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Article 21-11-2017 par Isabelle 10 min de lecture

Clip vidéo : quand la musique s'emballe visuellement

Quel est votre clip préféré?
J’ai mené un petit sondage au sein de Shoot Me Again pour connaître le clip qui a marqué les membres de l’équipe. Alors, nous, on aime bien: « Fuck The Neighbors » d’Iron Reagan, « Kaamthaar » d’Ultra Vomit, « Give all » de Slander et « Goodbye Mr Dandy » de Slope.

Vous savez quel a été le premier clip diffusé sut MTV ? (Je vous pose beaucoup de questions aujourd’hui, hein ?)
« Video killed the Radio Star » des Buggles en 1981.
Avant ça, Walt Disney et les Beatles ont expérimenté des choses avec des chansons illustrées en images. Puis, bien plus tard, en 1975, vient « Bohemian Rapsody » de Queen accompagné d’une vidéo promo. Avec le clip « Thriller » de Michael Jackson tourné sur un support film (35 mm) et dans un format inhabituel de 14 minutes, le clip vidéo évolue et n’est plus limité à de la « chanson filmée ». Depuis, producteurs, réalisateurs et musiciens mettent en place une véritable construction scénaristique. Ça ne rigole plus !

Des millions de vues

À l’heure actuelle, de plus en plus de groupes proposent des clips vidéo. Il est assez évident que la vidéo est un outil de communication incontournable, une manière supplémentaire, pour un groupe, de promouvoir sa musique, et de se mettre en scène. Beaucoup de choses se passent en images animées sur les réseaux sociaux et les sites web d’hébergement de vidéos. Le clip a la cote.
Tout le monde en regarde, tout le monde en veut, tout le monde en fait.
Qu’est-ce que c’est que ce bazar ?



« On arrive aux 3 millions de vues cumulées en quelques mois, c’est fou ! », lâche Nicolas Ragni qui a réalisé le clip Kammthaar d’Ultra Vomit. « Lorsqu’on a parlé de faire un clip du titre Kammthaar, j’ai écouté la chanson et ça fourmillait d’idées. J’ai proposé un script et l’angle a tout de suite plu au groupe. Ensuite, on a enrichi tous ensemble. Même si le clip était très préparé et très « écrit », certaines trouvailles sont même venues sur le tournage. Jusqu’au montage où on a dû faire des choix et on a été obligé de se séparer à contrecœur de pas mal de choses. »
Visiblement, l’effet communication a fonctionné puisque le clip a contribué à faire connaître Ultra Vomitauprès de certaines personnes. Depuis sa sortie, Nicolas me dit que des gens écoutent la musique du groupe alors qu’ils n’écoutaient pas de metal avant.

Manard le batteur d’Ultra Vomitm’explique que les membres du groupe sont super contents du clip. Ce qu’ils veulent faire c’est du marrant avec, derrière, une base professionnelle. « On déconne pas avec l'humour, quoi!, ajoute Manard. Ultra Vomitest un groupe très visuel. On aurait voulu faire plus de vidéos pour notre deuxième album « Objectif : Thunes! » mais malheureusement, les choses n'ont pas pu se concrétiser. On va essayer de se rattraper avec ce nouvel album, deux projets vont arriver d'ici quelques mois, et garder le niveau de qualité de Kammthaar. »

Visualiser sa propre musique

Si on reprend l’exemple de « Goodbye Mr Dandy » de Slopesorti cet été, on est dans un tout autre univers. Look années 80, décor de dessins animés, etc. « Nous aimons élaborer des idées, en discuter et les réaliser, précise Pierre Thimm de Slope. D’un côté c’est très amusant de créer une visualisation de ta propre musique. D’un autre côté, c’est beaucoup de travail si tu le fais toi-même. C’est un autre niveau de créativité. Écrire une chanson diffère totalement de réaliser une vidéo. »
Pour Slope, il est important que la personne qui regarde le clip puisse l’interpréter à sa façon, en fonction de son propre vécu, de ses émotions personnelles. « Je pense que c’est une mauvaise idée d’expliquer la signification d’une chanson ou d’une vidéo parce que le public est influencé et ne peut pas penser et ressentir les choses par lui-même », ajoute Pierre.


Crédit photo : Naninca Lemmens

Il y a un mois, Shoot Me Again vous proposait en exclusivité « Animal », le premier clip vidéo des Bruxellois de Fitz Roy.
François, le chanteur m’explique que pour la direction artistique, beaucoup de scripts ont été écrits. Certains trop chers, d’autres trop trash ou trop comiques. Il a fallu faire un choix, celui qui colle le mieux à un groupe peu connu en recherche d'identité.
« Nous avons finalement choisi un clip où l'univers visuel et l'énergie dominent, poursuit le chanteur de Fitz Roy. Il y a une histoire d'addiction en trame de fond qui vient titiller le spectateur et le laisse interpréter à son gré ce que le clip veut dire. Le résultat donne quelque chose de dur, d'énergique, de malsain, sale sur une musique qui reste très mélodique. On espère que la combinaison plait. L'eau et l'essence, l'addiction au fuel, la nécessité de se faire violence pour (sur)vivre, etc. Plein de petites choses qui nous touchent nous en tant que musiciens et artistes. »

Des clips avant un album ?

