Au final, quatre groupes de "progressif moderne" forment ce joli package, très cohérent, qui rencontre le succès dans plusieurs villes d’Europe, certaines affichant même complet ou presque (Londres, Paris, Toulouse,…). Ce n’est cependant pas le cas en ce jeudi 30 janvier plutôt glacial lorsque les combos débarquent à la Rockal de Esch-sur-Alzette au Luxembourg.
Salle dotée de plusieurs configurations, c’est dans sa variante Club, la plus petite donc, qu’auront en effet lieu les shows de la soirée. Et encore, un Club revisité où les rideaux sont tirés pour rendre la salle moins vide. L’affluence n’est pas au rendez-vous (au plus, une centaine de personnes environ) et c’est bien dommage.
C’est Intervals qui ouvre la soirée. Surprise : le groupe évolue maintenant avec Mike Semesky au chant sur quelques chansons, délaissant ainsi son côté 100% instrumental. Le résultat est intéressant, sans être percutant, mais l’accueil ultra timide réservé au groupe et le manque singulier d’ambiance n’aident pas à entrer dans la musique proposée par le groupe, pourtant enrichie de passages électro ou ambiant. A revoir.
Le constat est le même pour The Safety Fire : la salle peine à se remplir et on sent clairement que les personnes présentes attendent de toute façon la suite. Le style proposé par le groupe est assez différent de celui de Intervals, car davantage dans le format "chanson", mais la construction des morceaux et l’aspect au final assez brouillon me laissent de marbre.
La soirée monte singulièrement en niveau avec l’arrivée de Tesseract. Durant le changement de plateau effectué au son revigorant de Poison the Well (excellent choix), le nombre de spectateurs augmente un peu, certains d’entre eux semblant être venus avant tout pour les Anglais. On aurait tort de leur en vouloir ! Dès les premières notes le ton est donné : le rendu est limpide et le groupe très bien en place malgré l’absence regrettable de James Monteith (le deuxième guitariste), resté en famille. Le son de guitare est un pur régal, et se trouve magistralement complété par une basse parfaite, avec ce qu’il faut de rondeur et de claquant pour asseoir les compositions interprétées ce soir. Et ce chant ! D’une justesse rare, envoutant, et surtout constant durant les 45 minutes allouées au groupe, il permet à Ashe O’Hara de se placer directement parmi les meilleurs chanteurs de la scène metal. Rien que ça.
Autant de qualités permettent donc à Tesseract de rendre justice à ses compos, en particulier celles tirées de "Altered State". Le set s’ouvre ainsi par le tryptique "Of Mater", puis revisite le passé du groupe ("Deception" et "The Impossible" de "One") pour mieux revenir sur son dernier album en fin de set (avec "Of Energy" et "Of Mind"). Certes, le groupe semble pressé de revenir à la maison ("one more show tomorrow in Germany and then we go back in the UK") et réclame plus de participation au public ("this song is yours as much it is mine"), mais cela ne l’empêche pas de délivrer une prestation hyper pro, jouant avec une facilité déconcertante, et délectant ainsi les fans de Tool, et de belles choses en général. La conclusion s’impose : malgré la déception engendrée auprès de ses fans old school, le changement de frontman l’année dernière va probablement permettre au groupe d’atteindre une stature très élevée.
Comment succéder à un tel set ? Protest The Hero a la recette : avec une musique très personnelle et de l’humour à revendre. Le style des Américains est en effet assez inclassable : metal progressif mâtiné de heavy et de punk ? Difficile à décrire. Reste que dès le premier morceau ("Underbite", tiré de "Volition") on est saisi par la performance du groupe : tappings à gogo, riffs endiablés, lignes de basse percutante et chant très juste. Le son n’est peut-être pas aussi bon que pour Tesseract, mais il rend suffisamment justice à la grande qualité technique des Canadiens, dont les guitares gagnent même en épaisseur le long du set. Les titres sont joués par groupe de trois et parcourent la discographie du groupe, les nouveaux morceaux ("Clarity" par exemple) s’intégrant bien aux standards type de Protest The Hero ("Sequoia Throne", "Sex Tapes" et "Bloodmeat" font toujours des ravages).
Lors des coupures, Rody Walker, frontman du groupe et peu avare de blagues, en profite pour mettre en avant ses qualités de comique type stand up, et il faut bien avouer que le public en redemande : facéties avec les spots, provocations au sujet de la bière (luxembourgeoise) servie au groupe sur scène, anecdotes sur la "big fat aunt" du chanteur, et deux moments d’anthologie : quand le groupe se concerte pour choisir le "mec le plus beau de la salle" afin prendre une photo avec lui, ou quand Rody nous explique combien il est agréable de trouver une salle équipée de douche pour qu’il puisse enfin se masturber en toute tranquillité (le tout à grand renfort de détails et de gestes, évidemment). Il se paye même le luxe de tourner en dérision la faible affluence et le manque d’ambiance en nous donnant raison de rester calme car ses musiciens "ne sont pas si bons que ça", puis, plus tard, en chuchotant l’annonce d’un de leur titre phare, "Sex Tapes", ainsi que son couplet d’intro !
Néanmoins, une blague rate son effet : après s’être moqué des pseudos rappel quelques titres avant la fin de son set, le groupe quitte la scène après 1h10 de show, sans un mot, pour… ne plus y revenir ! Le public ayant compris tout le contraire, un certain malaise se ressent donc. Mais difficile d’en vouloir aux Canadiens vu la qualité du show offert : interprétation, son, communication, tout y était.
Setlist Protest The Hero
Underbite
Hair-Trigger
Sequoia Throne
Clarity
The Dissentience
Heretics & Killers
Bury The Hatchet
Mist
Bloodmeat
C’est La Vie
Sex Tapes
Tilting Against Windmills
Setlist Tesseract
Of Matter : Proxy
Of Matter : Retrospect
Of Matter : Resist
Concealing Fate, Part 2 : Deception
Concealing Fate, Part 3 : The Impossible
Of Energy : Singularity
Of Mind : Nocturne
Setlist The Safety Fire
Red Hatchet
Mouth Of Swords
Huge Hammers
Glass Crush
The Ghosts That Wait For Spring
Yellowism
Old Souls
Setlist Intervals
Alchemy
Mata Hari
Ephemeral
Tapestry

Protest the Hero
TesseracT
Tool