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Musique : tout arrêter pour sauver la planète ?

Vendredi 7 avril 2023

Mettre un peu de « green touch » et d’écologie dans son business est à la mode. On en parle de plus en plus (aussi) dans le secteur musical. Très énergivore, il est souvent pointé du doigt.
Est-ce possible d’associer la musique avec la durabilité et l’écoresponsabilité ? De produire des concerts plus respectueux de l’environnement? De réduire l’empreinte carbone des tournées ? Etc. Le secteur musical peut-il contribuer à la lutte contre le changement climatique ?
C’est ce que nous avons essayé de savoir en discutant avec plusieurs artistes, organisateurs et professionnels du milieu.




Pour Grégoire Fray de Thot
Thot


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, la réflexion est simple et sans équivoque : « Je pense que la meilleure solution est de tout arrêter, dit-il. Comme le musicien Konoba qui vient d'annoncer la mise en pause de sa carrière. C'est radical et courageux. C'est exactement ce qui nous manque, le courage, l'audace, si on veut vraiment pouvoir faire face à tous ces défis ensemble. »
Pourtant, Thot
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a mis en place un partenariat avec l'organisation Tree Nation qui plante des arbres pour chacun des abonnés Patreon. Grégoire pense que ce genre de solution n'est qu'un arbre destiné à cacher une forêt.

« Imprimer des flyers sur du papier recyclé ne résoudra pas le problème de la consommation d'énergie sur le long terme. »

« Je ne me sens pas démuni face au problème, poursuit Grégoire. Je me sens démuni face à l'incapacité des dirigeants politiques de prendre le problème à bras le corps. Ou face à leur refus de le faire. Tout autant face au choix de trop de mes concitoyens de faire l'autruche. »

Dominique Van Cappellen (Baby Fire
Baby Fire


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, von Stroheim
von Stroheim


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), se sent, elle, parfois démunie. « Quand j’ai donné un coup de main au Magasin 4 en prévision de la fermeture, explique-t-elle, j’ai retrouvé, dans les poubelles, des piles, bouteilles en plastique et des canettes alors qu’il y avait une poubelle pour les PMC à proximité, de même qu’une affiche qui indiquait comment pratiquer le tri sélectif. J’avoue que le côté « what the fuck » de certains musiciens me gave. »
En pratique, aucun·e musicien·ne de Baby Fire
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et von Stroheim
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ne possède de voiture. Pour les déplacements relatifs aux concerts, les groupes louent des voitures partagées. La société Cambio propose par exemple des monospaces qui conviennent parfaitement à leurs besoins.



Du côté de Fitz Roy
Fitz Roy


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, François Chandelle estime que son groupe n’a pas suffisamment de poids pour imposer des actions éco responsables dans les endroits où ils jouent. Il reconnaît que ce n’est pas évident et que son groupe pourrait demander des plats sans viande, une fontaine à eau ou des gobelets plastique dans les loges. « Par contre, ajoute-t-il, tout notre merch est réalisé en Belgique avec parfois des artistes locaux.

« Mon auditoire reste très petit car mon band est très local, mais chaque geste, chaque mot compte. »

Fitz Roy
Fitz Roy


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le dit dans certain de ses textes. C’est de la « poésie » à la sauce anglaise qui j’espère permet aux auditeurs averti de comprendre nos petits messages. »


Stefan De Graef (Psychonaut
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, Hippotraktor
Hippotraktor


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) trouve lui que ce n’est pas la tâche des artistes de parler de la survie de la planète. « C’est certainement permis, dit-il, mais je crois que c’est plutôt la tâche des dirigeants mondiaux de s’en occuper et d’inventer des solutions. » Ceci n’empêche pas Stephan de faire son maximum pour réduire son empreinte écologique lors de ses tournées avec Psychonaut
Psychonaut


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et Hippotraktor
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et de réfléchir pour faire les choses de la manière la plus écologique. Manger vegan, éviter le plastique, imprimer des vêtements 100% climat neutral, etc. Stefan reconnait que son boulot n’est pas idéal. En tournée, ils voyagent en bus et en avion. Il poursuit : « La seule chose dont on est sûrs, c’est que le système actuel ne fonctionne pas. Il est basé sur une histoire qui n’est pas/plus correcte et il faut qu’on remette en question tout ce qu’on a construit sur cette planète. Parfois, on se sent découragés, mais on garde la foi et on fait confiance à l’homme car on n’a pas d’autre choix. »



Lucie Lefauconnier (Lou K
Lou K


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) trouve aussi que c’est difficile de faire porter la responsabilité de tel sujets au monde de la musique qui n'est pas le secteur le plus polluant. Elle cite l’exemple de certaines stars qui ont des modes de tournées ahurissantes. « La scène alternative/underground/DIY, poursuit-elle, est un endroit où l'on trouve des solutions tout le temps, c'est ce qui en fait son ADN.

