Reportage

Graspop 2017 – Jour 2 : entre Desertfest et légende(s)

Dessel (Graspop Metal Meeting), le 17-06-2017

Dimanche 9 juillet 2017

Deuxième partie de notre dossier consacré au Graspop 2017. Si le choix de la tête d’affiche du jour (Deep Purple) peut surprendre pour un festival axé Metal, ce samedi réservait nombre de bons moments en journée, à commencer par ce Metaldome à la programmation typique d’un Desertfest. Mais pas seulement !

Texte : Guillaume + Panda
Crédits photos : Graspop Metal Meeting



A la différence de la veille, cette deuxième journée de Graspop n’est pas annoncée sold out. Mais les tickets combi le sont bien, ce qui ne sera pas sans se faire sentir durant quelques moments stratégiques de la journée. Une journée, que, comme la veille, il valait mieux commencer de bonne heure pour tous les amateurs de bonnes saveurs auditives.

On assiste d'ailleurs d’entrée de jeu à une grosse prestation des Suédois d’Avatar qui se chargent de réveiller la pleine de Dessel. À l’aide de leur heavy enflammé, le combo assure un show dantesque tout en fantaisie (leurs costumes et maquillages y sont pour beaucoup) et charisme (le leader Johannes Eckerström est une véritable bête de scène). Le genre de set qui passe à la vitesse de l’éclair et quand Smells Like A Freakshow (LE tube du groupe) est joué, on est étonné d'entendre autant de personnes scander les paroles du morceau. Cela galvanise les lascars nordiques qui ne se privent pas pour clôturer leur gig avec une pêche sans pareil. Décapant ! (Panda)



Pendant que Panda et les amateurs du genre se pressent côté Main Stage pour voir Avatar, je vais de mon côté retrouver cette chère Marquee pour Subrosa, un groupe qui me subjugue complètement sur album (More Constant Than The Gods et For This We Fought The Battle Of Ages sont des bijoux) mais qui m'avait laissé un goût d'inachevé lors de sa prestation du dernier Desertfest à Anvers. On remarquera d'ailleurs que Subrosa sera passé en quelques mois de cette petite scène à la Marquee du Graspop ! Certes à 12h, mais quand-même... D'ailleurs, à cette heure matinale, la tente est plutôt peu remplie. Et franchement ? Les absents ont eu tort. Depuis l'intro a capella jusqu'au « tapping » de violon final on se sera complètement perdu dans le trip hypnotisant de Subrosa. Le triple chant saisissant, l'utilisation des violons si intelligente, cette manière de déployer un son axé Doom / Stoner en s'appuyant tantôt sur la mélodie, tantôt sur le côté expérimental... quelle maîtrise ! On en vient à penser que finalement une grande scène comme celle du Graspop leur convenait mieux que le bar étriqué du Trix, malgré cette quasi absence de communication qui renforce presque le côté mystérieux du groupe.



De loin, Axel roule des pelles et ça n'a pas l'air si désagréable. N’est-ce pas Panda ?

Bien sûr, le Teuton est loin d’attirer les foules mais les amateurs de hard rock classique en auront pour leur argent durant un concert honnête et passionné. Axel Rudi Pell dégage une grande sérénité sur scène et l’on adresse une mention spéciale au chanteur Johnny Gioeli pour son chant toujours aussi acéré mais somptueux. (Panda)

On rejoint la Main Stage 2 pour le retour de Devildriver qui, son dernier album sous le bras (Trust No One), a manifestement l'envie de se faire entendre à nouveau ! Durant l'intro d'End of The Line (qui reste leur meilleure intro, c'est clair !), Austin D'Amond (batterie, vu chez Chimaira) harangue son monde avant même de rejoindre son kit. Et il ne faut attendre que le deuxième titre (Not All Who Wander Are Lost) pour voir se déclencher le premier gros pit de la journée. Malgré un son un peu perturbé par le vent (il suffisait de se rapprocher un peu) quel plaisir de retrouver ces leads et autres solo 'à la Devildriver' après quelques années d'absence ! A ce titre, l'extrait de Trust No One (Daybreak), passe tout seul, malgré un petit problème de micro vite réglé, avant de retrouver le plus classique I Could Care Less et un Before the Hangman's Noose que l'on n'attendait pas. Tout le contraire de Clouds Over California, l'un des hits absolus du groupe, toujours aussi bon, et amenant progressivement la fin d'un set bien classique pour Devildriver mais satisfaisant après cette période de relative absence.



J'écourte cependant cette fin de concert pour aller voir la fin du set de Svart Crown, un choix de programmation plus osé de la part du Graspop mais une bonne idée pour ce groupe français déjà auteur de trois albums et écumant les scènes européennes depuis un bon moment déjà. Si leur musique apparait certes comme un peu trop compacte sur album, on retrouve ici un groupe plus libéré, même si le bloc sonore reste exigeant. A approfondir !



