Tout ça pour dire qu’écouter pour la première fois un nouvel album de Nasty, c’est se confronter à ce genre de surprises. Or, il n’est pas question de surprise lors des premières secondes de FYW, première piste de ce Realigion. Un larsen, un cri puissant, un riff soutenu par une batterie misant tout sur la double-pédale… on est en plein dans le sujet là, pas de place au doute ou au double sens. Une rythmique ralentie qui rappelle l’explosif Fire On The People. Nasty sait toujours comment parfaitement gérer une entrée en matière redoutable. Rock Bottom, qu’on avait pu découvrir quelques semaines plus tôt, enfonce le clou par une rythmique tantôt déferlante tantôt mid-tempo avec une voix de Matthi telle qu’on la connaissait sur les albums précédents : crachante et agressive. Même sur des morceaux de moins d’une minute trente, le groupe parvient à donner une identité multi-facette à ses titres. Cassant lui-même ses rythmiques et ses structures comme sur At War With Love, qu’on avait pu découvrir en vidéo plus d’un an avant la sortie de cet album. Sur ce morceau, bien plus long que la moyenne de leurs brûlots de moins de deux minutes, le groupe s’est donné le temps de composer une intro, plusieurs breakdowns, des passages intrus… tant d’éléments rassemblés qui pourraient tomber comme un cheveu dans la soupe mais qui, étonnamment, restent parfaitement cohérent. Comme si le groupe était tellement habitué à tout balancer en une minute trente qu’ils parviennent à tenir un fil conducteur en toutes circonstances.
En plus des changements de rythmiques auxquels nous étions déjà habitués, le groupe joue la dissonance et la non-musicalité comme sur DRTY FNGRZ 2. Si vous cherchez le Dirty Fingers premier du nom, il fait partie du tout premier album du groupe, Declaring War.
Etrangement, j’ai toujours du mal à pleinement apprécier un morceau lorsqu’il est diffusé sur Youtube. C’est pour ça que lorsque Forgiveness a été dévoilé en vidéo quelques semaines avant la sortie de cet album, je l’avais trouvé puissant. Alors que sur cet album, après les cinq pistes qui nous ont déjà mis quelques low-kicks bien sentis, il est absolument imparable. Avec la popularité grandissante du groupe, le label semble avoir mis beaucoup plus de moyens dans l’enregistrement de l’album pour un son beaucoup plus clair et puissant. Certains diront qu’il est édulcoré, mais à l’écoute des passages destructeurs de Forgiveness j’ai beaucoup de mal à imaginer que le public du groupe, connu comme étant… turbulent, restera de marbre.

On croise le premier featuring de l’album sur le morceau-titre, Realigion, en la présence de JJ Peters de Deez Nuts. L’occasion de constater par l’inattendue intervention de JJ « Nasty, Deez Nuts. Melbourne to New York to La Calamine » que le groupe reste attaché à son origine belge alors que les deux membres calaminois sont partis depuis plusieurs années. La voix de JJ Peters est l’opportunité pour le groupe de partir sur une approche plus groovy pour le refrain, alors que le tempo des couplets donnent envie de danser.
Sur chaque album depuis Love maintenant, le groupe tente sa chance sur un morceau plus profond et mélodique, et sur ce nouvel opus c’est Prediction qui prend ce rôle. Un morceau au rythme bien plus doux que ce qu’on a pu entendre jusqu’à présent et qui, s’il aura malgré tout du mal à trouver sa place sur les radios de grande écoute, s’affiche clairement comme le morceau accessible de ce Realigion.
Et comme pour contraster, Welle semble sortir d’un des premiers albums de Nasty, quand le groupe misait tout sur les passages beatdown et que tout ce qu’il y avait autour ne semblaient qu’être un prétexte.
Après une Outro plutôt mélodieuse qui clôture de belle manière cet album, on prend une dernière claque frontale et directe inattendue : taillé dans le roc brut et sans fioritures, Babylon surprend par sa simplicité : et pour cause, cette bonus track est en fait un ancien morceau qui date de l’époque où Nasty s’appelait encore Van Damme. Evidemment, remise au goût du jour, Babylon ne choque pas et ferme la porte de Realigion par un clin d’oeil. Et pour les curieux, on trouve la version de l'époque Van Damme (2004) ici.
Plus diversifié et osé, moins noir et death-metal, Realigion marque la suite de l’évolution de Nasty. En choisissant de rester sur le label Beatdown Hardwear et balayant au passage plusieurs propositions de majors, le groupe conserve toute sa liberté de composition et d’exécution et choisit de ne suivre que ses propres règles. Principe fondamental qui lui réussit parfaitement et qui lui a permis, jusqu’à ce jour, de se forger une identité très forte et brute.

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