Si Defeater en est ici à son troisième album (sans compter les quelques EP sortis entre temps) et que je me suis toujours intéressé à ce groupe, il n'a jamais fait vibrer chez moi ce petit truc qui est pourtant très sensible au screamo. Je m'attendais même à ce qu'ils virent plus hardcore quand le chanteur Derek Archambault s'est reconcentré sur son side-project rock-folk Alcoa plus tôt dans l'année - j'ai naïvement imaginé qu'il allait y verser toute sa sensibilité et qu'il ne restait pour Defeater que de l'agressivité.
Et pourtant, dès ses premières éructations au début de ce Letters Home avec le morceau Bastards, on se rend vite compte que sa voix a plutôt gagné en sensibilité. On ressent même un petit côté juvénile qui peut rappeler celle de Jordan Dreyer (La Dispute) avec de la hargne en plus évidemment.
Fort de son expérience, Defeater a l'intelligence de ne pas nous asséner un screamo au tempo endiablé du début à la fin de l'album et préfère temporiser dès la deuxième piste, au rythme saccadé laissant même place à une partie au chant a cappella, avant que la guitare ne reprenne doucement en arpège. Les longs breaks de ce genre sont fréquents sur cet album et permettent de jouer encore plus sur l'intensité de la voix de Derek Archambault, sublimée par la musique lorsqu'elle remonte au pic de sa puissance. Le son de guitares, à base de distortion modérée et de riffs aigus, rentre pile-poil dans ce qu'on connaît du screamo, avec sur No Faith plusieurs riffs qu'on croirait tout droits sortis d'un album des Français de feu-Mihai Edrisch.
Sur la fin de l'album, se démarquent encore des titres comme No Savior avec son jeu de guitare plutôt calme et le long passage batterie-voix qui clôt le morceau ou encore Bled Out, dernière piste de cet album, qui détruit tout à coups de larsens sur une rythmique régulière et presque tribale.
Impossible de retirer le moindre morceau de cet album tant il semble être le summum de ce que Defeater est capable de faire à l'heure actuelle. Un album qui peut facilement faire de ce groupe le fer de lance de cette nouvelle génération screamo. Loin d'être des imposteurs, ils ont repris possession du mouvement avec plus de rage et de passion que leurs prédécesseurs.
screamo punk hardcore

Defeater

Mihai Edrisch