Après un Torn qui entamait la mue et un Glorious Collision noir comme la nuit, Hymns For The Broken achevait la transformation d'Evergrey et couronnait sa carrière. Ce dernier album allait droit au coeur, proposant de vrais moments de frissons. Certains titres en devenaient même difficiles à écouter par jour de grisaille et de déprime – et l'amateur de black dépressif et de funeral doom en moi me rit au nez à la lecture de ces mots. Bref, difficile d'aller plus loin dans ce processus de « mélancolisation », au risque de franchir la ligne rouge.
Et le couple Englund (Carina, la femme de Tom, jouant aujourd'hui un rôle important dans le groupe) l'a probablement compris, car The Storm Within est sensiblement différent de son prédécesseur. Dès le riff massif de Distance, on retrouve une puissance plus entendue depuis quelques années chez Evergrey, avant que l'immense voix d'Englund ne nous replonge dans cette inexplicable fragilité dans la puissance. Chaque mot est un poignard, jusqu'à ce refrain désespéré, avant un solo qui rappelle qu'Henrik Danhage est un sacré guitariste, qui sera particulièrement bien employé sur cet album. Plus puissant que King of Errors et Leave it Behind us, titres d'ouverture des deux précédents opus, Distance met l'album sur d'excellents rails.
The Storm Within s'avérera rapidement plus accrocheur que son prédécesseur, qui privilégiait l'émotion au détriment de réels « tubes ». De tube, il en est bien question ici avec l'excellent Passing Through, rythmé et efficace avec ses notes de clavier et son texte particulièrement bien écrit – sur ce plan aussi, Englund fait des merveilles. De même, le surprenant duo avec Floor Jansen (Nightwish), In Orbit, confirme l'importance des nappes électroniques, pertinentes, et la volonté de proposer une musique plus accrocheuse et des refrains mémorables. Jansen reviendra sur un des titres les plus sombres et heavy de l'album, Disconnect, pour quelques vocalises haut-perchées accompagnant Englund. On se retrouve ici presque dans des ambiances rappelant The Inner Circle.
Le duo le plus marquant de l'album sera toutefois, comme à l'époque de Glorious Collision, celui de Tom et Carina Englund sur The Paradox of the Flame, véritable perle d'émotion. Tout est à sa place sur ce titre : piano, violons, et les deux voix entremêlées des époux Englund, complémentaires comme jamais. Le songwriting est comme d'habitude sur les ballades d'Evergrey d'une précision absolue et touche sa cible en plein coeur. Même constat sur The Impossible (« I am watching from the outside, dying to be on the inside... »), peut-être un des plus beaux titres composés par le groupe (avec le Missing You du dernier opus).
Mais The Storm Within a beau compter deux des plus belles ballades du groupe, il reste leur album le plus riffu depuis Torn, comme le prouve My Allied Ocean, particulièrement puissant. Cette force de frappe qui, avec le recul, manquait aux deux précédents opus, permet à Evergrey de gagner en consistance et les titres défilent sans qu'aucune lassitude ne se fasse ressentir.
Entre morceaux plus accrocheurs, mélancolie toujours aussi présente, musiciens mieux mis en avant et toujours une intelligence de composition sans faille (Astray et son refrain génialement contre-intuitif), difficile de trouver un réel défaut au nouveau joyau délivré par Tom Englund et sa bande. S'il n'atteint pas les sommets émotionnels d'Hymns For The Broken, The Storm Within est certainement plus équilibré et devrait faire l'unanimité chez les amateurs du groupe...
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