« Les enjeux climatiques paraissent immenses par rapport à notre réalité. On est dans le minimum tout le temps. »

On recycle nos costumes, on achète des instruments de seconde main, on fabrique des pédales, on répare des amplis avec les copains. Il y a toujours économie de moyen, c'est loin d'être une scène énergivore ! »

Echanges de bonnes pratiques

Ingrid Bezikofer, freelance chez Court-Circuit sur les projets de coopération intersectorielle et durabilité, m’explique que la question du développement durable est bien connue dans le secteur musical belge mais qu’elle manque de coordination. Beaucoup de salles et de festivals sont impliqués par rapport à ces questions. D’ailleurs, différents projets existent pour accompagner les structures culturelles dans plus de durabilité. Ingrid cite l’exemple de l’ASBLPastoo qui a mis en place la dynamique EventChange avec l’objectif d’accélérer la durabilité des secteurs culturels et événementiels en réunissant les acteurs et en développant les meilleures solutions possibles. Concrètement, il s’agit de proposer une plateforme d’échanges de bonnes pratiques, d’outils, de formations, d’accompagnements et de mutualisations pour la transition dans la culture.



Autre exemple avec Court-Circuit et le Pôles des musiques actuelles Grabuge qui portent le projet LITMUS (Learning Incentives Towards MUsic Sector Sustainability) et proposent des cycles de formation pour des organisateurs belges et français.
« On est à la traine en Belgique, explique Ingrid, on manque de soutien du pouvoir public.

« Ces changements de comportement passent parfois par des investissements et un besoin supplémentaire de ressources humaines. »

Par exemple, pour utiliser des gobelets en plastique, il faut penser à installer une station de lavage sur place ou prévoir le transport vers une station extérieure. D’autres freins peuvent aussi exister. Par exemple, beaucoup d’orgas fonctionnent avec des bénévoles qui doivent souvent bosser dans l’urgence, il faut trouver du temps et de la place pour le développement durable. »


Quelques exemples inspirants

UIMA (United Independent Music Agencies) propose un green rider pour aider les artistes et les agences à faire des choix éclairés vers un avenir plus durable. L’association ajoute : « Nous avons tous la responsabilité de préserver la terre. Malheureusement, il n’est pas encore possible d’être complètement écologique dans l’industrie musicale mais par ce genre d’initiative, nous espérons pouvoir développer des tournées plus vertes. »

« L’utilisation du green rider aide les artistes à réduire leur empreinte et elle propose également des alternatives aux promoteurs, aux lieux et aux festivals pour se diriger vers un avenir plus vert. »

L'accent est mis sur la réutilisation, le zéro déchet, l'énergie verte, le gaspillage alimentaire, le végétarisme/veganisme, les produits locaux, les hôtels avec un écolabel « Green Key Label », la mobilité (train et van pour les voyages de moins de 5 heures).

Matter of fact est une usine allemande de production de vinyles. Les pochettes sont fabriquées à partir de bois certifié FSC issu de forêts durables. Tous les envois sont réalisés avec des services postaux climatiquement neutres. La boîte verse également une partie de ses bénéfices au projet Plant-for-the-Planet « 100 millions d'arbres contre la crise climatique » qui a permis la plantation de trois millions d'arbres dans la péninsule du Yucatán.

Diggers Factory en France propose des pressages avec des granulés de vinyle à base de calcium-zinc, un matériau propre et recyclable. Les pochettes, emballages et étiquettes, ce sont des matériaux écologiques et durables qui sont utilisés (papier, carton, encre écologique et vegan, etc.). L’entreprise travaille également avec des transporteurs neutres en carbone.

Certains musicien·nes solos se lancent dans des tournées zéro carbone en vélo solaire ou en train. C’est le cas des Belges Roza ou Antoine Armedan. Je n’ai pas trouvé d’équivalent dans des styles musicaux plus underground.

