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Interview 24-12-2006 par Fred 12 min de lecture

Run-Amuck

RUN-AMUCK, presque 15 ans d’existence, on se rend compte que vous êtes un « vieux » groupe, mais pourtant, vous sortez de 4 ans de silence pratiquement. Pour être honnête, moi, je pensais même si il n’y avait pas eu de split officiel, que RUN-AMUCK n’existait plus vraiment. Et pourtant, vous prépariez un album : King Of All The Weaks. Mais qu’est-ce que vous avez fait pendant ces 4ans ? Vous avez réellement travaillé sur cet album pendant 4 ans ? Ou bien, il y a eu un passage à vide ?
**On ne peut pas dire qu’on a vraiment travaillé pendant 4 ans, mais ça nous a pris du temps pour réunir tout ce qu’il fallait : budget, etc… en tant qu’autoproduction, on s’était fixé des buts qu’on n’a jamais atteints… on nous a fait des promesses qui n’ont jamais été tenues… donc ça nous a retardés. On se dit qu’on ne va pas faire des concerts puisqu’on n’a rien de neuf à présenter. On s’est dit qu’il valait mieux se faire un peu oublier pour revenir en force avec le nouvel album.
**Disons qu’on aurait pu aussi continuer à jouer beaucoup mais cela aurait été des dates ou des concerts qu’on avait déjà faits…
**C’était un peu tourner en rond.
**On n’avait rien de nouveau à proposer donc on s’est dit, nous, on va composer de notre côté, répéter de notre côté, et puis on va, un peu la mort dans l’âme, refuser tout ce qu’on nous propose. On a eu quelques propositions mais on n’a rien accepté, sauf quelques concerts à l’étranger parce que c’était intéressant pour nous, pour pouvoir maintenant proposer quelques chose de nouveau.
**En bref, on s’est fait un petit peu oublier pour revenir en force.

Le groupe a 15 ans, vous sortez de 4 ans de silence scénique, les jeunes ne vous connaissent pas particulièrement. Moi, j’ai la chance d’avoir connu des périodes de RUN-AMUCK qui étaient fastes, notamment un fameux concert au Hangar, retracez nous un peu ce parcours, ces 15 années.
**En fait on s’est formé en 93, trois petits cons comme ça, grâce à J-P Devox (Shah-Mat). Il nous avait déjà vus faire des petits concerts, avec Immaculate Contraception, notre premier groupe avant RUN-AMUCK. Il nous a dit « ouais pour mon anniversaire, vous feriez bien un truc un peu lourd, punk comme il se fait maintenant ». On s’est lancé et voilà, ça a été. On a fait 6 morceaux en 6 minutes. Ca a bien déchiré, alors on a continué. De fil en aiguille, on a composé des morceaux puis on a enregistré une démo, puis un cd démo, puis un deuxième cd un peu moins démo, et puis voilà sur presque 15 ans, on a fait notre petit bout de chemin en tant qu’amateurs. On a fait plus de 400 concerts. On est allé jouer au Québec, en Italie, en Allemagne, en Hollande, en France, … tu sais, il n’y pas vraiment de renommée pour nous, mais on fait notre petit bout de chemin. On ne se tracasse pas trop de ce qui se passe.

Musicalement, au début, on vous classait (bien que ce soit déjà un peu particulier) dans le Hard Core…
**Nos influences principales sont le Hard Core…

Même si c’était déjà à l’époque, un peu difficile…
**On n’a jamais fait vraiment de Hard Core, mais ce sont nos influences. Même si on veut faire un morceau de blues, il sonnera un peu Hard Core sans le faire exprès. Dans l’âme, on est punk. On a l’âme un peu trash, un peu dégueu comme ça, un peu crade. Mais on ne le fait pas exprès. Même si on aimerait bien faire un morceau calme, ou une ballade … on est toujours un peu cru sans le faire exprès.

