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Live report 06-07-2017 par Guillaume 6 min de lecture

Shattered Fortress : les 12 travaux de Mike Portnoy

Parmi les rêves (compliqués, forcément !) des fans de Dream Theater figurait en bonne place l’occasion d’entendre un jour, live, la fameuse 12 steps suite jouée en entier. Mais qu’est-ce au juste ? Il s’agit en fait d’une collection de cinq chansons parues sur différents albums studio de Dream Theater et couvrant chacune plusieurs des 12 étapes des alcooliques anonymes. Les paroles de ces chansons écrites par Mike Portnoy traitent en effet de sa dépendance à l’alcool, qu’il décrivait lui-même comme hors de contrôle à l’horizon 1999. Si la chanson The Mirror (parue sur l’album Awake, en 1994) évoquait déjà cette lutte, c’est en effet après avoir mis un terme à sa consommation d’alcool en l’an 2000, qu’il s’est lancé ce défi un peu de fou d’écrire une suite de chansons couvrant le programme qui a selon ses propres termes « sauvés sa vie ».



Cette suite se prolongea ainsi le temps des albums Six Degrees of Inner Turbulence, Train of Thought, Octavarium, Systematic Chaos, et Black Clouds & Silver Linings en proposant cette cohérence narrative mais aussi une certaine hétérogénéité musicale, Dream Theater ayant choisi d'aopter une nouvelle approche à chaque itération. L’objectif de jouer cette suite, live, restait en ligne de mire mais s’était vu contrecarrer par le départ de Mike Portnoy de Dream Theater.

Huit années après la sortie de Black Clouds & Silver Linings, Mike Portnoy s’est donc mis en tête de ressusciter le projet pour mieux célébrer son cinquantième anniversaire, par le biais de plusieurs concerts donnés sous le nom Mike Portnoy’s Shattered Fortress et ayant pour vocation première d’interpreter cette 12 steps suite en intégralité. Pour cette occasion, l’ami Mike a réuni un line-up prometteur avec la quasi totalité des membres de Haken, bien aidés par Eric Gillette (THE NEAL MORSE BAND) à la guitare. Autant dire que le niveau d’attente des fans historiques de Dream Theater était plus qu’élevé, en atteste ce premier show donné sur la célèbre croisière organisée par l’ami Mike.



On retrouve d’ailleurs ce soir à la Kulturfabrik d’Esch-sur-Alzette un public composé en grande majorité de fans de Dream Theater et de Haken (j’ai d'ailleurs rapidement arrêté de compter les t-shirts)... mais surtout de gens très patients et disciplinés puisqu’une bonne heure après l’ouverture supposée des portes les premiers arrivés sont encore entassés dans le petit bar de la Kufa, portes fermées. La raison ? Le tour de France qui traverse Esch ce même jour ? Non, plutôt le gros trajet depuis Malmö effectué par le groupe, et l’obligation pour l’équipe technique de préparer le show en une heure – une prouesse relevée et saluée plus tard dans la soirée par Mike Portnoy, qui se fend en outre d’une rapide apparition dans le bar pour s’excuser auprès de ses fans.



Les portes enfin ouvertes, c’est Next to None, le groupe de Max Portnoy, qui se voit accorder le temps de trois (longs) morceaux pour chauffer un public qui s’attendait peut-être plutôt à un « an evening with » qui aurait semblé davantage de circonstance. Les jeunes gens nous offrent une musique inspirée aussi bien de Papa que de sonorités plus modernes (le Metalcore n’est pas loin sur certains passages), et qui a donc la fâcheuse tendance à partir dans tous les sens, et pas forcément à bon escient. La volonté de bien faire est clairement là, mais à trop en vouloir, le groupe se laisse déborder par des plans trop différents. On retiendra quand-même quelques riffs plus que sympa et des idées de chants (cf le refrain du deuxième morceau, plus consistant dans son approche) mais aussi pas mal de maladresse (la conclusion et ses harmonies frisant le ratage complet avant un breakdown hors sujet). Difficile à classer au final, mais un potentiel certain pour peu que les Next to None apprennent à contenir leur créativité.



L’horaire déjà bien avancé n’aidant pas, quel soulagement d’entendre enfin le Prelude (la BO de Psycho) suivi du Regression de Dream Theater, tous deux sur bandes, bientôt accompagnés par l’arrivée du groupe sur scène pour un Overture 1928 de bon aloi et sur lequel le public se lâche déjà en reprenant les leads à la volée. L’ambiance est au beau fixe, Mike sourit à tout va et ses musiciens semblent s’éclater comme jamais à jouer du Dream Theater. On remarque cependant dès Strange Déjà-vu que Ross Jennings (chant) éprouve de grandes difficultés à atteindre les notes les plus hautes. Un défaut qui ne sera pas gommé au long du concert, bien au contraire, mais qui curieusement n’entame pas la grande satisfaction d’entendre du Dream Theater interprété dans cette configuration, de proximité si on peut dire, et surtout plutôt bien sonorisée. On notera quand-même qu’Eric Gilette s’en sort, lui, avec davantage de brio sur les quelques parties de chant qui lui sont accordées, et notamment cet excellent The Dying Soul, assez retournant dans son genre.



Evidemment Mike Portnoy semble bien s’éclater. Il use et abuse de ses tricks, chante (en laissant clairement paraitre l’importance des lyrics pour lui), donne du spoken words et attire le regard. Il prend même la parole seul face au public pour évoquer ces chansons « vieilles pour certaines » mais surtout « sacrées pour lui comme pour nous ». Mais il n’oublie en rien de présenter son groupe, qui lui aussi se lâche un peu plus, en atteste Diego Tejeida qui se saisit à plusieurs reprise de sa guitare claviers.



Et si cette suite renferme son lot de pépites (The Root of all Evil) et se savoure telle que conceptualisée, elle sait aussi ménager des moments plus calmes comme Repentance, qui fait cependant un peu trop retomber la tension ici (peut-être en raison de l’horaire tardif) avant un The Shattered Fortress plus remuant en conclusion fleuve. Mais alors qu’on aurait pu penser le concert terminé, Mike Portnoy décide de le clôturer comme il l'a commencé avec trois titres de Dream Theater, toujours axés principalement sur Metropolis Part 2: Scenes from a Memory. Ainsi, Home, The Dance of Eternity et Finally Free offrent les dernières sensations Dream Theater-iennes aux fans, comblés, qui ont enfin vécu ce moment un peu à part dans l’histoire du groupe (si on peut dire) et qui, par définition, pourrait ne jamais se reproduire.

Remerciements à la Kulturfabrik.

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