Depuis plusieurs années, le rock dans sa version instrumentale s'est plutôt bien développé. Du côté des musiques lourdes à grands coups d'atmosphères, on s'est aussi bien engouffré dans l'exercice. La force de ABYSSE est de jouer un Metal pur jus. Bien qu'il soit réhaussé de différentes influences, parfois plus ambiancées justement, on ne peut renier l'appartenance à cette scène où l'on compte de nombreux chevelus.
Obstiné, ABYSSE n'a donc pas jugé utile de partir à la recherche d'un vocaliste pour tenir la distance de sept plages. Il n'aura pas plus recours à l'utilisation de samples pour meubler l'absence d'un frontman et parolier.
Son Metal s'est même endurci. Il a gagné en profondeur et en progression. Composé de différentes couches, l'intensité est mise en avant tandis que les mélodies sont appliquées avec fierté. Un nom de groupe ressort assez vite pour rapprocher le jeu progressif et le style alambiqué des Français. Il n'aura d'ailleurs pas fallu aller le chercher bien loin, une composition porte son nom. Hommage au groupe ou référence au poids de la bête peu importe : MASTODON.
Toutefois si le rapprochement s'impose avec les Américains, ne faites pas de ABYSSE une simple copie sans chanteur. ABYSSE s'est montré tenace pour construire ses compositions sans qu'un manque se fasse ressentir. C'est en empruntant aux classiques du genre (ne serait-ce pas un peu inspiré de AC/DC un peu avant le milieu de Forest Monument ?) et aux ramifications parallèles du Metal (BARONESS) que la formation est venue combler l'espace vide. C'est pourquoi derrière des soli de guitares bien typés ou des riffs agressives, on retrouve aussi un travail construit et réfléchi pour briser les évidences sans les dénaturer.
ABYSSE a également appris à aller à l'essentiel. Bien qu'usant du progressif pour amener les variations, ses titres, pour ne pas alourdir inutilement l'album, ne s'éternisent pas lorsqu'ils ont besoin d'une longueur un peu plus importante, en avoisinant les 6 à 8 minutes. Il réussit même le pari d'écrire deux titres complets qui se limitent à 3 minutes.
Alors que la rythmique occupe également une place assez importante dans le fonctionnement des compositions, je regrette le son de batterie trop sec. Il aurait mérité plus de coffre sur les toms et la grosse caisse. A mon sens, ce choix aurait apporté encore plus d'agressivité au disque qui avec ce petit défaut cherche peut-être à ne pas déstabiliser davantage que l'absence du chant.
En(D)Grave reste bien entendu un excellent disque où ABYSSE fascine autant par son évolution qualitative que par sa faculté à tenir la distance sans chanteur ni subterfuge. Atteindre ce résultat aura nécessité trois années de travail aux Français, mais le résultat méritait l'attente et la persévérance du groupe.

Abysse
Mastodon
AC/DC