Reportage

Une désacralisation éthérée

Huise-Zingem (Eglise Sint-Petrus-en-Urbanus), le 14-08-2021

Lundi 16 août 2021




En ce deuxième week-end d’août, le soleil est de la partie (une situation météorologique devenue plutôt rare), mais un déchirant dilemme s’impose aux amateurs et amatrices de sonorités lourdes : l’Alcatraz ou Wolvennest
Wolvennest


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? Bon nombre ayant opté pour les plaines courtraisiennes du festival, on s’est rendu de notre côté sur la place de Huise, en Flandre-Orientale, et plus précisément dans l’église Sint-Petrus-en-Urbanus. Cette dernière est en effet devenue une église ouverte, entendez par là, pour faire court, un bâtiment public, au sein duquel il est désormais possible d’y organiser notamment des concerts. Autant dire que les murs ont tremblé.

Si vous passiez dans le coin sans connaître l’affiche du jour, vous auriez certainement pu croire qu’un show d’Amenra
Amenra


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allait se dérouler dans le coin, tant les t-shirts du groupe étaient arborés ce soir-là. Le début de la messe est prévu à 19h, mais on nous annonce que les sound-checks ont pris du retard et qu’il est possible de profiter d’un rab d’une demi-heure. Autant alors siroter une petite mousse, au milieu des tombes qui entourent le monument religieux. Ambiance garantie.



À l’heure dite, après avoir eu les mains aspergées non d’eau bénite mais de gel hydroalcoolique, nous sommes invités à prendre place sur les traditionnelles chaises d’église, au séant toujours aussi inconfortable. L’arrière de l’église est coupé par un tissu semi-transparent, devant lequel est installé un podium. Tout le monde s’assied, masques et distances physiques de rigueur. Pieter-Jan Van Assch prend possession des lieux afin d’y présenter son one-man band, Innerwoud, armé de sa contrebasse. Pendant un peu moins d’une heure, le Gantois propose une intéressante musique hybride, en enregistrant en direct des nappes sonores ou des rythmiques, qui seront ensuite répétées et superposées. Des morceaux qui prennent petit à petit de l’ampleur, au fur et à mesure que les minutes s’égrènent. Transcendante et méditative, les compositions d’Innerwoud invoquent l’introspection et le calme intérieur, tout en passant au préalable par une sorte de parcours initiatique. Une introduction idéale pour cette soirée.



Quelques minutes plus tard, les test sons de Pothamus
Pothamus


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transforment instantanément les lieux et lui confèrent une aura surréaliste, où les larges murs de pierre ne se seraient peut-être jamais crus accueillir des claquements de batterie et des riffs de guitare électrique. Les notes ricochent, les sons prennent tout l’espace, l’acoustique sacrée se met au service des morceaux sludge et post-metal des Malinois. Le guitariste et vocaliste, Sam Coussens, pieds nus, fait face à son bassiste, Michael Lombarts. Les deux artistes sont surplombés par la batterie de Mattias M. Van Hulle. Dès les premières notes, une triangulation se forme et déverse dans la nef une musique lourde, opaque, monolithique, aérienne et délicieusement spirituelle. L’audience décolle, chacun.e selon l’attitude qui lui semble la plus appropriée : certain.es ferment les yeux ou tournoient de la tête, pendant que d’autres restent stoïques et concentré.es. Autant les tempes grises et dégarnies que les crânes plus chevelus entrent en osmose musicale. Après plusieurs EP, le premier album de Pothamus
Pothamus


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, Raya, sorti à la fin de l’année 2020, avait suscité un succès certain. Il est indéniable ce soir que la traduction sur scène rencontre le même panache.

