« Nous n’avons pas trouvé mieux que le pouvoir de la parole »


Dimanche 29 mars 2026

À la croisée du post-rock, de la poésie et de la performance, Lorsque les volcans dorment
Lorsque les volcans dorment


Clique pour voir la fiche du groupe
n’est pas un groupe comme les autres. Ce collectif musical féministe parisien fait de la scène un espace d’expression pour les voix souvent réduites au silence, explorant sans détour les traumatismes et les chemins de résilience. Entre spoken word et nappes instrumentales intenses, leur projet se veut autant artistique que profondément humain.
Virginia et Manon ont répondu à à nos questions.




Pouvez-vous présenter le collectif ? Qui le compose ?
Virginia : Les 4 membres fixes du groupe sont: moi-même, membre fondatrice à la guitare et parfois au clavier, Manon, à la guitare lead, Anne à la basse, et Maud au violon et clavier. Autour de ce noyau, il y a des performeur·euses qui viennent poser leurs mots. Nous avons eu six personnes pour notre premier album éponyme, dans des styles variés : Garance, Sélia et Camilla sont toutes les trois issues de la poésie, Adiel vient du slam et enfin Simona et Aline sont des chanteuses qui ont chacune leur propre groupe de rock/metal (Radiant
Radiant


Clique pour voir la fiche du groupe
pour Simona, Përl
Përl


Clique pour voir la fiche du groupe
pour Aline).

Quand et comment est né le collectif Lorsque les volcans dorment
Lorsque les volcans dorment


Clique pour voir la fiche du groupe
? Y a-t-il eu un moment déclencheur ?

Virginia : Cela fait bien 10 ans que l’idée de créer un groupe de post rock féministe autour de l’expérience traumatique titillait mon esprit. J’avais plusieurs maquettes instrumentales dans le tiroir, je les ai sorties sur un Bandcamp obscur sous le nom de ''She Left the devil for fire''. Puis un soir de janvier en 2023, je me suis tout simplement lancé.e à chercher des musicien.nes en minorité de genre en postant une annonce sur un site de musique avec ce lien bandcamp. Maud y a répondu avec beaucoup d’enthousiasme, nous nous sommes rencontrées quelques jours après avec Anne, bassiste du groupe. J’étais déjà ami.e avec Manon qui a rejoint l’aventure dans la foulée. Quelques semaines après, nous répétions ensemble et ça a été un gros coup de coeur humain et artistique.

Pourquoi ce nom ? Que symbolise ce « volcan » en sommeil ?
Virginia : Il me semblait important de modifier le nom initial ''She Left the Devil for Fire'' par un nom français, puisque la plupart des textes sont dans notre langue d’origine (Simona chante en italien sur le morceau Narciso). Tout un tas d’idées ont surgi, mais très vite le mot « volcan » m’est apparu et m'a semblé évident. Lorsque les volcans dorment
Lorsque les volcans dorment


Clique pour voir la fiche du groupe
permet de symboliser tout un tas de choses. On y met l’interprétation qu’on y veut. Pour nous, c’est la lave qui gronde et qui est prête à jaillir à tout moment. C’est la parole des silencié.es prête à exploser. J’aime aussi cette idée de « sas », d’attente. Un volcan, on a souvent l’image du volcan réveillé, justement. C’est une image intimidante. Le volcan endormi est imprévisible. On sait qu’il finira par entrer en éruption.



Vous vous définissez comme un collectif engagé : engagé contre quoi, contre qui ?
Virginia : J’aimerais dire que nous sommes un collectif engagé pour le bon sens. Etre engagé contre quelque chose/ contre des personnes, c’est une réaction, on n’agit pas, on pousse son coup de gueule.

« Cela dit, il faut d’abord une réaction avant d’engager une action. Donc oui, bien évidement que nous sommes contre toute forme d’oppression, particulièrement celles contre les minorités de genres, sexuelles et/ou ethniques. »

Nous sommes contre tout système capitalistes, patriarcaux, pro guerres. La liste est en réalité trop longue. Mais au lieu de simplement taper sur tout ce système oppressif, nous nous interrogeons sur comment s’engager pour le bon sens, à savoir comment instaurer plus de justice, d’égalité, d’empathie dans le monde que nous vivons. A notre échelle, nous n’avons pas trouvé mieux que le pouvoir de la parole. Mais je pense que c’est un pouvoir qu’il ne faut pas minimiser. Les mots peuvent soigner.
Manon : nous sommes aussi engagé.es pour la représentation des personnes en minorité de genre dans la scène alternative. Nous baignons dans le milieu depuis pas mal de temps et on voit bien qu’il y encore un gros déséquilibre. C’est important pour nous de montrer qu’il est possible de porter une voix dans cet espace.

Vous proposez un post (traumatic) rock. Vous pouvez expliquer le concept ?

Virginia : (rires) C’est simplement que comme nous parlons de traumas et de résilience, je trouvais ça pertinent d’ajouter « traumatic » pour le genre post rock. On a beaucoup d’auto-dérision aussi. On rit beaucoup, il faut. Sinon on ne pourrait pas tenir dans un projet aussi intense.
Manon : Au départ c’était une blague entre nous, au final, on trouve que ça nous représente bien !

Comment fonctionnez-vous au niveau de la création des morceaux ? Qui fait quoi ?

