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Live report 31-01-2018 par Panda 10 min de lecture

36 Crazyfists : Retour honnête pour les vétérans US

Cela faisait un bail que la Belgique les attendait… Près de sept ans très exactement se sont en effet écoulés depuis le dernier passage des Amerloques de 36 Crazyfists en nos terres, c’est dire si leur venue était espérée et ardemment souhaitée par les fans belges de la première heure. Et pour accueillir ces cadors du nu metal à consonance metalcore, rien de tel qu’un club de l’Ancienne Belgique à guichets fermés et prêt à en découdre sous l’assaut des classiques et nouveaux morceaux proposés par la bande à Brock Lindow. Plein feu sur cette agréable soirée au cœur de la capitale…

Les natifs d’Anchorage (Alaska) ne sont pas venus les mains vides et pour lancer les hostilités, c’est le remarquable duo guitare/batterie ’68 qui se charge de monter sur scène. Sapés comme jamais (désolé…) en costards, cravates et belles chemises, ils balancent une sauce rock’n’roll toute en réverbérations et larsens à profusion. Ça cogne sec, ça éructe, ça sature, ça suinte comme il faut même si les deux membres du combo ont tendance à jouer un peu trop l’un pour l’autre et à ne pas faire assez participer le public à leur délire explosif. À l’aide d’une bonne pédale d’effets mise à sa disposition, le chanteur-guitariste Josh Scogin, membre fondateur des groupes Norma Jean et The Chariot notamment, déforme sa voix, pousse de courts cris, le tout se métamorphosant en sons psychédéliques et singuliers du noise rock. Le batteur binoclard Nikko Yamada a bien vite fait de retirer ses montures sous les crachats répétés de son leader qui se vide de sa salive par litres. « You’re too cool, guys, here is a complete different song ». Le chant et les accords prennent des allures punk par la suite et les vestes tombent bien vite au sol, autant que le pied de micro de l’ami Josh qui a du mal à rester droit devant sa bouche. La spontanéité du duo fait plaisir à voir et laisse place à de courtes blagues : « Thank you very much for… standing in front of us… » adresse-t-il aux quelques personnes présentes déjà si tôt. Après un signe de croix, Scogin balance trois fois sa guitare dans les airs, manquant au passage d’atteindre le plafond déjà fort bas du club de l’AB, éructe un cri cinglant pendant plus de quinze secondes, laisse entrevoir de magnifiques chaussettes et termine un morceau bien emballant par une révérence au public à la manière de la cour de Louis XIV. « On voudrait remercier 36 Crazyfists sans qui nous ne serions pas là… Je veux dire ‘notre groupe existerait’ mais on ne serait pas ici ce soir hein… » balance-t-il avant d’entamer les chansons Track 1 R, brûlot punk aux relents blues et Track 8 o au groove décapant, toutes deux issues de leur premier disque « In Humor And Sadness ». On a eu affaire à une expérience saturée, intense et particulièrement spasmodique. Le duo d’Atlanta a laissé la place aux bouffonneries et aux longues improvisations proposant un post-punk d’excellente facture à la croisée des chemins entre The Dillinger Escape Plan et The White Stripes. Si les non-initiés pouvaient se demander ce que tout ce raffut voulait signifier, les amateurs du genre auront apprécié une sincérité et un professionnalisme à toute épreuve, sachant que sur ce genre de tournée une place d’opening act comme celle-ci peut paraître bien ingrate de nos jours…



Le club se remplit de plus en plus et l’on enchaîne avec All Hail The Yeti qui nous arrive tout droit d’Hollywood. Changement de style en perspective qui augure de très bonnes choses : du metalcore rageur sous de capiteux riffs stoner. La voix puissante de Connor Garrity n’est malheureusement pas assez mise en évidence au contraire du guitariste Alan Stokes qui se charge du chant clair et des chœurs à l’aide de tessitures empruntées au southern rock. C’est du brutal, comme disait Blier dans Les Tontons Flingueurs, tout en retenue cependant. On pense immanquablement à Five Finger Death Punch se faisant draguer par All That Remains dans une rue sombre et malfamée. Connor Garrity se donne corps et âme et incite le public décidément bien peureux à se rapprocher de la scène. « Bruxelles, vous êtes une des plus belles villes dans lesquelles nous avons tourné ! » clame-t-il avant d’entamer Before The Flames. Ce morceau composé de complaintes d’enfants voit la basse de Nicolas Diltz émerger comme un démon dans la nuit, la puissante et sinistre voix de Connor se charge du coup de massue final. On poursuit ensuite avec ce furieux mélange sur After The Great Fire où l’influence de Pantera n’est plus à démontrer. On sent déjà une certaine redondance dans les morceaux et AHTY peine à capter toute l’attention jusqu’au bout. Connor redouble pourtant d’efforts haranguant la salle et l’encourageant à balancer les bras. Pour le dernier morceau (Mr. Murder), enregistré par ailleurs avec Brock Lindow (le leader de 36 Crazyfists), Ryan Kittlitz, le batteur du combo, démontre une maîtrise incroyable tout en amusant la galerie avec ses deux tresses et ses lunettes solaires lumineuses. Sympathique concert mais bien inconsistant pour être pleinement satisfait. Le groupe travaille actuellement sur un successeur à « Screams For A Black Wilderness » sorti en 2016. On leur souhaite une bonne continuation.



