Cinq ans après This Mortal Coil, le groupe revient après la convalescence de son guitariste Bernie Versailles, victime d'une rupture d'anévrisme en 2014. Inutile de dire que l'infortuné, si il se remet lentement, n'est pas encore en pleine possession de ses moyens, surtout pour jouer une musique aussi technique que celle de Redemption. Résultat, ce seront quatre guitaristes qui se partageront le boulot sur cet Art of Loss. Trois anciens de Megadeth, Chris Broderick, Marty Friedman et Chris Poland, rien que ça, et le prodige de DGM Simone Mularoni, probablement un des guitaristes les plus talentueux du circuit.
Et le moins qu'on puisse dire, c'est que ce patchwork de guitares ne se ressent pas à l'écoute, tant le résultat est fidèle à ce qu'on attend de Redemption: un album aux mélodies hypnotisantes, particulièrement intelligentes, menées par un Ray Alder dont la voix pleine d'émotion est indéniablement un des gros atouts du groupe - paradoxe dans un style d'habitude porté par la technique de ses musiciens. Si un combo comme Dream Theater, par exemple, a souvent pu être critiqué pour la voix de James LaBrie (à tort ou à raison), c'est peut-être Alder qui permet à Redemption d'être aujourd'hui un groupe avec lequel il faut compter. On pense parfois à Tom Englund (Evergrey) à l'écoute de cette voix chaude et prenante. Et ce, même sur des pièces de bravoure comme Slouching Towards Bethlehem et Hopes Dies Last (incroyable sensibilité, pour un des meilleurs morceaux du groupe), transpercées par d'incroyables parties de guitare mais surtout illuminées par la voix d'Alder.
"Illuminées", le terme est à vrai dire mal utilisé tant le propos général reste sombre, comme d'habitude avec le groupe. Si la déprime n'est pas aussi perceptible que sur le très noir album The Origins of Ruin, on est ici assez loin des ambiances assez positives développées par moments par un Circus Maximus. Rare passage plus léger, la reprise des Who, Love Reign O'er Me... qui est à mes yeux totalement hors-sujet et fait un peu retomber le soufflé.
Bien évidemment, d'un point de vue technique, Redemption fait dans la haute volée. Amoureux de soli incandescents, de parties de batterie bluffantes et de morceaux à rallonge qui retombent comme par magie sur leurs pattes (amoureux de metal progressif, donc...), vous ne pourrez pas rester insensibles à The Art of Loss. Seule la pièce finale, At Day's End, tape un peu trop dans la longueur - 22 minutes, tout de même, pour un résultat final de neuf titres pour une heure quart de musique... Mais ces longueurs sont d'autant plus pardonnables que Redemption réussit le tour de force de conserver, même au milieu de ses plus longues pièces, de vrais refrains. De même, les quelques titres plus courts (Damaged, le très beau -et lumineux, pour le coup!- That Golden Light) sont loin d'être dispensables et aèrent parfaitement la galette.
Si, comme moi, vous aviez été un peu déçus par This Mortal Coil, le précédent album de Redemption, et réécoutez encore avec admiration leur chef-d'oeuvre Snowfall On Judgment Day, réconciliez-vous avec le groupe, car cet Art Of Loss, sans atteindre ce dernier, s'en approche tout, tout près!
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