La mise en bouche de cette soirée est servie par les boys de Fever Days, originaires de Retie (Turnhout). À la vue du chanteur guitariste portant chemise à carreaux 90’s, jeans troué et longue tignasse blonde, on s’attend à entendre une énième réminiscence de l’esprit grunge mais il n’en sera rien. On se trouve plutôt dans une veine plus fraîche et résolument pop-punk à la croisée des chemins entre blink-182 et Neck Deep. Le groupe vient tout juste de sortir un premier EP (« This Place of Ours ») via le label Bearded Punk Records et propose donc un condensé de morceaux entraînants, de chant rude et d’harmonies vocales particulièrement bien maîtrisées. Sur scène, les jeunots ont de l’énergie à revendre et leur complicité comme tout groupe qui débute fait plaisir à voir. Même si le chant peine par moments, les riffs et arrangements mélodiques marquent des points. Mention spéciale au morceau Without You, rappelant par de nombreux aspects la musique de New Found Glory. C’est au bout de 25 petites minutes que le groupe nous quitte. Belle et prometteuse découverte que l’on suivra avec attention dans le futur.

La mode des anniversaires et des albums joués dans leur intégralité bat son plein. Ainsi les prétextes pour partir en tournée se font de plus en plus nombreux. On en est donc arrivés là… Et Hoobastank n’échappe pas à la règle en choisissant le plus gros succès discographique de sa carrière pour son retour en Europe. Mais ce serait une grave erreur que de cantonner uniquement le groupe à ce seul disque. Nous en aurons la preuve dans quelques instants. C’est avec une légère avance sur l’horaire et devant un backdrop portant sobrement l’inscription ‘Hoobastank’ que débarquent tour à tour Doug Robb (chant) à la coiffure peroxydée, Dan Estrin (guitare), bonnet vissé sur la tête, Chris Hesse (batterie), rachitique dans son t-shirt immaculé et Jesse Charland (basse), barbe proéminente et grisonnante. La première partie du show est donc réservée à « The Reason » joué dans l’ordre du tracklisting. Les premiers accords de guitare distordue de Same Direction sont entamés et l’arrivée de la batterie instaure déjà un changement de backdrop à l’effigie de l’album honoré ce soir. L’enchaînement immédiat avec le schizophrénique Out of Control finit de nous rassurer sur la qualité du chant de Doug, pur et rageur à la fois. Celui-ci prend une première fois la parole non sans humour : « Quel plaisir d’être si près de vous, je peux même vous sentir… Et vous sentez bon ! Mieux que moi d’ailleurs ! ». Avec What Happened to Us ?, le groupe calme légèrement le jeu et est même étonné du calme et du silence qui règne jusqu’à la toute dernière note du morceau : « Vous êtes beaucoup trop polis, les gars ! C’est incroyable ! ».

Si Escape ne recueille pas les suffrages espérés, c’est tout le contraire qui se produit tout de suite après pour Just One. Les riffs de Dan transpercent l’atmosphère et le public est particulièrement réceptif à ce qui se passe sur scène. L’interaction de Doug avec la foule est tout simplement brillante, celle-ci se sentant connectée et en osmose complète avec le groupe. Les couplets acoustiques engendrés par Lucky apportent un vent de fraîcheur fort bien venu en ce début de prestation joué pied au plancher. On ne manque pas de relever toute l’intensité qui se dégage d’un morceau comme From The Heart pour lequel Doug mime un flingue avant d’introduire la chanson suivante par ces mots : « Pour combien d’entre vous est-ce le premier concert d’Hoobastank ? Je pose la question parce que je sais que cela fait une paie que nous ne sommes pas venus vous voir et je sais que vous connaissez cette chanson, alors aidez-moi à la chanter ! ». Il s’agit bien entendu du méga-hit mélodramatique The Reason mené par ce son de clavier connu de tous. On pouvait s’attendre à une levée massive des smartphones mais cela ne sera fort heureusement pas le cas. Le petit club d’Anvers, respectueux jusqu’au bout, profitera pleinement de l’euphorie en scandant chaque couplet et refrain. On assiste ensuite à un énorme Let It Love au son massif et gras pour lequel la basse de Jesse fait des merveilles. Doug prend la guitare sur le lancinant et touchant Unaffected avant le remuant Never There. « Voici la dernière chanson de l’album mais pas la dernière du show, rassurez-vous ! ». C’est donc Disappear qui apparaît et s’impose grâce à son atmosphère planante et ses mélodies alternatives impeccables.

Exit « The Reason », le groupe va à présent s’atteler à prouver qu’il a bien plus d’un tour dans son sac en jetant une poignée de chansons issues de ses autres albums. Tout d’abord, Pieces, sortie du premier album (« Hoobastank » paru en 2001) à la renommée non négligeable aux Etats-Unis et qui pose encore la question : « Comment ce groupe a-t-il pu tomber dans l’oubli ? ». Le public en profite même pour se créer un petit pogo. Signé chez Napalm Records, le groupe a sorti l’an dernier un tout nouvel album (« Push Pull ») et nous gratifie ensuite de Don’t Look Away qui, d’après ses confidences, est le morceau préféré de Doug. Voici un titre assez déconcertant qui dénote avec ce que le band a pu proposer jusqu’à présent : un mélange de guitare grunge et de percussions pop avec basse vrombissante, le tout dirigé par de subtiles mélodies infusées au funk. Désolé mais on lui préfère nettement Running Away et ses accords sud-américains. Born To Lead et le magnifique The First of Me se chargent de représenter dignement l’album « Every Man For Himself » (2006) avant un dernier baroud d’honneur en la personne de Crawling In The Dark, qui se charge de signifier aux derniers sceptiques qu’Hoobastank est loin d’être un one-hit wonder. À la fin du concert, Doug prendra le temps de serrer de nombreuses poignes avant de s’en aller rejoindre les coulisses accompagné du reste du groupe.

Arrivé à une époque charnière de l’alternatif où de nombreuses formations connaîtront leurs premiers succès comme Linkin Park ou Nickelback, Hoobastank aura fait illusion l’espace de deux premiers albums cohérents et efficaces avant de peu à peu s’effacer et tracer sa propre route bien loin du mainstream. Bien que plus accessible, « The Reason » s'inscrit parmi les plus grands albums de son genre. Espérons ne pas devoir attendre quinze années de plus avant de recroiser la route des Californiens qui n’ont certainement pas dit leur dernier mot ! Bientôt l’âge de raison ? Pas sûr…

Plus de photos de Fever Days et Hoobastank
Remerciements à Hoobastank, Ben Weeks (Global Artist MGMT) et Mike McAree

Hoobastank
Three Days Grace
Fever Days
Neck Deep