Reportage

Blonde Redhead : Shoegaze-moi ça, Valentine !

Bruxelles (Ancienne Belgique), le 14-02-2026

Dimanche 15 février 2026



Vous pensiez que le 14 février était uniquement réservé aux chocolats hors de prix, aux roses fatiguées ou aux textos super embarrassants de votre ex avant d’aller vous coucher ? Détrompez-vous ! Hier soir, à l’Ancienne Belgique, Bruxelles a décidé de célébrer l’amour à coups de guitares abrasives, de voix en apesanteur et de mélancolies chics directement importées de New York. Blonde Redhead
Blonde Redhead


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est apparu sur scène comme on s’installe dans un film de Sofia Coppola : une entrée en matière tout en atmosphère, en silences habités, en mélancolie diffuse et en lumières qui semblent flotter bien plus qu’elles n’éclairent. Et nous, public docile, frémissant et consentant, nous étions prêt.e.s à nous laisser dissoudre avec volupté…


Mais bien avant que Blonde Redhead
Blonde Redhead


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ne prenne possession des lieux, c’est le trio belge HEISA
HEISA


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qui a ouvert le bal avec une performance loin d'être timide. Originaire du Limbourg, ce groupe alternatif flirte avec des influences aussi diverses que Black Midi
Black Midi


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, Battles
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ou encore Swans
Swans


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afin de créer un rock nerveux, hypnotique et intensément vivant. Sur scène, la filiation avec Tool
Tool


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ne fait aucun doute et leurs compositions serrées et sinueuses sont servies par des guitares lourdes, des rythmes primaires et une batterie puissante qui impose une tension constante, presque cinématographique. Leurs morceaux évoluent entre moments presque méditatifs en début de show, convoquant des éclairs bruitistes et des descentes dans des grooves hypnotiques qui accrochent l’attention dès les premières secondes avant de finir en une sorte de chaos contrôlé. Une performance portée par un enchevêtrement de voix Le public est rapidement happé, bousculé, convaincu et a cette sensation étrange et captivante d’être entraîné vers un univers presque primitif… Bref, un prélude parfait avant l’élégante mélancolie qui va s’installer dans quelques instants.



Originaires de villes et de cultures différentes (Italie et Japon), les trois membres de Blonde Redhead
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ont pourtant façonné, à New York, un territoire sonore qui n’appartient qu’à eux. D’abord inscrit dans le sillage de Sonic Youth
Sonic Youth


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, leur rock rugueux s’est peu à peu transformé, au fil des albums, en pièces plus aériennes, délicates et mélodiques.

La salle est désormais bien remplie de celles et ceux ayant téléchargé leur premier slow sur un fichier MP3 piraté et compressé à l’excès, de trentenaires élégants qui ont survécu à l’ère MySpace, de très jeunes esthètes qui portent du noir avec conviction, de quadra fidèles qui ont usé leurs Converse sur les parquets collants des salles indés, de quinqua curieux venus vérifier que la mélancolie électrique n’a rien perdu de sa superbe et même de quelques adolescents accompagnés d’un parent initiateur, preuve vivante que certaines chansons se transmettent comme des secrets de famille…

Les lumières s’estompent à 21h précises ! Premier frisson. Ça commence tout en suspension. Avec Melody Experiment, on est à mi-chemin entre un slow sous stroboscope et une messe indie. Il y a du Portishead
Portishead


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dans l’air, une sensualité retenue, une intensité qui ne demande qu’à éclore. Sur Falling Man, on quitte les brumes les plus éthérées de leur répertoire pour retrouver une tension plus organique, presque frontale. Le morceau avance sur une ossature nerveuse : batterie sèche, basse rampante, guitare qui griffe plus qu’elle ne caresse. La voix d’Amedeo Pace, légèrement voilée, porte une certaine fragilité, mais aussi une urgence comprimée, comme si chaque phrase était prononcée au bord d’un aveu. C’est du tout grand art ! En ce début de show, comment ne pas remarquer Kazu Makino ? Silhouette fine, elle chante comme on confierait un secret… Pas de surjeu, pas de cabotinage, elle habite chaque souffle. Sa voix flotte, fragile mais précise, chaque note sur un fil entre Björk
Björk


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et Hope Sandoval, avec cette retenue toute japonaise qui transforme la pudeur en arme massive (Dr Strangeluv). À sa gauche, Amedeo Pace sculpte le son comme du marbre. Ses riffs passent de l’angularité héritée de leurs jeunes années noisy à des nappes enveloppantes dignes de Slowdive
Slowdive


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comme sur ce Snowman sublime qui arrive, glacé, élégant, comme un hiver new-yorkais chanté par une voix qui sourit malgré le gel. Sa voix terrienne, plus rugueuse que celle de Kazu, crée un dialogue amoureux, parfois fraternel, parfois conflictuel. Et derrière eux, Simone Pace à la batterie. Jamais décoratif, toujours moteur. Précision métronomique, parfois krautrock mais toujours organique. Autour de nous, ça hoche la tête en cadence, comme si chacun recalibrait son cœur sur la batterie. Un « I Love You, Kazu ! » venu du public se fait entendre et on sourit à la réaction à la fois timide mais reconnaissante de la principale intéressée.