Ladies and Gentlemen, next on stage : 36 Crazyfists ! ENFIN ! On attendait ça depuis longtemps… Arrivé au beau milieu des nineties au moment de la transition du nu metal vers le metalcore à l’instar d’Atreyu et Killswitch Engage, le groupe américain a sorti un nouvel album (« Lanterns ») il y a quelques mois à peine et c’est évidemment pour la promotion de ce dernier qu’il passait nous voir. L’occasion pour nous de lui montrer ô combien il nous avait manqué, on en veut pour preuve le sold-out annoncé quelques jours avant leur venue. Si l’on doit retenir deux éléments qui définissent à eux-seuls le son de 36C, c’est sans aucun doute d’une part un jeu de guitare aux mélodies glacées provoquant des ambiances sonores métalliques imprévisibles (que l’on pourra retrouver sur le classique Bloodwork et le nouveau morceau Old Gold) et d’autre part la voix du frontman Brock Lindow, qui en live parvient à retranscrire à merveille toute l’intensité dramatique des paroles que ce soit sur chant clair ou growl. Notre homme sera excessivement en forme ce soir. Casquette vissée sur la tête, le voici qui débarque accompagné du reste du band juste après que The Weapon they Fear d’Heaven Shall Burn nous fît patienter et entame Death Eater qui introduit également leur dernier effort discographique, un monstrueux morceau construit sur un riff lourd et au refrain percutant. Déjà, Brock semble avoir ingurgité un démon tant ses hurlements hardcore s’accompagnent désormais de cris et grognements aussi véhéments qu’inquiétants. Le son, pourtant précis, peine légèrement au niveau de la puissance et n’a pas l’effet dévastateur escompté. Qu’à cela ne tienne, les premiers rangs commencent à se défouler sur un premier classique en la personne d’At The End of August à la puissance explosive. Le frénétique The Heart and The Shape poursuivra d’ailleurs dans cette voie. C’est un euphémisme de dire que les anciens morceaux requièrent une attention toute particulière comparativement aux derniers titres sortis par le combo, mais c’est un peu le jeu. Et vas-y que ça groove sur Wars To Walk Away From rendant hommage au passage à Judas Priest avec ses accords heavy aussi remuants qu'I’ll Go Until My Heart Stops et son chant metalcore issu du tout premier album. Déjà dans la petite fosse, ça se bouscule gentiment et ça headbangue comme il faut.



Steve Holt voit malheureusement son jeu de guitare une fois de plus sous-mixé et We Gave It Hell ne marque pas les esprits. Heureusement qu’arrive Old Gold, le point culminant du dernier disque qui pourrait briser le plus glacé des cœurs de pierre. Le chant clair est ici absolument prodigieux et la section rythmique dirigée par Mick Whitney et Kyle Baltus montre toute l’audace et le talent dont fait preuve le combo. Malheureusement, on tique légèrement lorsque le groupe se penche trop sur son flanc nu metal à l’image de ce Sorrow Sings indigeste qui voit Brock se lancer dans une parodie de Jonathan Davis. Et pourtant, on ne se lasse pas une seconde du classique Bloodwork qui recueille bien entendu l’engouement et tous les suffrages d’une foule qui se déchaîne de plus en plus. Ça continue de plus belle avec Also Am I et son refrain coloré, LE single par excellence ! Deux nouveaux morceaux sont proposés ensuite : Better To Run qui comporte les réminiscences mélodiques des débuts et pour lequel Kyle Baltus n’accorde aucune miséricorde à ses fûts et Below The Graves à la puissance vocale pachydermique avant que le groupe ne nous quitte une première fois sur Time And Trauma.



Il nous revient bien rapidement sous les cris répétés de « Thirty-Six ! Thirty-Six ! Thirty-Six ! » ce qui amusera notre chanteur du soir : « Vous savez que, avec votre accent si savoureux, on a l’impression d’entendre ‘Dirty Sex ! Dirty Sex ! Dirty Sex !’, ça nous plaît bien je dois dire ! ». C’est avec un morceau de « Bitterness The Star » (Slit Wrist Theory) et une incroyable reprise millimétrée d’Alice In Chains (We Die Young) que se clôture une setlist qui aura boudé un seul album (« Collisions and Castaways »). Sur ces derniers titres, Holt est au four et au moulin. Tout comme Lindow, il sait mettre en valeur ses talents évidents sans pour autant se lancer dans les excès qu’on a tendance à remarquer chez les branleurs de manche. Brock Lindow, le sourire aux lèvres, aura encore quelques mots pour son audience : « On espère être de retour dans les environs l’été prochain mais vous savez bien que cela ne dépend pas que de nous ! » faisant ainsi allusion à un certain festival de la région de Dessel.



Dire que tout était parfait serait mentir. S’il aura alterné le chaud et le froid durant ce concert, on pourra toujours reconnaître au groupe son don de récolter une émotion aigre-douce toujours présente des années après sa formation et de construire des chansons fortes qui font écho au pur metal traditionnel, transcendant au passage toutes les étiquettes musicales que l'on a pu lui greffer depuis ses débuts. 36 Crazyfists, fidèle à lui-même, a encore de belles années devant lui, espérons juste ne pas avoir à attendre à nouveau de longues années pour le voir évoluer…

Remerciements à l'Ancienne Belgique

Photos live : Chimaera Photography pour Gigview
(Bedankt !)

http://www.gigview.be/photo-reports/photo-report-36-crazyfists-ab

https://www.facebook.com/chimaeraphoto/

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