D’autres groupes comme LANDMVRKS ont commencé leur carrière en sortant seulement des clips vidéo. Six précisément. Le premier album est sorti après. « Cela nous a permis de fidéliser une petite fan base, explique Nico, le batteur. On est plutôt content du résultat, si c’était à refaire je pense qu’on aborderait la chose de la même manière. »
Le dernier clip en date du groupe c’est « Fantasy ». Nico me confie que, dans le cinéma, la musique a un pouvoir énorme sur les émotions, la peur, la tristesse, la joie, le stress, etc. Dans la musique, c'est un peu l'inverse. « L’élément principal reste le morceau, poursuit-il, le support de la vidéo est là pour le transcender, pour nous faire ressentir les sensations de manière plus puissante. Très intimement lié à la chanson, au texte et aux mélodies, le clip « Fantasy » est littéralement l'image de ce qu'on entend.»



C’est Pavel Trebukhin de la boîte TRE Film qui a réalisé le clip Fantasy. Il a aussi bossé pour Stick To Your Guns, Alazka ou Novelists. Il confirme que, maintenant, tout passe par le clip vidéo. « La TV se meurt, dit-il. Les chaînes n’ont jamais fait la promotion des musiques alternatives, excepté peut-être de 1980 à 2005. Ça n’a pas d’importance actuellement s’il y en a de moins en moins. Tout se passe sur Internet. C’est le nombre de vues et de clics qui comptent. Par exemple, c’est par une vidéo YouTube que je sais qu’un groupe a sorti un nouveau single. »
Pavel poursuit en me disant qu’il y a des millions de vidéos bon marché et faciles à réaliser qui ont plus d'un million de vues et beaucoup de clips professionnels avec une bonne histoire qui sont juste en dessous des 100.000 vues.

Anne-Sophie Sonnet qui réalise des clips au sein de la boîte Sigla, remarque aussi que le domaine de la vidéo évolue. Elle me confie qu’avant, c’était presque un luxe pour un groupe de pouvoir se payer la réalisation d’un clip vidéo. Maintenant, les moyens techniques sont devenus beaucoup plus abordables et les groupes peuvent parfois réaliser des vidéos pour trois fois rien.
Elle me dit aussi que les ambitions des groupes peuvent être démesurées et qu’elle est là pour leur remettre les pieds sur terre. « En fonction des moyens dont on dispose, on se débrouille pour coller au mieux avec leurs intentions, poursuit Anne-Sophie. Je commence par écouter le morceau, et souvent des images me viennent en tête, c’est là que le travail débute. La première écoute est capitale, les premières impressions sont les plus importantes. Après le tournage, je propose une première version de montage et je modifie les choses selon les retours des artistes jusqu’à obtenir une version qui contente tout le monde. »

Un clip n’est pas un kilo de patates !
Pour James de Concealed Reality, la vraie question n’est pas de savoir si ça vaut le coup d’investir mais plutôt si ça vaut le coup pour les membres du groupe. Exemple : un clip coute 1000€. Si les 5 membres du groupe sortent 200€, le clip est fait. « Sauf que dans la réalité, précise James, tous les membres ne peuvent pas se permettre d'investir 200€ dans un clip ou même 50€ par mois dans celui-ci. Le musicien peut préférer investir dans du matériel pour jouer de la musique que dans un support pour la montrer. »
Le groupe qui vient de sortir son deuxième clip, « Hakai », compte sur le gain de fan base et sur de nouvelles opportunités de concerts pour rentabiliser. Bien que James me confie être encore loin de ce que les membres du groupe voudraient atteindre s’ils avaient plus de moyens.



Michaël Bernadat a réalisé des clips pour Loudblast, Black Bomb A, Onesta, etc. Il a beaucoup de mal quand des groupes lui demandent un devis pour un clip. « Ça ne veut rien dire, dit-il. Le même clip peut coûter 5€ comme 1 million. Faut pas penser comme ça. C’est triste. On n’achète pas un clip comme un kilo de patates. »
Michaël me parle d’un nouveau phénomène qui apparaît : les lyrics videos. Des petits clips dont l’objectif est de faire découvrir les paroles aux fans et qui sont donc centrés sur l'illustration des paroles.
« Au début, elles étaient basiques mais elles deviennent de plus en plus recherchées, ajoute Michaël. L’intérêt est que cela permet aux groupes de diffuser leur musique avec un support vidéo sans juste mettre une photo de la pochette d’album. Et ça évite de payer un clip, je pense. Non je n’en ai jamais fait, ça ne m’intéresse pas du tout. C’est souvent fait entièrement en post production. Je préfère tourner des trucs. C’est la mort de l’art, c’est pas terrible. » Je suis assez d’accord avec lui.

Par contre, comme dit Saïd de BRUZZ, ce phénomène est intéressant pour l'anglais et pour connaitre les paroles! Saïd avoue qu’il n’est pas spécialement fan des clips vidéo. Ce qu’il appelle les faux live et les groupes qui jouent dans un hangar, c'est pas trop son truc. Il préfère les clips plus cinématographiques, ceux qui peuvent servir aussi de visuels pendant les concerts. Saïd soulève le problème de la diffusion des clips. « Il y en a beaucoup, dit-il, ils sont très dispersés. Si ça ne passe pas par mon feed Facebook ou par les pages/channels que je suis sur YouTube, je risque de tout bonnement les louper. Dommage. »

Perso, je n’ai jamais regardé autant de clips vidéo qu’en préparant cet article. En règle générale, je préfère écouter de la musique dans ma voiture ou en live !
Mais je reconnais leur indéniable utilité au niveau de la promotion et de la communication d’un groupe. Surtout à l’heure actuelle. Je trouve aussi que certaines vidéos sont de véritables créations artistiques qui pourraient presque se suffire à elles-mêmes. D’autres sont vachement moins intéressantes…

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