Une tendance qui prête parfois à sourire par chez nous, mais qui doit être comprise dans une optique véritablement identitaire : Forteresse, comme l'énorme majorité de la scène locale, chante en français et nous conte l'histoire du Québec à travers des faits d'armes glorieux, comme peuvent le faire de nombreux groupes de pagan européens. Et ceux qui trouvent que la langue de Molière ne colle pas avec le metal extrême devraient jeter une oreille à ce qui se fait de l'autre côté de l'Atlantique.
Ce Thèmes pour la Rébellion est donc une excellente occasion pour nous de réviser notre histoire coloniale. Forteresse nous narre en effet l'histoire des Patriotes québécois et de leur révolte contre le colonisateur anglais en 1837-1838 – révolte qui, comme souvent, s'est terminée dans le sang et dont la mémoire est aujourd'hui célébrée au Québec chaque année au mois de mai (pour le détail, Thèmes pour la Rébellion sort le 24 juin, soit le jour de la fête nationale québécoise!).
Forcément, on ne tient pas là une ambiance à faire du zouk. Thèmes pour la Rébellion est un album glaçant, épique, martial. Spectre de la Rébellion, qui entame l'album avec puissance, respire la fierté patriote . « Mon pays se meurt ; où sont les gloires passées ? », hurle un Athros dont la voix n'a jamais aussi bien sonné ; écoutez-le vociférer sur l'excellent Par la bouche de mes canons, peut-être le meilleur titre de l'album.
Album-concept oblige, le groupe construit ses ambiances, même si le tout reste assez brut de décoffrage. Ainsi, Là où nous allons et Par la bouche de mes canons sont traversés de choeurs quasi-pagan très réussis, tandis que Le sang des héros est introduit par un sample vocal qui fait penser à un extrait de document historique consacré aux Patriotes. De même, alors que la première partie de l'album est résolument agressive, l'ambiance change progressivement, pour devenir résolument mélancolique sur Vespérales et l'outro qui conclut l'album. Une évolution intelligente, qui nous fait vivre les débuts exaltés et les premières victoires des révolutionnaires québécois avant leurs défaites et le drame qui s'ensuivit.
Si Forteresse ne bouleverse pas la formule qui fait son succès depuis Metal Noir Québécois - un black épique, aux guitares rappelant parfois certains titres de Mgla, une batterie incendiaire -, le groupe l'affine, la peaufine et délivre probablement son meilleur album, en plus d'un vrai manifeste patriote.
Vive le Québec libre, comme disait l'autre !
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