On retrouve ensuite avec l’ami Panda un Metaldome bien rempli pour Baroness, dont la cote monte a priori pas mal depuis la sortie du très bon Purple. Passé l'intro symphonique épique un peu hors sujet, je remarque dès l'entrée du groupe sur scène que John Baizley est remonté comme jamais, un sentiment qui ne va pas me lâcher tout le set durant, tant le groupe semble se donner à fond. A ce sujet, le récent changement de line-up avec le remplacement de Pete Adams par Gina Gleason à la guitare ne semble pas affecter le rendu live des barons, bien au contraire. Clairement, depuis Purple, on dirait qu'un vent nouveau souffle sur Baroness, toujours maitre de ses tourbillons de guitares et empreint du chant rauque et mélancolique de John. C’est un véritable supplément d’âme qui semble insufflé à l’ensemble désormais. Comme si Baroness s'était animé d'une nouvelle dynamique (cf le Take my Bones Away final, plus speed que sa version studio), si vaporeuse soit-elle. Pour couronner le tout, les lights superbes renforcent par un jeu de couleur subtil l'ambiance des différents albums présentés (5 extraits de Purple, puis un par couleur - Yellow, Green, Blue, Red. Une première au Graspop réussie haut la main et saluée par un public qui applaudit en rythme et se donne malgré la chaleur qui s'installe maintenant sous le dome.



Direction la Marquee ensuite, quasiment au pas de course (n’est-ce pas Panda ?) puisque le set de Sanctuary a déjà commencé. Avec cette question en tête sur le chemin : dans quel état peut bien se trouver Warrel Dane, lui que l'on a trouvé si mal en point lors de l'étape arlonaise de sa tournée solo en septembre dernier ? Pas si mal que ça ! Toujours amaigri et toujours affublé de sa veste Dark Vador, Warrel assure au chant (même si évidemment les aigus ne sont pas ceux d'antan) et blague avec le public. Quel plaisir, de toute façon, d'entendre à nouveau ces vieux tubes de Sanctuary issus de Into The Mirror Black et Refuge Denied ; surtout pour ceux n'ayant pas pu voir le groupe ouvrir pour Overkill il y a deux ans. Ce qui ne veut pas dire que Sanctuary délaisse son dernier album en date, bien au contraire : The Year The Sun Died constitue en fait la moitié de la setlist du jour ! Dommage, alors, de constater que la Marquee ne soit pas tant remplie que ça pour ce groupe culte, sonorisé de la plus belle des manières aujourd'hui. Seul faux pas ? Quand Warrel a demandé le plus gros mosh pit du Graspop, j'ai cru à une blague... mais le bonhomme était, semble-t-il, sérieux !



Sortant de la Marquee j'ai le plaisir d'entendre Danko Jones donner sa leçon de rock'n'roll sur la Main Stage 1. Mélodique et entrainant, l'ami Danko nous fait le même coup à chaque fois mais ça marche.

Alors que je pensais délaisser ce cher Devin Townsend en raison d'une tournée de début d'année encore assez fraîche dans mon esprit, je me décide quand-même à aller revoir le divin chauve sous la Marquee. Une grande idée. Car Devin Townsend, en dehors de son humour habituel (« Thank you Graspoop », faire applaudir le roadie qui remplace sa bouteille d'eau...) nous offre à nouveau un show superbe, doté d'un son limpide et lors duquel il excelle au chant, comme d'habitude ou presque. Planant, génial... il ne manquait plus qu'Anneke.



Il est maintenant grand temps pour moi de faire ma première incursion sur la Jupiler Stage, que je délaisse complètement comparativement à l'année dernière, programmation oblige. Mais impossible de rater le set de Code Orange, qui m'a mis une bonne claque avec ses deux derniers albums (Forever et I Am King, constituant 100% de la setlist) et cette première partie furieuse de Gojira il y a quelques mois. De première partie, il en était question aussi récemment puisque c'est bien System of a Down qui a emmené les originaires de Pittsburgh pour leur tournée européenne. Sans calmer pour autant leurs ardeurs ! Car, comme à l'heure habitude, Eric, Reba and Co investissent la scène remontés comme des pendules survitaminées, la rage au ventre. C'est-à-dire au moins autant que le (jeune) public qui démarre aussi sec le mosh le plus violent (probablement ?) du week-end. Les secouristes auront en effet fort à faire durant ce set déchainé, reprenant peu ou prou la setlist emmenée par le groupe depuis le printemps dernier (avec notamment le hit Bleeding in the Blur chanté par Reda). « Are you awake ? » demande Jami. Sans aucun doute !



