Pour replanter un peu le décor, Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra fût au départ une sorte de side project créé en 1999 par Efrim Menuk avant de devenir un groupe à part entière. En 1994, l'intéressé est à l'origine de la création d'un des piliers du post-rock: Godspeed You! Black Emperor. Mais ce mastodonte alors en devenir ne lui permet pas de laisser assez de place à toutes les expérimentations musicales dans lesquelles il souhaite se lancer. Dans la même mouvance anarchiste, car tant Godspeed que Mt. Zion propagent certains messages à tendance politique ou en tout cas engagés, Efrim Menuk et ses acolytes enfilent alors les albums comme les perles d'un collier. Et de perles, le collier de Mt. Zion en compte désormais sept depuis la sortie du récent Fuck Off Get Free We Pour Light On Everything, dont rien que le titre donne une petite idée du personnage.

© Ioana Nica
Si la musique distillée par les cinq musiciens reste beaucoup plus calme que celle balancée sur certains titres par leurs aînés de Godspeed You, Mt. Zion déploie un son qui n'en est pas moins envoûtant. Et pourtant hier soir, et peut-être que les vrais spécialistes du groupe nous contredirons, on a eu le sentiment que les Canadiens auraient pu encore aller plus loin dans l'expérience scénique. Si comme dit plus haut, le niveau instrumental est de très haute volée, il s'en est parfois vu altéré par un manque de support vidéo ou par un light show quasi inexistant qui, pourtant, aurait pu avoir le mérite d'exister! Mais peut-être ne comprenons-nous rien au minimalisme et à l'intellectualisme prônés par Efrim Menuk et sa bande. Car de cérébral, il en est bien évidemment plus que question dans la musique de Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra!
Au niveau de la stetlist, les Montréalais n'ont absolument pas boudé leur dernier-né! Et il faut dire que le dénigrer aurait été une bien belle erreur vu le niveau qu'affiche le groupe sur des titres tels que, par exemple, "Take Away These Early Grave Blues", "What We Loved Was Not Enough" ou encore "Fuck Off Get Free (For the Island of Montreal)". Entre les morceaux Efrim Menuk rajuste ses crolles et se laisse aller à quelques explications souvent hors micro histoire de forcer l’audience, comme ils disent outre-Atlantique, à l'écouter plus attentivement encore.
Tout en douceur, les cinq musiciens se laissent bercer et surtout nous bercent au rythme des morceaux qui nous semblent durer à peine un instant tant ils nous emmènent dans une autre dimension. Les yeux fermés, on tombe alors dans une sorte de demi sommeil, un état second qui nous prouve une fois encore que la musique n'est qu'un long voyage au pays des émotions. A noter que les prolifiques Canadiens nous aurons également proposé un titre inédit en interprétant "All The Kings Are Dead", un morceau qui s'installe dans la lignée de ceux proposés sur le dernier opus du groupe.
Après un timide au revoir, le public force le groupe à revenir sur scène. S'en suit alors une sorte de berceuse soporifique, mais loin d'être ennuyante. Coup de théâtre également au niveau du visuel puisqu'un fond d'écran fait alors son apparition sur le grand voile noir tendu à l'arrière de la scène. Mieux vaut tard que jamais, mais on n'en démodera pas sur le fait qu'il aurait pu faire son entrée bien plus tôt dans la soirée. Au final Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra nous aura offert une prestation cinq étoiles au niveau musical, mais qui aura manqué d'une jolie constellation de spots de toutes les couleurs histoire de nous droguer plus encore que nous l'avons été.
Pour Efrim Menuk, la musique est une façon de vivre, il lui donne sa vie et ça se voit, ça s'entend et ça se comprend. Un groupe à découvrir d'urgence pour les fans de post-rock si ce n'est pas déjà chose faite!

Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra