C’est dans le cadre des Nuits Botanique que nous étions conviés au Cirque Royal en cette soirée du 22 mai afin d’y découvrir ni plus ni moins que le nouveau phénomène post-rock français du moment : Jeanne AddedJeanne AddedVoir la fiche ! Son premier album, « Be Sensational » sorti il y a tout juste un an, ayant été salué par la critique, l’occasion était donc bien trop belle de faire sa rencontre sur scène. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle avait des choses à raconter. Entre pudeur et frénésie, un moment de rare intensité dont nous sommes ressortis comblés…
La première claque que l’on se prend en s’aventurant dans notre Cirque national n’est pas d’ordre musical mais bien pratique : ce soir, les places disponibles sont uniquement des places assises ! Une légère déception envahit dès lors l’assemblée quand on sait que l’univers de l’artiste s’appréhende volontiers de manière libre et spontanée.
Cependant, cela ne nous empêche nullement d’apprécier à sa juste valeur le premier opening act de la soirée en la personne d’Aurélie Mestres alias
Louise Roam, artiste française conjuguant une électro aux beats percutants et une pop aux nappes mélodiques, douces et mélancoliques. On ressent une influence classique de par l’utilisation d’un violon sur scène combinée à une maîtrise technique de boîtes à rythme rendant le son compact et dense. Sa musique incite au voyage, à la découverte de paysages mystiques sur fond de sonorités enivrantes. On se laisse ainsi bercer tout au long de ce périple qui ne serait sans doute pas aussi émouvant s’il n’y avait cette voix fébrile et romantique à la fois. Jeanne d’Arc (ou Dark c’est selon…) des temps modernes de par son look,
Louise Roam nous aura transporté dans son univers électronique de bien belle manière. On s’est envolé, on attend toujours de redescendre…
And Now for Something Completely Different… disaient les
Monty Python. C’est au tour de
DBFC, quatuor nous venant lui aussi d’Outre-Quiévrain, de débarquer sur scène. Si au début, on pense avoir affaire à un authentique groupe à guitares, le Cirque Royal prend progressivement des allures de club dance des années 80. Le combo joue dans toutes les cours : funk, disco, électro, rock voire new wave et il est difficile de bien cerner son univers dans lequel nous avons personnellement du mal à nous retrouver.
DBFC passe d’un style à l’autre de manière assez déconcertante ce qui ne semble pas déranger le public des premiers rangs qui a vite fait de se lever et danser à la demande du chanteur/claviériste.
New OrderNew OrderVoir la fiche avait rendez-vous avec
Scissor Sisters hier soir ! Les éléments shoegaze mixés à une sauce disco nous paraissent bien vite indigestes ; ce qui ne remet aucunement en cause le talent de nos quatre lascars déterminés voire même déchaînés jusqu’à en arriver à se faire du mal (le guitariste parvient, d’une manière qui nous a échappé, à s’ouvrir l’arcade sourcilière).
C’est avec un léger retard que l’on accueille enfin une des grandes révélations de l’année 2015. Entourée de ses trois musiciens (un batteur, une claviériste et une percussionniste),
Jeanne AddedJeanne AddedVoir la fiche va nous servir un show mélangeant rage et douceur et nous emporter dans son univers addictif à l’aide de compositions aux sonorités lumineuses. Avec
Be Sensational, titre éponyme de son premier album comme ouverture, elle impose un ton dramatique et sentimental sous des nappes de synthétiseurs obsédantes. Sa voix nous prend aux tripes et
Miss It All fait éclater la rage qui s’échappe de ce petit bout de femme à la chevelure blonde qui manie à merveille la basse pour en faire sortir un son absolument somptueux. Elle emploie un ton grave et solennel pour
Ready avant de proposer une dantesque version de
It, exutoire dansant au tempo stroboscopique. Jeanne relâche ainsi la pression, saisit son micro, saute et danse de façon saccadée. Habitée d’une énergie débordante, elle en profite pour nous faire jumper et danser. Le calme revient cependant avec un poignant et religieux
Look At Them où les instruments se fondent derrière sa voix gospel. A l’adresse de ceux qui commencent à sortir leurs téléphones, elle lance gentiment :
« Nan sérieux les amis, rangez moi ça ! On passe ce moment ensemble ! ». Vient alors la tornade sombre et menaçante
A War Is Coming, brûlot post-punk à grands coups de basse martiale. La tension est palpable, bien aidée par des lights rouges hachés et hypnotiques. Difficile d’en sortir indemne ! Il le faudra bien pourtant et
Back To Summer, morceau électro festif et ensoleillé, apporte le vent de fraîcheur que l’on attendait. Le tempo endiablé et technoïde de
Lydia contraste avec le désespoir de sa voix plaintive. Et l’émotion prend alors une dimension supplémentaire pour le touchant
Suddenly où le public chante à l’unisson sa mélodie. On la sent émue et les regards envers son public en disent long sur ce merveilleux moment de complicité. L’heure du rappel a sonné et Jeanne revient avec sa basse pour entamer une reprise (
We're Gonna Rise) d’un de ses groupes favoris,
The BreedersThe BreedersVoir la fiche, avant de terminer avec le mélodique
Night Shame Pride.
Dimanche soir,
Jeanne AddedJeanne AddedVoir la fiche n’a pas fait que chanter ses morceaux : elle les a vécus, de manière sincère et urgente. Elle a emmené son public sur des rythmes planants mais aussi rock et puissants. Sa musique, tranchante, viscérale et envoûtante a plongé le Cirque Royal dans un autre monde. Un véritable bijou…
Elle sera de retour en Belgique au festival de Dour le 15 juillet prochain.
Remerciements au Cirque Royal et les Nuits du Bota