Pour l’occasion, les Allemands, généreux, ont décidé d’ajouter à l’affiche leurs compatriotes de Narvik et de Crimson Moon. Deux groupes qui évoluent dans un registre plus occulte, plus Black, plus puriste que la tête d’affiche de ce soir, mais qui confèrent évidemment une épaisseur à cette soirée qui ne se refuse pas !
Narvik se charge d’entamer les hostilités. On note d’entrée de jeu le côté assez visuel, voire théâtral du groupe, sapé, grimé, et misant pas mal sur une scène d’ailleurs abondamment parfumée d’encens et assez décorée : ainsi, la faux, les ossements et les chaînes parent le pied de micro telle une sainte trinité. Mais passé cet aspect extérieur assez trve dans l’âme, Narvik surprend presque par son côté mélodique et des compos prenantes qui font passer ces 45 premières minutes à la vitesse de l’éclair. On relèvera notamment la deuxième partie du concert qui nous a littéralement happée ! Comme bien souvent, Van Records ne s’était pas trompé et montre à nouveau un certain talent lorsqu’il s’agit de proposer des groupes Black Metal de bonne facture.
Après un casse-dalle avalé goulûment non loin de là, suivi d’un nouvel échec cuisant lorsqu’il s’est agit de tenter d’approcher du bar pour ne serait-ce que commander un verre (mais quelle idée de ne proposer qu’un seul barman – qui plus est lentissime - pour un Kleiner Klub quasi sold out !), nous voilà déjà de retour devant la scène du Kleiner Klub pour une nouvelle petite heure de Black Metal pur jus servi par Crimson Moon. Curieuse trajectoire que celle de ce groupe emmené par Scorpios Androctonus depuis 1994 mais relocalisé en Rhénanie depuis son San Diego natal et composé d’un nouveau line-up dans lequel on retrouve depuis l’année dernière le très talentueux Blastum, que l’on a vu entre autres chez Merrimack, Ritualization, VI, Antaeus … sa fiche Metal Archives vous donnera autant le tournis que son jeu nous met par terre ce soir, entre puissance et précision. S’il attire l’attention, le reste du groupe n’est pas en reste même s’il faudra quelques morceaux pour rentrer dans ce concert sombre, plus violent que celui de Narvik, mais tout aussi riche. En atteste ce chant clair souvent utilisé par Sabnoc, ou ces quelques intrus planats disséminés ça et là pour un résultat assez convainquant. C’est finalement Under the serpentine spell qui marque la fin de ce concert aussi prenant que plaisant.
Cette bonne petite soirée façon Black Metal touche déjà à sa fin et c’est évidemment le backdrop de The Spirit qui attire maintenant les regards (ou les smartphones, c'est selon) avant que n’entrent sur scène MS, MT et AT – plus sobres que leurs prédécesseurs. Le contraste ne se limite d’ailleurs pas seulement à l’aspect visuel, The Spirit évoluant bien entendu dans un registre plus mélodique que ses compagnons de soirée. Attendus de pied ferme par leur public, les Sarrois entament leur set sur l’inévitable Serpent as Time Reveals, intro de leur dernier album, Cosmir Terror, fort représenté avec pas moins de 7 extraits sur les 10 morceaux joués ce soir. Comment leur en vouloir, tant cet album TUE littéralement ? Parfois injustement limité à un ersatz de Dissection, The Spirit montre au contraire avec un tel album et surtout avec de telles prestations live qu’il a de la personnalité et sait faire preuve de créativité. Car, quel concert ! Le groupe, parfaitement en place (on ose imaginer la quantité de travail pour arriver à un tel niveau scénique…), délivre son set avec justesse et précision. Entre festival de trémolos et riffing à foison, les longs passages instru ponctués de soli épiques rappellent un Tribulation des débuts (qui aurait choisi le Black en première langue) et forment un tout ultra immersif, cohérent dont il est difficile de réchapper. Autant être très clair : on a le droit ce soir à un concert de très haute volée, une tuerie qui s’accompagne à coup de headbanging et de poing levé, bref, qui se vit. Clouds of Damnation (un des 3 extraits de Sounds from the Vortex joués ce soir) clos cette heure de magie aussi intensément que le reste du concert fut riche et jouissif. Acclamations méritées pour un groupe à voir absolument : rendez-vous à Arlon en octobre messieurs !
Remerciements à the Spirit pour l’invitation
The Spirit
Merrimack
Dissection