La soirée a débuté avec Low Life, formation issue de la scène H8000 belge, un mouvement hardcore influent qui a vu naître certaines des figures les plus marquantes du genre en Flandre-Occidentale. Le groupe, connu pour ses morceaux rapides et ses breakdowns percutants, a su imposer son style avec des riffs agressifs et une présence scénique intense, forçant à maintes reprises le chanteur à hurler depuis ses genoux, la jugulaire prête à exploser. Avec des influences puisées dans le hardcore old-school et le metal, Low Life a livré une prestation brute et sans concession, rappelant les grandes heures du hardcore belge.

Force, autre groupe belge, a pris le relais avec une énergie débordante. Composé de membres issus de formations telles que Mindwar et Sicko, Force se distingue par une approche plus moderne du hardcore, combinant des sonorités metalcore avec une rage punk indomptable. Leur set, ponctué de passages lourds et de mosh parts survoltées, a fait monter la tension dans la salle. Le groupe a su captiver le public avec des textes engagés et une exécution instrumentale millimétrée, confirmant leur statut de valeur montante de la scène belge.

Abusive Forms, venu des Pays-Bas, a ensuite enchaîné avec une fusion agressive de hardcore et de sludge. Formé en 2022 par d'anciens membres de Blind to Faith, Probation et Lifespite, Abusive Forms se distingue par des compositions lourdes, chaotiques et saturées d'une noirceur palpable. Avec des influences qui vont de Negative Approach à Eyehategod, le groupe a délivré un set pesant, où chaque riff était une déflagration. Leur son sale et abrasif, mêlant riffs doom et rythmiques frénétiques, a plongé la salle dans une ambiance oppressante, captivant les amateurs de hardcore sombre et intense.

La soirée s'est conclue en apothéose avec Going Off, groupe britannique formé en 2019. Bien qu'encore jeune, le groupe a su s'imposer rapidement sur la scène UKHC grâce à une approche unique du hardcore. Leur style, un savant mélange de punk, de beatdown et de metal, leur a permis de se distinguer au sein d'une scène en constante mutation. Mené par la voix rageuse de Jake Huxley, les mancuniens ont enchaîné les morceaux courts et furieux, boostés par une batterie survoltée et des guitares tranchantes. Avec déjà trois EP et deux albums à leur actif, le groupe a prouvé qu'il était l'une des formations les plus prometteuses du hardcore britannique, en démontrant une maîtrise parfaite de la scène. Huxley dégage une énergie brute et une présence scénique hors du commun pour un frontman de hardcore. Son style, à la fois intense et théâtral, le distingue immédiatement : il semble habité, courbant l’échine, projetant sa tête en arrière avec violence, les yeux révulsés comme s'il entrait en transe, totalement possédé par l’intensité de chaque morceau. Difficile de rester en place à l’écriture de cet article, alors que je me pète les tympans avec la setlist du concert en toile de fond sonore, je suis absolument impatient de les attraper à leur prochain passage en Belgique.

Toutefois, si l'énergie était bien présente sur scène, le public, lui, était relativement peu nombreux, ce qui donnait une impression un peu morne. Autre constat frappant : le pit était composé en grande partie de jeunes spectateurs visiblement inexpérimentés, ce qui donnait par moments l'impression d'assister à une cour de récréation plutôt qu'à une soirée hardcore digne de ce nom. Peut-être est-ce le signe d'un renouveau, mais pour les anciens, difficile de ne pas ressentir une pointe de nostalgie (et de gène).
Depuis son déménagement, le Magasin 4 semble encore en phase de transition et peine à retrouver son souffle. Les événements récents à Anderlecht n'ont sans doute pas arrangé les choses, et l'on peut se demander si la dynamique d'autrefois est encore récupérable. Pourtant, cette salle mythique a su résister à bien des épreuves et on ne peut que lui souhaiter de retrouver l'affluence et l'effervescence qui faisaient son charme. Espérons que les prochaines dates marqueront un véritable retour en force.