Au Botanique et au Durbuy Rock Festival

Paul-Henri Wauters, directeur général du Botanique, explique qu’il n’accepte plus des one off. « On est d’accord d’accueillir un artiste pour une date, dit-il, mais c’est conditionné au fait qu’il trouve d’autres dates. Le one off doit devenir un pluri off, dans un but purement écologique. »
S’agit-il d’un changement de comportement ou d’une adaptation liée à la réalité économique ? La guerre en Ukraine a impacté la mobilité. Les tournées, devenues plus chères, ont été annulées. Il y a un impact indirect sur l’écologie. « Je pense qu’il y a une conscientisation, poursuit Paul-Henri, les gens vont commencer à se poser des questions.

« Les tourneurs commencent à regarder la cartographie ferroviaire et comment on peut bouger différemment sur le territoire européen. »

Aux Etats-Unis, les artistes créent des maillages de dates qui se succèdent. Ce sont plus les raisons économiques qui sont un élément de réflexion que la sagesse par rapport à la planète mais ce n’est pas grave, tant que la réflexion arrive. »



Dans le cadre du projet festivals Wallonie#Demain (qui n’existe plus), le Durbuy Rock Festival s’était engagé, avec d’autres festivals, à améliorer ses pratiques en matière d'environnement. « On avait fait pas mal d'efforts pour la réduction et le tri des déchets, la promotion des produits locaux et l'amélioration de mesures environnementales, explique Bernard Hemblenne, organisateur du DRF.

« La plupart de ces mesures sont restées, mais pas toutes car certaines ont un coût important ou sont difficilement réalisables, comme le tri des restes de nourriture. »

Mais celle qui nous coûte le plus cher est restée, ce sont les gobelets réutilisables. On ne voudrait plus revenir en arrière, le site est bien plus propre avec les gobelets réutilisables. »
Bernard ne remarque pas vraiment de changement dans les comportements des artistes/tourneurs. Certains groupes demandent parfois, mais c’est très rare, de la vaisselle non jetable ou des produits bio.

Alors, faut-il tout arrêter pour sauver la planète?
Vaste et importante question en constante mutation qui rencontre des enjeux mondiaux, bien plus larges.
Je souligne les volontés de changement et les initiatives qui sont en marche. Ainsi que les réalités qui semblent différentes en fonction des moyens dont disposent les artistes, organisateurs, etc. Il est possible de faire des choix (plus) éclairés. Cet article propose plusieurs pistes.
Et puis, nous, qui aimons consommer de la musique, nous pouvons aussi prendre les choses en mains, à notre niveau : privilégier les transports en commun ou le covoiturage pour se rendre à un concert, choisir l’alternative végé/vegan en festivals, acheter CD et vinyles en seconde main, limiter le streaming, soutenir la scène locale, etc. Qu’en pensez-vous ?
Je termine en précisant que plusieurs salles, organisateurs et festivals n’ont pas souhaité participer à cet article. Ceci est peut-être aussi révélateur de quelque chose.


Ressources :
https://uima.org/green-touring
https://www.facebook.com/LitmusLearning
https://eventchange.be

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AUTEUR : Isabelle
Ancienne journaliste notamment pour la presse régionale de la province de Luxembourg, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup...
Ancienne journaliste notamment pour la presse régionale de la province de Luxembourg, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et événements culturels et musicaux. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière ve...
Ancienne journaliste notamment pour la presse régionale de la province de Luxembourg, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et événements culturels et musicaux. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en ju...
Ancienne journaliste notamment pour la presse régionale de la province de Luxembourg, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et événements culturels et musicaux. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....
Ancienne journaliste notamment pour la presse régionale de la province de Luxembourg, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et événements culturels et musicaux. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....

► COMMENTAIRES

MAQZ - 12-04-2023, 21:43
"Je n’ai pas trouvé d’équivalent dans des styles musicaux plus underground"
-> Ca n'a pas été médiatisé de la meme manière que les exemples cités, mais Kermesz à l'Est a tournée en vélo en 2020, 21 et 22 en Wallonie et en France, une centaine de dates en tout, + de 1000Km parcourus.
https://www.youtube.com/watch?v=YqGqKqg80jI
https://www.youtube.com/watch?v=vqokJ26mJEA
https://www.youtube.com/watch?v=vKggccbPEOA
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