressort vraiment sur le disque. La collaboration en elle-même s'est faite très naturellement. Fleur a compris ce qu'on recherchait, tout en y apportant sa propre personnalité. C'est là que le charisme dont parlait Evelyne s'est vraiment révélé. Au final, c'est devenu bien plus qu'un simple ajout de voix féminine à un morceau. Fleur a véritablement apporté une dimension supplémentaire. Avec le recul, il est difficile d'imaginer ce passage sans elle.
L'album se clôt sur un morceau intitulé Better Days, le plus optimiste du disque. Croyez-vous en des jours meilleurs ?
Il le faut bien (rires). Et oui, Better Days a été délibérément placée à la fin de l'album. A Cure For Worse n'est pas exactement un disque joyeux. On y trouve de la colère, de la frustration, de la souffrance, de la confrontation et un lourd bagage émotionnel tout au long du parcours. Finir l'album sans aucune perspective aurait laissé une impression d'inachevé. Mais Better Days, ce n'est pas non plus de l'optimisme aveugle. Il ne s'agit pas de dire que tout ira bien par magie dès demain. C'est plutôt une question de volonté d'aller de l'avant. Parfois, les jours meilleurs ne viennent pas d'eux-mêmes. Il faut se battre pour les atteindre. Il faut accepter certaines choses, en laisser d'autres derrière soi et continuer à avancer, même quand on ne sait pas exactement où l'on va. C'est peut-être aussi là que se trouve X-POZED aujourd'hui. Nous n'avons plus vingt ans. Nous savons à quel point la vie et les groupes peuvent être imprévisibles. Mais nous sommes là, nous avons réalisé un album dont nous sommes extrêmement fiers, et les gens l'écoutent. Alors oui, nous croyons en des jours meilleurs.
À quoi peut-on s'attendre après la sortie de votre album ? Des dates de tournée ?
La sortie de A Cure For Worse ne marque pas notre lignée d'arrivée. Au contraire, on a plutôt l'impression que c'est le début du chapitre. Pour l'instant, l'objectif principal est simple : jouer autant que possible et porter ces morceaux sur scène. Nous avons aussi d'autres contenus visuels en préparation. Notre première lyric video, pour le titre No Tolerance, est déjà sortie ; une autre est prévue, et on travaille également sur un nouveau clip officiel. Côté concerts, nous visons au-delà de la Belgique. On aimerait retrouver les scènes des festivals et jouer davantage à l'étranger. Cela dit, il y a clairement quelques scènes qui figurent sur notre liste d'envies : on aimerait beaucoup retourner à l'Alcatraz après y avoir joué en 2024, enfin participer à l'Ieperfest, et jouer au Pits à Courtrai, un lieu qui nous attire depuis des années. Et 2027 marquera aussi les vingt ans de X-POZED. C'est assez dingue quand on y pense. On ne se considère donc absolument pas A Cure For Worse comme une sorte de testament musical ou un album de retour nostalgique. On est là. Et on est curieux de voir jusqu'où on est capable d'aller.