Et maintenant alors ! Est-ce que vous avez l’impression qu’on peut encore accoler l’étiquette Hard Core (on reviendra sur l’évolution musicale du groupe) ? Est-ce que vous avez envie de défendre cette étiquette ? Ou au contraire, vous préférez une autre étiquette musicale ? Ou encore, vous avez l’impression que ces sont les organisateurs et le public qui doivent vous coller une étiquette ?
**L’évolution Hard Core, enfin l’étiquette Hard Core n’est plus trop d’actualité même si elle reste …
**Ca nous colle à la peau… c’est notre âme, mais on n’en joue pas. On n’en a jamais joué. On a toujours été plutôt autour. On en fait partie mais c’est pas vraiment la musique qu’on joue.
**C’est pas ce qu’on a recherché non plus.
**Ce qui se passe, c’est que, maintenant, la principale influence, c’est le Stoner. Ce qui est en train de bien rentrer dans la musique de RUN-AMUCK, mais de façon très naturelle. Sans se forcer.
**On vieillit…
**On vieillit et on devient mature. C’est fini de rigoler. Maintenant on expose des choses réelles. Dans les paroles … le cynisme et le second degré, c’est terminé ! Mais l’influence Hard Core, pour revenir à ça, elle est toujours là parce qu’on a l’esprit DIY.
**On est allé voir les MDC dernièrement. Ca nous est resté sur le cœur, on est retombé en enfance… une de nos influences principales, avec DRI, les Beastie Boys, toutes les some old bullshits qu’ils avaient ressorties, on écoutait ça avant que ce ne soit de la old bullshits (rires)…
**C’est le problème des étiquettes en fait ! Il faut caller une étiquette sur un groupe parce que forcément, il faut bien le classer quelque part, mais les étiquettes, ça divise. Nous, on n’est pas trop étiquettes. On s’en fout si un jour, on a envie de faire un morceau avec une Beatbox et bien on le fera si on aime bien ! Si on aime bien, on le fait. On se pose pas de question.

En 4 ans, vous avez eu le temps de travailler, de peaufiner cet album, mais c’est vrai que vous avez aussi quelque peu changé, pour des raisons de maturité et non de calculs. Mon impression, c’est qu’on retrouve quand même ce côté entêtant dans votre musique, une obstination croissante, et puis alors de ci de là, on retrouve des ambiances plus lentes, plus posées et sombres… Comment, avec le recul peut-être, s’est opérée cette mutation ? Vous avez l’impression que ce sont vos goûts qui ont changé ?
**C’est venu tout seul ! En composant, on jouait des trucs plus lourds. Puis on écoutait plus de Stoner, on s’est fait prendre par la vague. On écoutait déjà Black Sabbath,Led Zepplin, Deep Purple, mais il manquait quelque chose que le Stoner a amené. Le son de maintenant avec les vieux riffs des années 70. On n’y arrive pas parce qu’on ne cherche pas à faire ça spécialement. Mais avec l’âge, on n’arrive plus à faire du Hard Core rapide à 200BPM.
**Disons, ce qui a aussi, si on avait une vie saine et très sportive… on y arriverait encore… (rires) Mais c’est vraiment ça, l’esprit Sexe, Drogue et Rock’n’Roll, c’est l’esprit RUN-AMUCK. Une fois qu’on se retrouve tous les 4, c’est une catastrophe ! On répète 2 à 3 fois semaines. C’est vrai, on fait de la musique quand on répète mais le but de répéter, c’est de se retrouver à nous 4… parce que forcément, on a avancé dans la vie. On a plus ou moins tous une copine, ou une épouse. Moi, j’ai des enfants. Voilà, on évolue dans le truc et puis la vie, elle avance. Il faut trouver un boulot. Il faut trouver du pognon pour vivre. Evidemment quand on a commencé, on en avait rien à foutre de la vie. On brûlait ça ! Ca se ressent dans la musique. Il y a un moment donné, une fois que tu atteins la trentaine, il n’y a rien à faire. Tu dois trouver une place dans la société. Tu dois gagner ta vie. Tu dois payer ton loyer. Tu dois faire plein de choses ! Donc, ça se ressent dans ta vie et forcément dans la musique. C’est donc pour ça aussi que les morceaux de cet album, ils sont plus lourds, plus noirs, plus glauques, …
**Quand on rentre dans la vraie vie, on se rend compte que la vie est moche. Que la vie, c’est une chienne.
**L’album qu’on sortira quand on aura 40 ans et bien on aura digéré le fait qu’il faille travailler, gagner de l’argent etc… alors peut-être qu’il sera plus positif aussi.

Vous voulez dire que cet album est l’album de la résignation ?
**King Of All The Weaks, tu vois, ça veut dire ce que ça veut dire ! Le Roi de Tous les Faibles. On y a tous cru ! Une vision de la belle vie, mais ça ne marche pas ! C’est juste une vision. Un rêve. Les rêves, ça fait vivre mais ça ne paye pas le loyer.
**Il y a une rancœur, une sorte de haine sous jacente, un truc malsain qui voyagent dans tes trippes… et nous, on n’a pas le choix d’autres que de le faire ressentir aux gens. De dire, ça nous a fait mal, on en a chié. On est allé plus bas que terre. On en est ressorti, grandi, … mais la vie, elle est pas belle ! Donc, l’album, c’est ça. C’est ce qu’il représente. Il explique plein d’expériences personnelles, de déceptions, de jalousie, … en fait si je dois résumer l’album en deux mots, c’est album est un album de Blues ! Sauf que l’album est moderne. Le Blues du 21ème siècle.
**Du Blues Core… (rires !!!)

Votre précédent album, Herpes For The Mankind, avait quelque chose de plus insouciant.
**Voilà, plus second degré.