Le chemin retour jusqu’à la Marquee me laisse le temps d'apercevoir de loin les Cavalera Conspiracy massacrer l'oeuvre Roots des deux frérots (maillot de foot de l'équipe nationale sur le dos pour Max) et reprendre Ace of Spades en guise de conclusion.

Mais c'est bien la première date de Mayhem sous le format De Mysteriis Dom Sathanas qui m'intéresse maintenant. J'attends le démarrage du concert rempli de doutes, la faute à un souvenir du Eindhoven Metal Meeting pas folichon (enfin pour ma part très... brumeux dirons-nous) et à quelques retours des concerts donnés au printemps peu reluisants. Et c'est vrai que le début du set rend difficilement honneur à cette œuvre que constitue De Mysteriis Dom Sathanas. Le son est relativement pourri, la batterie semble avoir été disposée en version cacophonie, et ce début de show ne semble amuser que les petits jeunes bardés de faux sang et quelques hollandais revêtus de chapeaux multicolores et à deux doigts de lancer une farandole (sacrilège). Mais on s'accroche. Certes les costumes et le décor peuvent paraitre cheap à côté d'un Cult of Fire ou d'un Batushka. Certes, le son s'améliore (sans atteindre la limpidité d'un Devin Townsend toutefois) mais le concert finit surtout par produire son petit effet. A mesure que l'on pénètre dans l'œuvre, on saisit l'intensité dégagée par Attila, on s'attache au changement de décors opérés sur scène, si bien que ce show se termine sous une ovation remarquée, le morceau titre final planant encore de longues minutes sous la tente après sa conclusion. A revoir en salle à l'automne !



Nous passons volontairement le concert de Gojira (pas de panique, nous ferons un live report complet de leur concert donné au Dynamo Metal Fest dans quelques jours) pour rallier le Metal Dome et laisser une seconde chance à Red Fang, qui nous avait méchamment laissé sur notre faim lors de la dernière édition du Desertfest. Le groupe a 45 minutes, montre en main, pour convaincre et va s’y employer avec la manière. Dès Blood Like Cream et son refrain survolté, la sauce prend et le public entre dans la danse, galvanisé par le jeu puissant et entrainant des Américains. Un son millimétré, une basse dantesque, un batteur absolument monstrueux : mission remplie haut la main ! (Panda)



Puisque de mon côté j'ai prévu de retourner au Metaldome voir Clutch, je m'arrête quelques instants pour regarder While She Sleeps, dont le dernier album semble déclencher une certaine polémique auprès des fans de la première heure. Pour quelqu'un qui n'a jamais accroché au groupe comme moi, le rendu n'a rien de si dégueulasse. J'ai presque envie de dire : pourquoi leur reprocher à ce point ce que d'autres ont fait avant eux avec succès ? Même si, évidemment, j'ai l'impression d'avoir déjà entendu ça mille fois.



En revanche, un groupe qui possède sa personnalité c'est sans conteste Clutch. Quel accueil ! Impeccables, les Américains déversent cinquante minutes durant leur mélange de Stoner / Rock / Funk toujours aussi réussi et qui prend définitivement tout son sens en live. Le public mange dans la main de Neil Fallon (chant) qui se joue de ce succès (ce Profits of Doom groove à mort !) et passe en revue une belle tripotée d'albums, légère primeur restant donnée à leur dernier-né, Psychic Warfare (4 extraits). Une diversité qui n'empêche pas le public de réagir au quart de tour dès l'entame de chacun des morceaux pour former un des moments forts de cette journée, décidément fort réussie sous le Metaldome blindé et chauffé à blanc... dans tous les sens du terme. C'est la fête au rock'n'roll et ce n'est pas fini.



En sortant de concert de Clutch, bien vidé, je me rends rapidement vers la Marquee afin de capter les dernières minutes du set d'Amorphis qui jouait malheureusement au même moment. Comme à son habitude Tomi Joutsen est impeccable et introduit à ce moment Into Hidding en faisant référence à la longue histoire du groupe et à son album phare, Tales from the Thousand Lakes. A noter que quelques morceaux plus tard, Death of a King mettra à mal la sono qui flanchera lors de son entame.



Il était maintenant grand temps de regagner la Main Stage 1 qui accueillait le groupe le plus classe du week-end, j'ai nommé Alter Bridge. Un brin fatigués mais toujours aussi efficace, Myles Kennedy et Mark Tremonti enchainent les tubes une heure durant, façon machine à riffs et à mélodies. Que dire ? Doté d'un tel répertoire et de ce talent fou, Alter Bridge fait passer ce concert à toute vitesse, entre douceur mélodique et force de riffs bien appuyés. Le set se conclut par un Rise Today joué avec Bjorn Gelotte d'In Flames, décrit par Myles comme un des gars les plus cools du music business. Un featuring qui n'avait rien d'exceptionnel mais plutôt sympa, en somme un de ces moments typiques de festival qui n'a pas été si courant durant cette édition 2017 du Graspop.