Les deux parties de Sit Down for Dinner s’enchaînent comme un diptyque émotionnel. Une première moitié tout en contemplation, presque baroque dans ses textures et en second rideau, une montée plus affirmée et cette mélodie qui s’infiltre et refuse de vous lâcher. Dans le public, ça respire plus fort… Il y a cette sensation étrange que chaque morceau vient réveiller une version différente de nous-mêmes : l’ado introverti, l’étudiant arty, l’adulte un peu cabossé mais toujours romantique… L’atmosphère change complètement avec Doll Is Mine et ses lignes de guitare nerveuses qui semblent tourner autour de nous comme un félin en cage. Il y a dans ce morceau une froideur élégante qui rappelle la new wave la plus sèche ou certains versants minimalistes de Sonic Youth
Sonic Youth


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. Juste une crispation maîtrisée, un fil tiré lentement. En live, ça serre la gorge. Ça hypnotise. Ça ne cherche pas à séduire mais ça en impose sévèrement. Ce qui frappe surtout, c’est leur économie de gestes. Pas de grands discours, pas de blagues interminables entre les morceaux. Quelques mots, sobres, presque timides. À plusieurs reprises, on surprend un regard complice entre Amedeo et Simone, un léger sourire de Kazu quand une montée se termine exactement comme prévu. Ce sont des détails minuscules, mais ils racontent tout : la longévité, la cohésion, la confiance. Une conversation musicale de haut niveau, un échange triangulaire où personne ne cherche à dominer. Et puis vient Kiss Her Kiss Her. Kazu lâche ses instruments et empoigne le micro pour un retour aux racines plus brutes au temps où Blonde Redhead
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fricotait davantage avec l’expérimental qu’avec la pop sophistiquée. Le groupe pousse même le raffinement jusqu’à conclure le morceau par une coda qui évoque les plus envoûtantes séquences d’ASMR. Inutile de dire qu’à ce stade, plus personne ne touche terre… Si SW apporte une pulsation plus directe et quasi dansante, le trio a l’élégance de clôturer avec la lumineuse et contemplative Via Savona, un dernier souffle dream pop sous des profondeurs presque aquatiques laissant les spectateurs que nous sommes en suspension…



Un rappel plus que nourri incite nos hôtes du soir à nous revenir sur scène au bout de quelques minutes. Par ces temps sombres et une actualité qui n’est pas des plus joyeuses, Kazu Makino exhorte la foule à hurler sa rage et ses frustrations avant d’entamer Before, qui avance comme un battement de cœur sous un néon, tendu, sensuel et hypnotique avant le délicat déluge de Spring and by Summer Fall et Rest of Her Life qui agit comme une promesse murmurée, fragile, solennelle, inoubliable…

C’est ainsi que le rideau tombe sur une performance lumineuse, et nous voilà propulsés dans la nuit froide et humide, la tête remplie de ces mélodies réconfortantes et le cœur encore chaud de leurs échos, comme des étoiles suspendues que l’on emporte avec soi…

Remerciements à l’Ancienne Belgique

Texte et photos : Panda




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AUTEUR : Panda
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, pas...
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, passionné d'Histoire, de théâtre, de bande dessinée et de football, il est très (voire trop) éclectique dans ses goûts musicaux (metal/rock mais aussi pop, folk, new wave, electro). Il a rejoint l...
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, passionné d'Histoire, de théâtre, de bande dessinée et de football, il est très (voire trop) éclectique dans ses goûts musicaux (metal/rock mais aussi pop, folk, new wave, electro). Il a rejoint l'équipe de SMA en février 2016 en tant que chroniqueur de concerts désireux de partager ses expériences live ! ...
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, passionné d'Histoire, de théâtre, de bande dessinée et de football, il est très (voire trop) éclectique dans ses goûts musicaux (metal/rock mais aussi pop, folk, new wave, electro). Il a rejoint l'équipe de SMA en février 2016 en tant que chroniqueur de concerts désireux de partager ses expériences live ! ...
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, passionné d'Histoire, de théâtre, de bande dessinée et de football, il est très (voire trop) éclectique dans ses goûts musicaux (metal/rock mais aussi pop, folk, new wave, electro). Il a rejoint l'équipe de SMA en février 2016 en tant que chroniqueur de concerts désireux de partager ses expériences live ! ...

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