Meliora, le troisième album de Ghost sorti en 2015, a probablement rapproché le groupe de son but. Difficile en effet de citer beaucoup d'albums plus efficaces ces dernières années que cette incroyable compilation de tubes, 8 chansons qui vous rentrent dans la tête dès la première écoute, parfaitement composées, à la fois retros et modernes. Plus puissant qu'un Infestissumam déjà génial, plus efficace et varié qu'Opus Eponymous, Meliora était... meilleur. Et malgré des prestations live certes de mieux en mieux rodées et de plus en plus dynamiques mais souffrant des performances vocales en dent de scie de Papa Emeritus (III, si on veut jouer le jeu à mes yeux un peu idiot du changement symbolique à chaque album), Ghost a encore gravi un échelon vers le sommet.
Cet E.P., Popestar (encore une fois servi avec une pochette irrésistible), avait été annoncé il y a déjà un certain temps, presque en même temps que la sortie de Meliora. Papa avait déclaré qu'un court opus de reprises, dans la veine de If You Have Ghost, verrait le jour l'année suivante. On connaît en effet le talent indéniable de Ghost pour les reprises, depuis Here Comes the Sun jusqu'à If You Have Ghost, devenu un classique du groupe, mais aussi et avec autant de succès des choix des plus surprenants comme... du ABBA (I'm a Marionnette). Cette fois, le tout arrive avec un titre inédit en plus : Square Hammer, qui ouvre l'E.P et est dans la droite lignée de Meliora : moins « scooby-doom » qu'avant (pour reprendre l'excellent terme d'un magazine français), catchy, efficace, peut-être même composé de manière moins old-school qu'à l'accoutumée. Ghost continue sa mue...
Mais le gros de Popestar, ce sont évidemment les quatre reprises qui suivent. Difficile d'éviter le titre-à-titre dans ces conditions, d'autant que chaque morceau a son ambiance particulière et s'avère très intéressant. Ainsi, Nocturnal Me (Echo & the Bunnymen) colle tellement à Ghost que j'en suis venu à vérifier si c'était bien une reprise. L'ambiance du morceau peut rappeler Secular Haze et le refrain, hypnotique et aérien, jure magnifiquement (hé oui, je fais même des oxymores) avec les couplets plus sombres, d'une façon semblable à I'm a Marionnette.
Tout autre chose avec I Believe (Simian Mobile Disco), que les plus pointus d'entre vous ont peut-être découvert... sur la bande-son de FIFA 08. Vous ne reconnaissez pas ? C'est normal. On est loin ici de l'original. La version de Ghost, très dépouillée, quasi-ecclésiale, fait prendre un tout autre sens au texte (« I believe you could be what I want to believe »), plaçant le titre dans la droite lignée du très surprenant He Is sur Meliora. Ecclésial, ce Bible final l'est aussi et est probablement la plus belle réussite de l'E.P. . On s'en demanderait presque si le Ghost de Ritual et Year Zero n'aurait pas viré sa cuti. Rendons tout de même à César, en l'occurrence Imperiet, ce qui lui revient : le titre original, auquel la bande à Papa Emeritus reste plutôt fidèle, est une merveille aussi.
Le seul morceau un peu en deçà est peut-être Missionary Man, étonnante reprise de Eurythmics que Ghost rend certes fun, à défaut d'être mémorable. Difficile de tirer énormément de conclusions de Popestar, à part une tendance confirmée aux titres plus lents et aux ballades assumées, bien que toujours habitées d'un esprit très personnel. L'édulcoration de la musique de Ghost continue sensiblement mais le groupe réussit à garder sa crédibilité, tout en confirmant sa capacité à s'approprier des chansons. C'est désormais certain, il faudra compter avec les Ghouls à l'avenir. Vous cherchez une des têtes d'affiche du futur ? En voici une.
Ghost, doom, pop

Ghost
Echo & the Bunnymen