Virginia : Jusqu’ici, je compose tout et les musicien.nes ajoutent des arrangements (guitare, basse, violon, clavier…). Niveau texte, c’est 100% carte blanche à nos perfs. Dans le passé, nous avons un peu travaillé avec certaines perfs pour soigner l’articulation entre textes et musique, mais toujours dans un soucis de mettre en valeur leur proposition. Sinon, c’est toujours de la musique que naissent les textes. Nos instrumentales sont des partitions musicales où les auteur.ices peuvent poser leurs mots comme iels souhaitent. Par exemple, Selia nous avait proposé deux textes différents pour une de nos instrumentales. Les deux fonctionnaient à merveille. La musique reste fixe, les textes et la parole restent hybrides, fluctuants. Je vois les compositions des Volcans comme un mur coloré sur lequel les perfs peuvent y dessiner les figures qu’iels veulent.



Pourquoi le spoken word à la place du chant ?
Virginia : Déjà parce qu’on tenait à donner la parole à n’importe qui, chanteur ou non. Le spoken word permet ça. Ensuite, les instrumentales sont particulièrement riches, il y a beaucoup d’orchestration, ce n’est pas facile d’y poser une ligne de chant (même si nos excellentes chanteuses Aline et Simona ont contredit tout à fait ce que j’appuie ici !).
Aussi que le spoken word est une forme de poésie. Je trouve que ça a un impact parfois plus puissant que le chant, on va tendre l’oreille sur chaque mot sans se laisser « séduire » par une mélodie chantée. Je crois que j’aime aussi l’aspect théâtral de la chose. Les Volcans, c’est très théâtral.
Manon : Oui, d’ailleurs Garance vient du théâtre et je ne pense pas qu’on aurait pas touché des personnes comme elle si on avait uniquement cherché des chanteur.euses.

Quel rôle joue la musique par rapport au texte : soutien, tension, contraste ?
Virginia : A vous de nous le dire ! Je pense un peu de tout ça. Je reste sur mon délire du mur coloré avec les figures. Les deux se complètent.
Manon : Oui, la musique sert de toile de fond. Et même si les arrangements sont très riches, on essaie de soutenir au maximum les textes pour les mettre en valeur. Mettre en valeur la parole est notre objectif premier.



Sur scène, ça se passe comment ?
Virginia : Très bien, merci.
Manon : (rires) Nous avons fait pas mal de dates avec la quasi totalité des performeur.euses du premier album. Si certaines personnes étaient absentes, soit un.e autre perf interprétait leurs textes, soit on diffusait leurs voix en bande son. Nos concerts sont toujours des moments très intenses émotionnellement et humainement. On fonctionne vraiment comme un collectif et on prend vraiment beaucoup de plaisir à jouer ensemble. Je pense que c’est quelque chose que le public peut ressentir : nous parlons d’un sujet lourd (à savoir l’expérience traumatique), mais notre sororité transforme cela en expérience lumineuse, porteuse d’espoir.

Avez-vous déjà été surprises par l’impact de vos textes sur le public ?
Virginia : Absolument. Je n’oublierai jamais notamment ma prise de parole autour de mon inceste au Post In paris 2024. Des gens sont venus me remercier ensuite. Je me suis sentie très soutenue. Ça a été extrêmement bénéfique, j’ai senti que je pouvais enfin en parler publiquement sans avoir honte. Le public nous renvoie beaucoup de force. La guérison passe aussi par là.
Manon : J’ai un souvenir émouvant de notre date à Clermont Ferrand en première partie de Fuck It ! (groupe de riot girl local) où deux jeunes à peine majeur sont venu.es nous voir en fin de set et venaient de nous découvrir. Iels ont été très touché.es par notre performance.

Comment souhaitez-vous que le collectif évolue dans le futur ?
Virginia : Nous essayons de nouvelles choses actuellement, en collectif un peu plus réduit. Ce n’est pas facile de s’organiser à dix personnes pour répéter, tourner, etc. Cela dit, il est très possible que les perfs de notre premier album reviennent épisodiquement à l’avenir. Nous avons comme projet de collaborer avec une VJ, pour étendre un peu plus l’aspect « immersif » de nos concerts. On espère bien évidement rencontrer encore et encore de très belles personnes souhaitant s’investir dans le projet, même pour un one shot sur scène. Pour le moment, nous restons dans une dynamique, spontanée.

https://www.facebook.com/lorsquelesvolcansdorment

TU AS AIME ? PARTAGE !
Google +
Twitter
Facebook
Whatsapp
E-mail
E-mail
Google +
Twitter
Facebook
AUTEUR : Isabelle
Ancienne journaliste notamment pour la presse régionale de la province de Luxembourg, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup...
Ancienne journaliste notamment pour la presse régionale de la province de Luxembourg, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et événements culturels et musicaux. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière ve...
Ancienne journaliste notamment pour la presse régionale de la province de Luxembourg, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et événements culturels et musicaux. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en ju...
Ancienne journaliste notamment pour la presse régionale de la province de Luxembourg, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et événements culturels et musicaux. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....
Ancienne journaliste notamment pour la presse régionale de la province de Luxembourg, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et événements culturels et musicaux. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....

► COMMENTAIRES

Tu dois être connecté pour pouvoir commenter !

Soit en deux clics via Facebook :

image

Soit via l'inscription classique (mais efficace) :

image

► A VOIR ENSUITE