Le début de set catastrophique de Ministry (tonton Al, ce chant forcé et surmixé ne te va pas du tout !) ne fait que me convaincre davantage de me précipiter sous le Metaldome pour accueillir comme il se doit les maitres du Rock de Monster Magnet. Et j'insiste sur ce qualificatif « Rock » tant la bande de Dave Wyndorf incarne selon moi bien plus cette étiquette que le seul Stoner auquel il est souvent rattaché. Ce Dave Wyndorf, parlons-en. Energique, virevoltant, charismatique en diable (quitte à rallonger artificiellement certains titres pour mieux communiquer avec le public), il fait complètement oublier du haut de ses 61 ans (!) les problèmes de santé qu'il a connu dans le passé et nous détournerait presque l'attention des projections d'extrait de films d'exploitation des années 70. Et puis ce son... mais quel son ! Associé à cette setlist de folie (le public s'égosille à reprendre les refrains des Powertrip, Space Lord, I want more ... que des tubes !), le concert finit par prendre des allures d'immanquable, voire de concert ultime du week-end, qui s'achève avec ce très désagréable et frustrant goût de trop peu en bouche. Enorme coup de cœur pour Monster Magnet qui a surtout frappé un gros coup ce soir.



Alors forcément l'enchainement avec Deep Purple pique un peu, mais pas tant que ça. Grands habitués de la scène, les musiciens ont de l'expérience et livrent un concert assez tranquille au sein duquel Ian Gillian semble comme un poisson dans l'eau même si évidemment quelques passages lui donnent du fil à retordre. On ne s'en plaindra pas, le dernier album (Infinite) est bien représenté dans la setlist, au sein de laquelle on retrouve évidemment quelques classiques de Machine Head (inévitable Smoke on The Water, Space Truckin', Lazy) et quelques morceaux choisis d'In Rock (Black Night, Bloodsucker), Fireball) ou Now What (Hell to Pay, Uncommon man). Un concert fort sympathique et très différent des habituelles têtes d'affiche du Graspop.

Signalons aussi ce petit instant cocasse du concert : lors de son solo endiablé, le claviériste Don Airey, dont le jeu nous donne à penser qu’il devient de plus en plus le successeur idéal et tout trouvé du regretté John Lord, nous fera hurler de rire lorsqu’il reprendra l’air de « La P'tite Gayole », une des plus importantes chansons traditionnelles du folklore…wallon ! Grand moment ! (Panda)



Dans le même temps, sous le Metal Dome, une autre référence, toute droit sortie des années 90 cette fois, se donnait en spectacle : Helmet. Alors qu'il célébrait il y a encore peu de temps l'anniversaire de son album Betty, Page Hamilton s'est cette fois décidé à écrire un nouvel album, Dead to the World, paru l'année dernière (et le quatrième depuis Size Matters en 2004). On remarque d'emblée qu'Helmet n'est plus ce qu'il était et que ce concert est loin d'attirer la même foule que Monster Magnet, Baroness ou Clutch plus tôt dans la journée. Qu'importe, Page et sa section rythmique de folie entament ce set par un Give it endiablé avant de mettre à l'honneur justement Dead to the World avec un Life or Death très réussi. Helmet va en fait jouer une petite moitié de ce dernier album qui passe très bien l'épreuve de la scène et se marie sans problème aux grands classiques du groupe. Et des classiques, évidemment, on en aura ce soir avec des Wilma's Rainbow, I Know et Milquetoast qui rappellent donc cette tournée évènement ‘Betty’, ou les extraits tant attendus de Meantime tels que Unsung, Turned Out et l'habituelle clôture In The Meantime. Petite(s) surprise(s) toutefois, c'est Crisis King qui est choisi pour représenter le mésestimé Aftertaste, et nous avons également droit à un Just Another Victim qui nous ramène tout droit dans les 90's et ses expérimentations/flirt Metal/Hip Hop. Un bien chouette concert qui méritait meilleure fréquentation !



Voilà qui achève donc cette deuxième journée de Graspop 2017 qui aura surtout marquée par son Metaldome transformé en Desertfest d'un jour, et avec quel succès ! Et à propos de désert, le retour du soleil annonçait d'ailleurs un dernier jour assez caliente...
TU AS AIME ? PARTAGE !
Google +
Twitter
Facebook
Whatsapp
E-mail
E-mail
Google +
Twitter
Facebook
27

► COMMENTAIRES

Tu dois être connecté pour pouvoir commenter !

Soit en deux clics via Facebook :

image

Soit via l'inscription classique (mais efficace) :

image

► A VOIR ENSUITE