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Chronique 18-11-2016 par Pascal 4 min de lecture

The Von Deer Skulls — The Rest Is Silence

Né en 1633, The Great Von Deer s'éteint en 1666, reste « endormi » 4 siècles durant, avant d'être réveillé, en 2013, par le son d'un groupe. Il décide d'en prendre le contrôle et de le nommer The Von Deer Skulls.
Quelle que soit la genèse, un groupe est né. Un trio franco-germano-canadien dont la base arrière déclarée se situe à Brest, et qui, c'est le moins que l'on puisse dire, avance masqué !
Au propre tout d'abord, puisque Peter, Lana et Stun ont le même patronyme, Von Deer Skull, hérité de leur légendaire et tutélaire icône post-christique, et portent des masques, laissant planer le plus infini mystère sur leurs réelles identités.
Au figuré ensuite lorsqu'il s'agit d'évoquer leur musique et les différents styles dont ils se réclament ; post-doom, « le lien manquant entre le prog-métal, le doom, l'ambient, l'indus et le post-rock ». Si l'on ajoute à ceci que leur univers se trouve « à la croisée de ceux de David Lynch et de Tim Burton », c'est avec la peur au ventre, la peur d'un grand gloubi boulga artistique, que l'on s'apprête à écouter le premier LP du groupe, intitulé The Rest Is Silence...

Ah !, préjugé quand tu nous tiens ! Un titre (Strong And Fragile) suffit à faire s'éloigner les odeurs mélangées du gloubi boulga. Une courte introduction doom-sludge laisse la place à une rythmique lourde, aux limites du lo-fi, à des arrangements « scary » et à des vocaux visiblement arrachés à 350 années de silence. Cela fait inévitablement penser à un crossover musical entre Treponem Pal première époque, The Young Gods, Killing Joke et Sonic Youth (pour les guitares). Pas très récent vous me direz. Et pourtant The Von Deer Skulls se réapproprie les fondamentaux des groupes précités, les mélange, les déplace et, finalement, les transcende dans le noir creuset de leur débordante imagination. Les vocaux sont tantôt déchirés (Tabula Rasa), tantôt récités (The Fall Of The Raven), la batterie, toujours très lourde, se permet l'une ou l'autre accélération à la limite du grindcore (outro de The Fake Me), les guitares, accordées très « down », laissent transpirer les influences indie-rock 90's (The Fall Of The Raven), indus (Birth Of The Freak), ou doom-psyché 70's, comme sur Twilight Of Innocence. Mais ce sont peut-être les basses qui tiennent le couvercle fermé sur cette casserole en ébullition : elles déterminent systématiquement la lourdeur rythmique (Strong And Fragile, The Fall Of The Raven), définissent l'ambiance des titres (Personal Hell) et y apportent l'angoisse supplémentaire de façon parfois plus subtile, comme sur Birth Of The Freak, où la dernière note de chaque mesure de basse (mineure et diminuée?) demande une résolution qui n'arrive jamais... vite un xanax !

Bien sur, on pourra pinailler sur son côté quelquefois « verbeux », sur l'une ou l'autre plage moins inspirée (Swan Song), mais The Rest Is Silence est, dans l'ensemble, une jolie réussite ; c'est qu'il fallait de l'audace à revendre pour aligner 9 titres, sous influence, certes, mais qui, non seulement réalisent une vraie synthèse de tout ce « post » en marche – rock, doom, métal, indus-, mais qui prennent le parti de dresser un bilan chronologique de la marche de l'humain, de l'apparition de la vie à sa disparition, soutenu par quelques grandes théories poético-littéraires. La vie de l'homme est Strong And Fragile ; lorsqu'il perd son innocence, c'est Birth Of The Freak, et il doit se construire une existence (Tabula Rasa) qui définit aussi son Personal Hell. Et comme une promesse pour l'avenir, Ritual conclut l'album en un vertigineux vortex sonore où indus et noise se chamaillent, où les drums accélèrent tandis que les guitares répètent, imperturbables, leurs six notes légères. Le post-BM n'est plus très loin...

Une belle découverte. Un groupe à suivre. Et vivement la tournée !

Tags Sludge, indus, doom, post-rock

Encore The Von Deer Skulls

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