Il y a de ces premières parties qui l’air de rien peuvent marquer les esprits. Double Veterans est de celles-là. Ce power trio belge (deux guitaristes et un batteur) nous fait goûter son psychédélisme baraqué et lancinant à la fois. Avec des riffs bien serrés, leur garage rock fait des merveilles et de sérieuses hallucinations ne sont pas loin d’être observées pendant le show. Leurs influences semblent être sans fin : de MC5 à Black Flag en passant par The Velvet Underground ou Ty Segall, le combo nous fait balancer d’un bout à l’autre de l’Histoire du Rock. Leur premier album intitulé « Space Age Voyeurism » est sorti cette année et laisse présager un fameux parcours qu’il faudra suivre avec intérêt tant le groupe parvient à trouver le parfait équilibre entre dureté et mélodie à l’aide de percussions franches et de nappes de guitares savoureusement envoûtantes. Affaire à suivre…
Les lumières de la salle s’éteignent pour faire place au ciel étoilé de l’Ancienne Belgique (configuration Box). Le genre d’ambiance parfaite pour accueillir comme il se doit ces joyeux branleurs de Allah-Las, des gars qui auraient pu choisir de se tourner les pouces et continuer à rêvasser sur le sable mais qui, au lieu de cela, se sont attelés à sortir trois fantastiques et ravissants albums. Pris sous l’aile de Nick Waterhouse, jeune producteur et artiste aguerri dans le milieu du jazz et de la soul, les Californiens venus tout droit de la « Ville des Anges » vont parcourir la majeure partie de leur catalogue. Dès le départ, après un radieux instrumental, Ferrus Gallery, la fuzz au germanium est de sortie avec Had It All où leur arme secrète fait son entrée : la Murph Squire 12 cordes du guitariste Pedrum Siadatian. Reverb et slide au programme… Le chanteur Miles Michaud gère aussi bien la guitare que l’art de porter la chemise et le chant est désormais une affaire collective au sein du band, une décision parfaitement mûrie et réfléchie qui donne lieu à un joyeux bordel sur 200 South La Brea et Could You Be. La basse fuzz tenue par Spence Dunham sur Warmed Kippers hypnotise l’assemblée et l’élégant Famous Phone Figures positionne le groupe comme étant l’un des dignes héritiers du grand Velvet.
À l’écoute des titres Sandy et Sacred Sands, on se met bien vite à rêver à une Californie où Love, Byrds et Beach Boys règnent en maîtres. Mais sur les nouveaux morceaux (Autumn Dawn et Roadside Memorial notamment), voici nos compères en plein trip folk-rock psychédélique avec guitare acoustique, Mellotron et chœurs beaucoup plus traînants. La batterie de Matthew Correia se fait elle aussi moins proéminente et ce dernier, secondé par les chœurs de l’ensemble du groupe, se fend d’une reprise fort bienvenue du Calm Me Down de The Human Expression, éphémère groupe de garage rock ayant œuvré de 1966 à 1967, qui précède leur splendide création surf, Catamaran, chantée par une bonne partie du public. Un rappel insistant fait rapidement remonter les musiciens sur scène. Miles Michaud se munit d’un tambourin et lance Every Girl qui finit par nous extirper d’un rêve où l’envie nous prendrait presque de vivre en espadrilles et de surfer sur les vagues américaines.
La musique des Allah-Las combine des éléments tous plus ou moins piochés alternativement dans le rock garage et dans la surf music des 60’s… Mais ce qui surprend, c'est cette extrême capacité à composer quelque chose d'original avec des thématiques qui pourraient paraître éculées. Une pop West Coast à l’origine d’un savant mélange de riffs entêtants défendu par des mélodies scandées nonchalamment. Le set généreux par excellence...
Remerciements à l'Ancienne Belgique
Allah-Las
Double Veterans