Ce titre this morning, assez Beastie Boys, a un côté festif, … ce qui ne veut pas dire qu’il n’y pas de message …
**On avait 20 ans… mais nous on n’a plus 20 ans !
**This Morning racontait l’histoire d’un gars qui se lève le matin et qui se dit voilà aujourd’hui, je fais ça ! 5 – 6 trucs qui n’ont aucune importance. Des trucs super légers. A l’époque, on avait justement l’insouciance. On se levait le matin, ce qu’on voulait faire, c’était faire la fête.
**Qu’est-ce qu’on va acheter comme bouteille ?
**Le reste, on en avait rien à foutre quoi ! Alors, les gens nous ont taxés de comicos-machins-trucs, de fun-machins-trucs… Alors que nous, on faisait juste que raconter des expériences personnelles de tous les jours.

Si on revient à votre album et la plage dead, qui fait office de single, puisque vous avez un clip qui va avec. Ce clip est bien dans le ton de ce que vous décriviez : froid, glauque, sombre. Je voulais revenir à Liège car je pense que la personne qui joue de l’harmonica sur le titre et dans le clip, je dois l’avoir déjà vu avec Holly Fabrizio, Seasick ou Experimental Tropic Blues Band, je situe plus trop bien. J’avais envie de vous demander votre constat sur Liège et son évolution. Est-ce que vous avez l’impression que la ville et sa scène ont évoluées ?
**Lord Bernardo, on le connaît depuis qu’on a 14-15 ans. C’est un gars qui vient de chez nous, Oupeye. Il a commencé l’harmonica à cet âge. C’est vrai que Seasick, les groupes comme ça de Liège, on n’a pas vraiment une affinité particulière avec eux. Mais, moi j’adore Seasick, j’adore Experimental Tropic Blues Band…
**Il y a cette scène à Liège, Hollywood Porn Stars, cette scène rock liégeoise, Malibu Stacy qui est le grand représentant du rock liégeois aussi. Malibu Stacy, ce sont nos cousins. Ils viennent de Visé, et nous de Bassenge, un petit village à côté de Visé. Et donc les Malibu Stacy, on les a vus gamins. Même si c’est pas notre créneaux, tant mieux pour eux.
**C’est chouette qu’il y a des gens de Liège qui percent.
**Ce qu’ils font pour moi, ce n’est pas intéressant. C’est de la musique inintéressante. J’ai vu Hollywood Porn Stars en concert, on a joué avec eux d’ailleurs. Ce sont des bêtes de scène. Vraiment ! Mais musicalement, ça ne m’intéresse pas. Mais ça reste d’excellents musiciens. Tant mieux pour eux. Toute la scène Jaune Orange est une scène qui évolue, qui marche bien, même à l’étranger. C’est super pour eux mais maintenant, nous on ne cherche pas une reconnaissance chez eux puisqu’on ne fait pas la même musique. On a du respect pour tout le monde. Mais on est aussi conscient, qu’on fait une musique qui est plus difficile. Il faut être conscient de la place qu’on a dans le paysage musical, belge, wallon ou liégeois. Si on vend 3.000 ou 4.000 albums, c’est terrible ! Le premier et deuxième album, on en a vendu en tout 3.500 – 4.000 albums. Pour un album autoproduit, pour un groupe liégeois, … et bien ! On a tout fait nous mêmes ! Du placement des micros sur les amplis, à la sortie de l’album en passant par la pochette… on fait tout nous mêmes ! RUN-AMUCK, c’est aussi tout un collectif : le Herpes Crew. On s’en fout de vendre 15.000 albums. On sait bien qu’on n’en vendra pas 15.000. On cherche juste à faire ce qu’on a envie de faire avec les gens qu’on aime. On prend plaisir quand on est sur la scène. Y a des gens qui regardent, qui aiment, qui n’aiment pas. Ca lance le débat.
**On reste honnête quoi.

On pourrait longuement discuter du rock belge ou liégeois, du fonctionnement de la Communauté Française en terme d’aides etc… mais l’important est le retour de RUN-AMUCK avec un nouvel album, un album surprise, qu’on attendait plus spécialement suite à ce grand silence. Un album autoproduit comme tous les autres.
**Cette fois-ci, on a trouvé une distribution. Pour le premier album, on avait déjà trouvé une distribution avec Sonic Rendez-Vous. Cette fois-ci, c’est COD&S qui viennent de Namur et ils nous distribuent jusqu’en France.

Ca veut donc dire que votre album ne sera pas trop difficile à trouver ?
**Il sera bien distribué. Dans les FNAC, les Caroline Music… et même les Coras. De toute façon, il y a le site internet du groupe aussi où on peut nous contacter pour n’importe quoi. Il y aussi MySpace évidemment.

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