Lorsque j'arrive dans la salle, le public est déjà bien présent (c'est suffisamment rare pour le souligner) près de la scène pour les Suédois de The Guilt. En me faufilant pour m'approcher de la scène je rencontre donc un guitariste à la moustache à paillettes et une chanteuse en outfit de fitness, tous les deux survoltés et occupant parfaitement toute la surface de la scène par des sauts, des grands écarts, des jeters de jambe (oui le jargon de la danse je maîtrise pas à 100%) et des mouvements improbables. Je sens mes muscles se tendre rien qu'à assister à la démonstration d'endurance de la chanteuse Emma qui ne tombe jamais à court d'énergie. The Guilt est finalement un combo aerobic-electro-rock survitaminé qui, en terminant son set par son single Dance For The Revolution, nous prouve une fois de plus que la Suède est un vivier intarissable de groupes qui parviennent à ajouter ce côté dansant à tout ce qu'ils touchent (pensez Refused ou The Hives).

Le set de The K commence difficilement. Face à des problèmes techniques avec sa guitare dès le premier morceau du concert Intrusive Behavior, Seb (chanteur / guitariste) semble toutefois ne pas se laisser démonter et change d'instrument tout en continuant à chanter, puis rebelote avec ses cables, alors que le bassiste et le batteur continuent à tenir le rythme. Visiblement irrité par ces soucis techniques, le groupe fait alors une courte pause dans son set le temps de régler tout ça. Ce genre de faux départ peut ruiner un concert mais le public liégeois connaît bien The K. Le groupe reprend donc de plus belle un set garage, crade à souhait et terriblement puissant avec des morceaux issus de ses deux excellents albums My Flesh Reveals Millions Of Souls et Burning Pattern Etiquette. Avec ce côté détaché et arrogant, le frontman est parvenu au fil des années à forger une identité à son groupe : jouant ses concerts en caleçon, cheveux longs et barbe négligée, il provoque constamment son public en le faisant participer à l'aventure par des gimmicks prévisibles mais toujours efficaces. La partie de ce set où il confie sa guitare à une demoiselle du public en mode ''démerde-toi et gratte-là-dessus'' où ce moment improbable où il va chercher les membres du public un par un (parfois à la force des bras) pour les placer sur scène. Il est amusant à ce moment d'observer le comportement des membres du public, d'une part ceux qui en profitent pour danser et faire la fête, d'autre part ceux embarassés d'être là et plus à l'aise dans la pénombre du coin de la salle. Si la personnalité du chanteur / guitariste peut faire de l'ombre à Geoffrey et Siegfried, respectivement bassiste et batteur du groupe, il suffit de les observer quelques minutes pour comprendre que leur rôle au sein de The K est on ne peut plus actif et même primordial pour tenir le gouvernail. Au final, les membres de The K auront prouvé qu'ils ont définitivement acquis des réactions de pros tout en gardant cet aspect roots, rock'n'roll et Jupiler.

Les membres de Cocaine Piss ne s'en cachaient pas, ils avaient vraiiiiiiment hâte de jouer cette release party. Annonçant la veille de ce concert son arrivée dans le collectif liégeois JauneOrange (The K, Hollywood Porn Stars...), Cocaine Piss clôture ce soir le troisième trimestre d'une année 2016 aux allures de rêve éveillé pour tout groupe. Alors que le public est plus présent encore devant la scène de la Zone, le groupe démarre son set par Ugly Face On, le morceau qui entame celui dont on fête la sortie aujourd'hui, The Dancer. Titre révélateur à en juger par le jeu de scène d'Aurélie Poppins, frontwoman du groupe, mélange de danseuse robotique et de trashwhore destroy, rejeton improbable d'un plan cul sous LSD entre Courtney Love, Patti Smith et Poison Ivy. Oui pas de chromosome Y ici, la chanteuse regorge de féminité lorsqu'elle sussure Masturbation à la manière d'un vieux sample glissé sur un morceau new beat des années 80 sur Happiness, présent également sur ce nouvel album. Alors que le groupe défonce tout en restituant parfaitement le côté punk et crasseux de ses morceaux dans une Zone maintenant bouillonnante et pleine à craquer, les musiciens se lâchent de plus en plus au fil des morceaux et c’est avec sa bite et son couteau qu’Aurélie Poppins va remuer la fosse. Fosse qui ne s’arrêtera pas de grouiller et de danser au son de Cocaine Piss et de son punk à paillettes. Punk gorgé d’esprit garage noisy, devrai-je ajouter. Car leur musique est la régurgitation de toutes les influences et expériences qu’ont encaissées au fil des années les boulimiques de musique qui composent le groupe. La fin du set approche et c’est très logiquement qu’ils nous envoient leur single The Dancer et des paillettes dans la tronche par la même occasion, accompagné dans leur show par le gros bonhomme doré du clip, surgi du fond de la salle.
Cocaine Piss fait mine de quitter la scène mais le public ne l’entend pas de cette oreille. Ils se concertent donc quelques secondes, car visiblement ils n’avaient pas envisagé la possibilité d’un rappel, et nous balancent un dernier morceau dans la tronche, dernière opportunité saisie par le guitariste de rejoindre le public l'espace de quelques secondes et de revenir fissa sur scène par des cabrioles.

- Aurélie Poppins, après le concert, prouvant que The Dancer, ce n'est pas qu'un titre... mais un état d'esprit -
L'afterparty (car jouer après le groupe qui fête sa release party a toujours des accents d'afterparty) est confiée à Onmens, duo gantois dans lequel on retrouve Siefried, vu et entendu plus tôt dans la soirée derrière les fûts de The K. Leur electro rock gratte, pique et écorche, ce qui n'est pas pour déplaire à la branche punk du public de ce soir, visiblement pas encore rassasiés après la déferlante Cocaine Piss. Le chant éructé de Siegfried se pose sur les beats électroniques et la guitare bien réelle de son comparse. Si la musique est basique, elle se veut frontale et atteint son but. Le public danse, fait la fête et rentre dans le jeu des Gantois.

Bref, une soirée plus que réussie et même idéale pour Cocaine Piss qui a pu se rendre compte que son album fait mouche en live et qu’il peut compter sur le soutien d’autres groupes amis pour faire d’une release party un bordel monstre… car d’après mes sources plutôt sûres, la fête s’est prolongée jusque 7h du matin !

Cocaine Piss
The Guilt



