Que la ''der' des der''' inspire un album-concept, a fortiori de black metal, c'était tout compte fait assez prévisible dans ce contexte. Neige et Noirceur s'en charge avec ces Ténèbres Modernes, cinquième album des québécois... ou plutôt du québécois, Zifond, Neige et Noirceur étant ce qu'on appelle communément un one-man band.
Pour l'occasion, le ''groupe'' (nous l'appellerons comme ça par souci pratique) est accompagné au chant de Schimaera, chanteur de la scène locale. Un invité qui changera du tout au tout le visage de Neige et Noirceur. Si vous avez déjà jeté une oreille sur les travaux du groupe, vous serez en effet surpris: le black plutôt ambiant et atmosphérique, très mystérieux, cède cette fois sa place à une entité incroyablement malsaine et poisseuse, comme pour mieux s'adapter à son thème.
Difficile, en effet, de trouver musique plus adaptée au concept qu'elle entend déployer. Alors qu'aujourd'hui, les ''albums-concepts'' aussi ineptes que vagues fleurissent, Zifond, lui, a visiblement voulu recréer via sa musique et avec ses moyens le malaise et l'ambiance oppressante liés à la Première Guerre Mondiale. Le résultat est aussi déstabilisant que réussi. Les Ténèbres Modernes est loin d'être un album facile à aborder...
Peu de ''vraies'' chansons, premièrement, à se mettre sous la dent. Après une introduction plantant le décor (''Si vis Pacem, para bellum'' - Qui veut la paix prépare la guerre... et je vous défends de penser à Alain Chabat en lisant ces mots), Battlespirit, un des titres les plus classiques du lot, est également un des meilleurs. Les textes sont à l'image de la musique: directs. Pas de poésie, d'onirisme et de métaphores - place à la guerre, à la destruction et à un déluge d'acier. Mais alors qu'un Marduk (dont on sent l'ombre sur les quelques titres plus orthodoxes du lot) fait dans la violence brute, Neige et Noirceur injecte son ADN atmosphérique via les nombreux interludes glaçants de l'album. Riffs plombés, mid-tempi pesants, mais aussi samples de musique classique particulièrement adaptée au thème (probablement Walpurgisnacht de Mendelssohn) rendent l'écoute de l'album particulièrement dérangeante.
La preuve que le concept l'emporte sur la musique? Le point culminant de l'album est peut-être son outro, entièrement samplée. Des sirènes retentissent, des mitraillettes claquent, des violons et des choeurs retentissent... pour ce qui est peut-être le moment le plus noir et psychologiquement violent de l'album, sans même sortir les blast-beat et les guitares.
Impossible de retirer de ces quarante minutes un moment en particulier - à part l'inaugural Battlespirit et le puissant La Mécanique de Lucifer, à la rigueur - tant le tout ne peut s'apprécier qu'en bloc. Vous ne pourrez pas rentrer dans ces Ténèbres Modernes sans en accepter l'hermétisme, la démarche jusqu'auboutiste et, au final, les imperfections. Neige et Noirceur sort un album à part dans sa discographie, un album qui s'apparente plutôt à une plongée dans l'enfer de la guerre qu'à un bon moment de black metal.
Et si c'était l'objectif, après tout?
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