The Sisters of Mercy sont à eux seuls un joli paradoxe : bien que n’ayant plus rien sorti de neuf depuis 1990, le groupe anglais attire toujours autant les foules (il ne restait que quelques places pour le second show). Ce mastodonte très influent dont la musique a inspiré les plus grands noms du métal industriel et de la techno a toujours privilégié les représentations live de leurs grands classiques plutôt que de sortir du nouveau son. Un choix visiblement payant.

Une épaisse fumée s’échappe de chaque côté de la scène quand retentit l’intro de Kiss The Carpet. L’atmosphère est glaciale, un brin mystique et le groupe apparaît tels des spectres sortis de leurs catacombes. Devant un assemblage de barres métalliques, on retrouve Ravey Davey aux manettes de Doktor Avalanche, la célèbre boîte à rythme présente depuis les débuts et membre à part entière du groupe (elle est composée désormais de trois MacBooks Pro). Les guitaristes Chris Catalyst et Ben Christo se positionnent de part et d’autre de la scène. La voix profonde et à la fois sinistre d’Andrew Eldritch, lunettes de cycliste vissées sur la tête, se marie à merveille avec de splendides lights agressifs et des lignes de basse post-punk bien lourdes.

Alice est repris par une foule hypnotisée avant que l’oriental Ribbons, dark folk aux paroles occultes et l’inédit Crash And Burn ne la fassent danser et pogoter. Si lors de la doublette Doctor Jeep/Detonation Boulevard, la voix est vraiment trop noyée et pas assez mise en avant, le problème est rapidement corrigé sur No Time To Cry et le gospel Marian, morceau atypique au refrain allemand, tous deux sortis du premier album « First And Last And Always ». Le premier véritable classique arrive avec Dominion/Mother Russia à la rythmique cinglante, quelques arpèges de guitares et un refrain repris puissamment par l’ensemble de la salle. Le combo en profite pour insérer dans son set une série de faces B et raretés (Will I Dream et Romeo Down notamment) avant d’entamer le très rock Vision Thing et quitter une première fois la scène.

Le premier rappel se compose de Something Fast, calme et lascinante ballade acoustique avant que l’instrumental Top Nite Out ne permette aux deux guitaristes d’arpenter la scène de long en large et leur donne l’occasion de faire une jolie partie de duel en mode Guitar Hero. Eldritch réapparaît de la brume ambiante tel Nosferatu dès que le riff du majestueux Temple of Love retentit. Tout le monde pense que le show en restera là. C’était sans compter sur des Sœurs de Miséricorde généreuses qui vont nous offrir trois autres chansons en guise de second rappel. Le profond et poignant Rain From Heaven tiré du side-project « The Sisterhood » introduit en apothéose le grandiloquent Lucretia My Reflection avant que This Corrosion à la rythmique implacable et tranchante ne ponctue le concert. Andrew Eldritch, taciturne et distant (après tout c’est un peu le concept) et ses acolytes prennent ainsi définitivement congé de leur public.

The Sisters of Mercy nous a proposé un concert hypnotique, fort en décibels et algorithmes, sombre, glauque et lugubre. On est tour à tour fasciné ou épouvanté par cette atmosphère d’outre-tombe constituée d’un mélange de mélancolie rock et de rythmes électro portés par des beats métronomiques, des guitares saturées et par une voix venant tout droit des Enfers. Une dark wave puissante et mélodique semblant venir d’un autre âge…
Remerciements à l'Ancienne Belgique
Photos live : Karl Vandewoestijne (Bedankt !)
https://www.facebook.com/4t6Photography/?fref=ts
The Sisters of Mercy