Premiers à investir les planches, les trois virtuoses de Animals as Leaders auront une fois de plus impressionné le Club de l'AB avec leur technique et leurs riffs carrés intellectualisés à outrance. Parfois même à la limite de l'indigeste, la musique instrumentale de Animals as Leaders se fait de plus en plus complexe et a besoin de temps pour être appréciée à sa juste valeur. Le public, massé aux abords de la scène, mettra d'ailleurs quelques morceaux avant de réellement s'abandonner et se laisser transporter par la magie de cette musique. Car nos trois lascars originaires de Washington ont beau être des plus statiques, ils balancent en fait un cocktail de riffs tous plus spécifiques les uns des autres et qui finissent par prendre un aspect de monstre énorme avalant tout sur son passage. Même pas la peine d'essayer de résister, on finit tous par être happé par la bête!
Si leur deuxième opus avait confirmé tout le bien qu'on avait pensé de leur premier jet éponyme, avec The Joy of Motion, la troisième rondelle en question, la musique de Animals as Leaders se fait beaucoup plus jazzy que par le passé. Avec ses rythmes mélangés et complètement chamboulés, cet album rappelle bien que le combo made in US est désormais bien installé comme étant l'une des figures de proue de cette vague djent du metal progressif. Mais si l'émotion de leur musique se ressent parfaitement sur album, en live, sa complexité l'emporte souvent sur l'esprit. De toute façon, que l'on ait les oreilles concentrées sur le son ou les yeux rivés sur les 8 cordes de Tosin Abasi et de Javier Reyes, le spectacle était au rendez-vous dans les deux cas.

En tête d'affiche, ou plutôt en deuxième ligne, on retrouvait les Anglais de TesseracT. Actifs depuis 2003, les boys originaires de la ville de Milton Keynes s'apprêtent de leur côté à donner un successeur à leur deuxième opus sorti en 2013. Rien de bien neuf de leur côté donc si ce n'est le retour de Daniel Tompkins derrière le micro. Le chanteur, sans doute le plus apprécié par les fans parmi les nombreux que le groupe a vus passer, revient prendre du service après le départ de Ashe O'Hara, qui avait tenu le poste de 2012 à 2014. Un changement qui ne sera toujours que le sixième à ce poste. Une instabilité flagrante, mais qui n'altère par pour autant la qualité de la musique du groupe.
Si certains la jugent moins originale, cette musique développée par TesseracT, sans doute grâce à l'apport de son chanteur, se fait moins difficile à écouter que celle distillée par Animals as Leaders. Plus léger et moins complexe, TesseracT adopte tout simplement un style plus épuré que celui de ses collègues de la soirée. Installé comme étant l'un des précurseurs de cette vague djent, le groupe balaye les deux opus qu'il compte à son palmarès pendant une grosse heure. Épuisés par un tournée marathon qui touche tout doucement à sa fin, les membres de TesseracT enchaînent les morceaux les uns à la suite des autres. "On est crevé, donc au plus d'amour vous nous donnerez, au plus le show sera meilleur", nous lâche Daniel. Chantage ou pas, le public répond bien entendu présent et ce, malgré les quelques fausses notes qui émanent de tant à autres des cordes vocales du frontman de la soirée. Qu'à cela ne tienne, TesseracT livre là une prestation des plus correctes et met un bien joli point final à une soirée qui aura été extrêmement riche pour tous les amateurs de décorticage musical.

Animals as Leaders
TesseracT