La nuit est tombée, mais l’ambiance reste de mise aux alentours de l’église. Le concert de ce soir s’inscrit en effet dans le cadre du Pass 2021, une série de huit rencontres artistiques contemporaines organisées entre le mois d’août et celui d’octobre, dans les communes de Mullem, Huise, Wannegem et Lede. À l’intérieur du lieu saint, la scène est aménagée : de multiples chandeliers flanqués de bougies noires ou blanches, de l’encens çà et là et des montages de branches d’arbre, de feuilles mortes, de peaux de bêtes et d’ossements d’animaux. Tels des totems, dont les sommets sont ornés de masques aux apparences de démons asiatiques. Sur le coup des 23h, les artistes entrent sur scène et le rituel peut dès lors démarrer. Chacun et chacune est concentré.e sur son instrument, sur son jeu et son interprétation. Les interactions entre les membres sont rares, tout le monde semble enfermé dans sa bulle. Et pourtant, il s’en dégage très vite une alchimie, qu’il est nécessaire de voir en live pour la comprendre et la ressentir. À l’image d’un orchestre, démarrant toujours par un «la» de la part de tous les instruments afin s’accorder les uns avec les autres. Sauf qu’ici, on est dans le cas d’un « la » spirituel.



Wolvennest
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joue fort, la puissance des morceaux se répercute dans la poitrine. L’énergie de l’endroit porte la musique, l’amplifie et accentue la symbiose entre le public et la scène. «On est vraiment content, ce n’est pas tous les jours qu’on a la possibilité de jouer dans un lieu comme ça. Ce sera d’ailleurs peut-être notre unique occasion», avait confié Michel Kirby, guitariste de la formation, quelques minutes avec le début du show. Qu’on soit croyant.e ou pas, on ne peut que ressentir la spiritualité dont est chargé chaque mètre carré de cet espace. Une énergie qui semble plutôt bien convenir aux compositions de ce soir. Après quelques morceaux apparait l’artiste prolifique Déhà
Déhà


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, dont la voix (en plus du travail de production) est davantage présente sur leur dernier album, Temple. Vêtu d’une longue cape noire, le vocaliste vient accompagner Shazzula, pour le coup avec un visage ainsi que les mains, avant-bras et pieds grimés au charbon. Leurs deux timbres se mélangent, s’unissent et se complètent. Il se passe quelque chose, une sensation peut-être proche d’une transe chamanique.

Ce soir était une date particulière, où il serait sûrement trop creux d’affirmer avoir assisté à un «concert». Mises bout à bout, les trois prestations ont davantage relevé de l’expérience, où chaque personne pourra placer derrière les termes qu’elle souhaite. Ou peut-être simplement ne pas venir enfermer ces ressentis dans ces boîtes trop étroites que sont les mots, et ne garder qu’un silence, conscient. e de ce qui a pu se véhiculer en cette soirée de mi-août d’une année où, décidément, beaucoup de repères se sont vus déracinés.
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AUTEUR : Sekhorium
Chargé de communication dans le secteur culturel et journaliste à ses heures perdues, Pierre explore les méandres du Metal depuis maintenant près ...
Chargé de communication dans le secteur culturel et journaliste à ses heures perdues, Pierre explore les méandres du Metal depuis maintenant près de 20 ans. Privilégiant les sensations au détriment de la raison, il recherche sans arrêt de nouvelles formations qui viendront titiller les cinq sens. Si vous le croisez en concert, vous le trouve...
Chargé de communication dans le secteur culturel et journaliste à ses heures perdues, Pierre explore les méandres du Metal depuis maintenant près de 20 ans. Privilégiant les sensations au détriment de la raison, il recherche sans arrêt de nouvelles formations qui viendront titiller les cinq sens. Si vous le croisez en concert, vous le trouverez certainement dans la fosse, voire face aux barrières quand le show s'avèrera intense. Plus qu'un style musica...
Chargé de communication dans le secteur culturel et journaliste à ses heures perdues, Pierre explore les méandres du Metal depuis maintenant près de 20 ans. Privilégiant les sensations au détriment de la raison, il recherche sans arrêt de nouvelles formations qui viendront titiller les cinq sens. Si vous le croisez en concert, vous le trouverez certainement dans la fosse, voire face aux barrières quand le show s'avèrera intense. Plus qu'un style musical, le Metal est devenu est philosophie de vie....
Chargé de communication dans le secteur culturel et journaliste à ses heures perdues, Pierre explore les méandres du Metal depuis maintenant près de 20 ans. Privilégiant les sensations au détriment de la raison, il recherche sans arrêt de nouvelles formations qui viendront titiller les cinq sens. Si vous le croisez en concert, vous le trouverez certainement dans la fosse, voire face aux barrières quand le show s'avèrera intense. Plus qu'un style musical, le Metal est devenu est philosophie de vie....

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