Annoncés par surprise à peine deux jours avant le show pour rejoindre l’affiche, les Lituaniens (comme leur nom de l’indique pas) de Au-Dessus sont chargés d’inaugurer cette sombre soirée de mars. Sortis tout droit de l’écurie Les Acteurs de l’Ombre Productions à l’instar de RLHT à leurs débuts, les Baltes ont prévu de sortir leur nouvel EP « Mend » au mois d’avril prochain. Dans la lignée visuelle des groupes de ‘black à capuche’, les natifs de Vilnius déboulent sur scène (en respectant scrupuleusement l’horaire) afin de proposer une musique qui oscille entre ambiances lancinantes, atmosphères épiques et mélodies frelatées. Une ambivalence de sons qui se retrouve portée par une voix spectrale quelque peu noyée sous ces guitares corrosives et cette basse grinçante. Si les premiers instants du concert peinent à emporter totalement l’assemblée, il faut attendre un troisième morceau laissant entrevoir quelques influences doom plutôt agréables ainsi que des riffs beaucoup plus discordants et dissonants (révélant une grosse influence Blut Aus Nord) pour la suite des hostilités. Une mention spéciale est à adresser au batteur et son utilisation limpide des cymbales conférant quelque lumière dans ce marasme crépusculaire. Cette alternance de passages écrasants de brutalité ainsi que ce chant mélodique rattrapé inlassablement par des hurlements inhumains et torturés fournit néanmoins un propos tout à fait cohérent et lisible. Il leur manque juste ce petit chouïa d’originalité pour pouvoir un jour se hisser pleinement … ‘au-dessus’ de l’affiche. Le groupe quitte presque timidement la scène au bout de la demi-heure qui lui est allouée non sans avoir jeté un dernier regard vers le drapeau ukrainien disposé sur scène en solidarité au peuple victime de la folie meurtrière observée ces derniers jours de l’autre côté de l’Europe.

Buvons un coup, bien que ma serpette ne soit pas perdue et revenons bien rapidement dans l’antre de l’Orangerie qui s’apprête à accueillir la tête d’affiche du jour ! Pour la petite histoire, ce concert initialement prévu dans l’intimité de la Rotonde a finalement été déplacé dans la salle voisine en raison d’un engouement important et amplement justifié. Dès que les lumières s’estompent, nos sens sont en ébullition notamment grâce à cette délicate odeur d’encens qui se propage dans la salle. Les quelques chandeliers disséminés aux quatre coins de la scène renforcent encore plus le caractère solennel d’un évènement qui ne va certainement pas manquer de classe. De curieux sons angoissants se font alors entendre et voici que débarquent nos cinq lascars aux visages bien encrassés comme il faut mais sur lesquels nous parvenons à distinguer toute la concentration. Une fois l’intro achevée, c’est l’explosion de décibels ! Ouaaaah ! Quel son, quelle maîtrise scénique et surtout quelle puissance se dégageant de la scène ! Un provocant mélange de black metal mélodique bougrement épique avec ce chant angoissé qui pose une atmosphère glaciale accentuée par ces rafales de blast beats et de guitares dronesques. Une entame époustouflante pour laquelle le groupe jette tout ce qu’il a dans la bataille. Le chanteur, aux allures de prédicateur de fin du monde, est tout bonnement captivant et le band nous offre un spectacle d’une qualité sans pareille malgré la simplicité du décorum. Tout le génie de Regarde Les Hommes Tomber réside dans cette capacité à raconter une histoire à l’aide d’une palette de sections bien distinctes passant ainsi par des riffs écrasants tout en ralentissant l’allure quand cela s’avère nécessaire. Le caractère résolument narratif des compositions suivantes ne laisse aucun doute sur la clarté du propos. Des accords dissonants et des roulements de batterie hypnotiques qui tranchent avec ces segments joués à une vitesse vertigineuse n’ont aucun autre but que de nous signifier que le salut n’existe pas, que le destin est fixé dans le marbre, que la véritable ascension des uns mènera sans équivoque à l’exil des autres…

On pensait avoir atteint le sommet en termes d’ambiance angoissante et d’atmosphère oppressante mais ce n’est rien à côté de la suite, résolument plus sombre et encore plus morose avec Stellar Cross aux consonances légèrement exotiques et ses arpèges célestes et infernaux à la fois. C’est du tout grand art ! Les regards dans l’assemblée en disent d’ailleurs long sur ce qui est en train de se passer. La foule est captivée par le monstre de violence percussive qui se déploie devant elle. Et l’on reste en pleine effervescence pour la bien nommée The Incandescent March introduite par de délicates notes de guitares s’évaporant dans l’atmosphère avant d’être rattrapées par un chant macabre et funèbre. Et voici déjà venue l’heure de se retrouver Au bord du gouffre… Pour l’occasion, les flammes sont de sortie ! Batterie galopante, bras levés vers les cieux, guitares en furie, basse bouillonnante : un dernier baroud d’honneur teinté de désillusion à la noirceur éclatante !
Avec une aisance professionnelle digne des plus grands, Regarde Les Hommes Tomber a mis une claque monumentale à un public conquis de bout en bout par cette démonstration d’une intensité extrême. Si ces Hommes-là devaient un jour tomber, nul doute que nous serions plus d’un.e à les relever ! Merci, messieurs !

Remerciements au Botanique
Photos live : Olivier (un grand merci !) et Panda

Regarde Les Hommes Tomber
Au-Dessus