Après avoir récemment redonné vie à son précédent groupe, Tom Gabriel Warrior Fischer, a décidé de dissoudre à nouveau Celtic Frost pour de sombres raisons financières.
Il faut bien avouer que le groupe suisse ne s'était jamais plus montré à la hauteur de sa réputation après la sortie de l'excellent Monotheist. Conscient de cet état de fait, Tom "Warrior" prit alors la douloureuse décision d'arrêter les frais.
Fort heureusement, l'homme n'a pas enfoui sa créativité pour autant. Avec le guitariste-chanteur V. Santura, qui l'accompagnait sur scène en concert avec Celtic Frost, il a fondé Triptykon sur les cendres encore incandescantes de son ancien groupe.
Triptykon s'inscrit donc dans la lignée de son illustre prédécesseur. Le pari audacieux n'était donc pas gagné d'avance mais à l'écoute du premier album Esparistera Daimones, on peut estimer qu'il est réussi.
Dès les premières notes de l'intro de "Goetia", l'auditeur est mis au parfum de l'atmosphère lourde et glauque qui transpire tout au long des neuf titres de l'album.
Inutile de préciser le ton adopté par Triptykon car il est aussi noir et sombre que celui de Celtic Frost. Les ressemblances et les comparaisons avec l'ancienne formation du Suisse sont plus que troublantes.
Les trente premières minutes de l'album nous replongent dans les abysses profondes d'une musique infernale où la collision des riffs et les tempos de batterie sont oppressants.
Alors que notre rythme cardiaque est à son paroxysme, le groupe balance "A Thousand Lies", un titre ultra-rapide décliné version thrash. On se dit qu'il sera impossible de rebrousser chemin de cette descente vertigineuse dans les méandres de l'enfer...
Mais, fort heureusement, le doom "Descendant" ralentit quelque peu la cadence et nous offre un moment de répit bien mérité.
On savoure l'instant tout en craignant que cette folle course vers l'inconnu reprenne à n'importe quel instant. Et c'est précisément dans cet état de stress que l'on aborde "Myopic Empire", un titre interprété magistralement sur un ton gothique qui inspire encore un peu plus l'état de malaise ambiant...
C'est alors qu'arrive de nulle part, le chant féminin et approprié de "My Pain", une ballade dépressive et mélancolique à souhait interprétée au piano.
La production est remarquable et les vingt minutes de l'interminable "The Prolonging" viendra le confirmer en ponctuant magistralement l'oeuvre.
Notons, en passant, que la formidable illustration de la cover a été réalisée par le talentueux H.R. Giger, celui-là même qui avait dessiné le mythique To Mega Therion de Celtic Frost en 1985...
Alors n'allons pas par quatre chemins, et au risque de choquer les véritables aficionados de Celtic Frost, Eparistera Daimones peut être considéré comme le légitime héritier des meilleures réalisations du groupe mythique. Ni plus, ni moins...

Hellhammer