Et jusqu'à aujourd'hui, du moins pour qui est sensible à leur musique (généralement, on adore ou on déteste), la carrière de Sabaton a été irréprochable. Chaque album, une fois le recul suffisant pris, s'est avéré amener de vrais tubes, des thèmes intéressants et juste assez de variété (bon, très peu, mais disons que ce n'est pas Powerwolf, c'est toujours ça) et de qualité dans le songwriting pour que la lassitude ne s'installe pas. Parallèlement, la routine en live s'installait, elle – quand vous avez vu Sabaton une fois, vous les avez vus cinq fois – et on craignait un peu qu'il ne finisse par en être de même sur album. Le premier single de ce Last Stand, Lost Battalion, le laissait un peu penser.
Car derrière quelques éléments fort intéressants (la batterie artificielle qui nous plonge dans la Grande Guerre, un Broden toujours aussi émotionnellement costaud, capable de foutre les poils sur une simple phrase), le tout sonnait un peu réchauffé. Voire carrément autosucé : ce refrain est tout bonnement le même que Hearts of Iron, un des meilleurs morceaux de Heroes, l'album précédent. Rajoutez à ça des lyrics loin d'être parmi les plus inspirés du groupe (qui donne parfois l'impression d'avoir un dico suédois-anglais d'environ 500 mots), et le fan a de quoi s'inquiéter.
The Last Stand promettait, toutefois, sur papier. Un album contenant uniquement des titres évoquant... hé bien, des « last stand », c'est-à-dire des affrontements à 10, 20, 30, 40 contre un (euh... oui, 40 to 1 était déjà le titre d'un tube de Sabaton. Réchauffé, vous avez dit?), des batailles héroïques rentrées dans l'Histoire (voire dans le cinéma, en fait, pour plusieurs d'entre elles... tout ça pour que les fans aient de quoi faire de jolies vidéos sur Youtube). Bon, non, en fait, c'est carrément prévisible et peu inspiré de la part de Sabaton, surtout quand on se rappelle du magnifique Carolus Rex qui, pour le coup, nous plongeait vraiment dans quelque chose d'original et de personnel, ou même quand on repense aux textes profonds (et osés!) de Wehrmacht, par exemple. Sur The Last Stand, on sent que le groupe navigue en eaux connues. Combien donnerais-je pour un album-concept axé sur, disons, les campagnes napoléoniennes, si peu traitées dans le metal...
Mais arrêtons les pleurnicheries tout de suite, car The Last Stand, contre toute attente, commence plutôt bien. Sparta est en effet une belle surprise. Au delà du thème bateau au possible, un tel mid-tempo puissant pour ouvrir un album étonne et on imagine assez bien le public reprendre avec joie les « OUH ! AH ! » en choeur (oui, le fan de Sabaton est à peu près aussi peu exigeant que celui de Coldplay, hein, au final).
Déjà, toutefois, un défaut : ces claviers. Sabaton, depuis les débuts de sa carrière (surtout depuis The Art Of War, à vrai dire), utilise des lignes de claviers un peu cheap, mais très personnelles et qui, si elles sont inspirées, peuvent vraiment servir les morceaux. Mais sur ce Last Stand, ça sent soit le réchauffé (cette ligne de claviers envahissante de Winged Hussars, qui aurait pu être un excellent titre), soit le pouetpouet. Vraiment dommage.

Dommage car des moments agréables, on en vivra toutefois au fil de l'album, construit assez intelligemment pour donner l'impression qu'il est vraiment bon alors qu'il est peut-être le plus faible depuis Attero Dominatus. Hill 3234 et Rorke's Drift, aux thèmes intéressants, sont peut-être parmi les titres les plus banals composés par Sabaton.
Mais au milieu de titres terriblement classiques mais efficaces comme Last Dying Breath et son refrain imparable ou Shiroyama que Broden sublime particulièrement, on trouve aussi quelques belles surprises : Blood of Bannockburn, plutôt original et réussi avec orgue et cornemuses, et l'excellent titre éponyme, probablement le meilleur du lot. De quoi non pas se satisfaire de l'album, qui navigue au final entre fan-service, réchauffé, textes Wikipédia et, ponctuellement, très bons moments, mais de quoi au moins se dire que Sabaton n'a pas perdu son aura et sa sympathie. Espérons juste qu'ils prendront un peu plus de temps pour sortir le successeur de The Last Stand, qui est au final une semi-déception.
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Sabaton
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