
Le coup d’envoi de la soirée est donné par Mojo and The Kitchen Brothers, un groupe de cinq chevelus belges qui s’impose rapidement en tissant une nappe atmosphérique de psychédélisme spatial porté par une floraison de notes pianotées par les trois guitaristes, soutenu par un duo rythmique basse-batterie infaillible.
Leur mélange de garage rock, de blues et de psychédélisme est porté par des riffs lourds, tranchants et un groove soutenu. Si on ferme les yeux, on se croit transporté dans une chevauchée sans fin dans les plaines du grand ouest américain, de la poussière plein la face et les tympans vibrants au bruit des fouets qui claquent l’arrière-train du bétail convoyé.

Après une introduction qui semble interminable et un sound check qui semble ne pas avoir été réalisé au préalable, quand The Mystery Lights démarre, c’est une véritable explosion sonore qui s’abat sur le Botanique. Fondé à Salinas en Californie avant de s’installer à New York,The Mystery Lights s'est forgé une réputation solide dans la scène underground, avec un son caractéristique qui puise ses racines dans le rock des années 60, tout en y apportant une modernité brute et viscérale.
En live, la prestance du groupe est magnétique, en particulier celle du chanteur Mike Brandon, dont la voix éraillée et les mouvements frénétiques sur scène captivent instantanément le public. Brandon a l’énergie d’un showman de l'ère du rock'n'roll classique, canalisant sa rage tout en maintenant une connexion hypnotique avec l'audience. Leur approche minimaliste du son et leur authenticité, souvent saluées par la presse, leur confèrent une aura quasi mystique, où chaque performance semble un moment unique de chaos maîtrisé.
Le concert débute avec Mighty Fine & All Mine, un titre explosif qui donne immédiatement le ton : un rythme saccadé et sautillant, une voix braillarde, et une énergie débridée. Melt et Memories enchaînent rapidement, illustrant cette montée en puissance qui caractérise si bien les performances du groupe.

Leur dernier album est sans conteste mis en exergue. Purgatory, sorti plus tôt cette année, est joué dans son entièreté. Ce disque marque un tournant dans la carrière du groupe, avec des compositions plus travaillées, explorant des thématiques plus noires. Sur scène, les titres de cet album prennent une nouvelle dimension. Purgatory résonne comme un morceau clé du set, où les guitares reverbérées et les rythmiques martiales créent une atmosphère lourde, presque oppressante. Can't Sleep Through the Silence et Traces nous plongent davantage dans le psychédélisme, avec des répétitions hypnotiques qui captivent l’audience. La force de l’album Purgatory réside dans sa capacité à allier rage et mélancolie, un mélange que The Mystery Lights traduit parfaitement sur scène.
Cerebral Crack, titre issu du même album, est l’un des moments forts du concert. Sa progression lente et hallucinogène entraîne les spectateurs dans une spirale sonore intense, où les guitares deviennent presque incantatoires. Mike Brandon, dans un état de transe, hurle ses paroles avec une urgence palpable et fait valdinguer une avalanche de coups de pieds à travers l’air. La section rythmique, assurée par Alex Q Amini à la basse et Zach Butler à la batterie, ajoute une dimension tribale qui renforce l'ambiance mystique du morceau.

Le set s’achève avec Thick Skin, un morceau nerveux et abrasif qui précède un rappel tout aussi furieux. De retour sur scène, The Mystery Lights enchaînent avec I'm So Tired (Of Living in the City), un cri de désillusion porté par des guitares tranchantes, avant d’exécuter Someone Else Is in Control, dénonçant la perte de contrôle dans une société étouffante. Le groupe rend ensuite hommage à ses racines garage rock en reprenant I Hate You des Monks, un classique, avant de clôturer la soirée avec une version survoltée de Demolicion des Los Saicos, morceau emblématique du rock péruvien des années 60. Ce final explosif laisse la salle dans un état de transe, avec un public extatique qui en redemande.
The Mystery Lights ont prouvé une fois de plus qu’ils sont l’une des formations les plus captivantes de la scène garage rock actuelle. Entre l’énergie brute de leurs anciens titres et la profondeur de leur nouvel album Purgatory, le groupe a offert un concert inoubliable, à la fois intense et hypnotique. Le public du Botanique, happé dès les premières notes, n'a jamais pu décrocher. Grâce à un set parfaitement maîtrisé et un rappel en apothéose, ils confirment leur statut de groupe incontournable pour les amateurs de rock brut et psychédélique.

Merci au Botanique pour l’invitation et mon fidèle Nico pour les photos. A plus!
