Avec plus de dix ans d’activités principalement répandues sur le territoire du Benelux et Blasphemous Rhapsody (2014), l’étonnement est double. D’une part, nous sommes surpris de devoir attendre six ans pour découvrir un second long effort. D’autre part, nous sommes encore plus étonnés quand nous apprenons qu’il s’agit d’une autoproduction.
2084 (2020) est un projet ambitieux qui entend mettre en avant les contrastes entre le noir et le blanc, le yin et le yang, l’utopie et la dystopie (1984 de George Orwell et Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley sont notamment cités comme sources d’inspiration). Les luxembourgeois sont animés par la volonté de mettre en musique à la fois l’espoir incarné par des mélodies chatoyantes –décidément au Luxembourg la volonté d’attirer le chaland fait partie intégrante de la culture nationale, mais aussi le désespoir qui se traduit par une musique sombre et oppressante.
Jusqu’ici, pas de nouveauté réelle à mettre en avant. Là où Miles to Perditioncommence à capter notre attention, c’est en créant une production d’anticipation qui relate notre humanité en l’an 2084. Le champ des possibles qui s’ouvre devant vous devient immense, il y a de quoi trépigner d’impatience.
Après une introduction dont les notes de synthé renvoie à un futur baigné dans une ambiance à la Blade Runner, la suite ne correspond pas vraiment à ce qui était envisagé. Pour faire court, bien que le visuel et les paroles de 2084 ainsi que le clip de S.O.M.A. correspondent parfaitement à une vision futuriste, l’album-concept se compose d’une musique au schéma très classique.
Structuré avec pour noyau central un death metal mélodique assez agressif à la vitesse d’exécution rapide, 2084 s’avère technique ; pour autant, la musicalité n’est pas sacrifiée sous l’autel de la technicité avec des changements de rythmes fréquents. Ce qu’on peut néanmoins reprocher à Miles to Perdition, c’est d’enchaîner des sonorités lourdes à coup de blast beats et tremolo sans se poser au préalable pour envisager une interprétation qui sortirait de l’ordinaire. De musique futuriste au sens de visionnaire, il n’en est définitivement pas question. C’est indéniable manque de folie dans l’interprétation est particulièrement criant sur le dernier titre, Doom, dont la longueur n’est pas justifiée.
Avec son death metal mélodique exécuté rapidement avec une certaine habilité, 2084 propulse Miles to Perdition dans un monde futur. Le manque d’originalité dans l’interprétation empêche néanmoins la formation de franchir un pas de géant. En somme, un bon élève qui doit encore se chercher pour développer pleinement sa créativité artistique.
Miles to Perdition - 2084 - Chronique - Death metal
Miles to Perdition