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Covid19 : shot them all

Dimanche 26 avril 2020

« Le secteur culturel est un des plus touchés, si pas le plus, au point de vue économique par la crise actuelle. Il sera sans doute celui qui en portera les séquelles le plus longtemps. On va devoir trouver des solutions rapidement pour gérer l'urgence et penser à la reprise. Sans quoi on risque de perdre un énorme pan du secteur musical. Les créateurs étant les plus durement touchés, c'est toute la chaîne création-production-diffusion qui souffre. » Voilà les propos que me tenait, il y a quelques jours, Fabian du Facir (Fédération des Auteurs Compositeurs et Interprètes Réunis).


Crédit photo : Giampaolo Macorig - CC BY-NC-ND 2.0

On est plus ou moins toutes et tous conscient·es de cette réalité. Maintenant, comment ça se passe concrètement au sein des groupes ? Comment les musicien·nes vivent la situation ? Jouent-ils·elles aux cartes toute la journée ? De quelles manières les organisateur·trices, promoteur·trices, labels, salles, associations, etc. s’adaptent ? Qu’est-ce que ça implique de reporter/annuler une tournée, un festival ou un concert ?
Nous avons fait le tour de plusieurs acteurs et actrices du milieu underground pour faire le point. Le résultat de nos investigations est assez long. Pour les fainéant·es (pourtant vous n’avez presque plus que ça à faire ????), voici une table des matières pour aller direct aux sujets qui vous intéressent.

Cet article a été écrit grâce au concours de Pierre (intervieweur qui n’a peur de rien ni de personne) et d’Elodie (refileuse de contacts hors pair). Merci à tous les deux pour le précieux coup de main !

1. Entre frustration et acceptation
2. Inquiétude, tristesse et survie
3. On en profite pour composer ?
4. Bye bye la promo et la visibilité
5. Les week-ends vont être chargés
6. Du côté des festivals, on gère
7. Les organisateurs se serrent les coudesPromo
8. Promoteur, label, booker : repenser le modèle de consommation de la musique
9. Salles : perspectives moyennement optimistes
10. Mieux coordonner les outils et les initiatives des pouvoirs publics
11. Aides financières insuffisantes
12. Conclusions


1. Entre frustration et acceptation

On a commencé par les les musicien·nes. Comment vivent-ils·elles la situation?

Pour Regarde les hommes tomber
Regarde les hommes tomber


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, la situation actuelle est assez frustrante. Le groupe était sur le point de dévoiler son nouvel album 'Ascension' pour la première fois sur scène. « L'ironie du sort a voulu que l'interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes intervienne au moment même où nous arrivions à Liévin, près de Lens, pour le premier show de cette tournée, se souvient T.C. Nous avons été contraints de rentrer à Nantes sans jouer. »

Les Sons of Disaster
Sons of Disaster


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sont aussi super frustrés ! Le groupe m’explique qu’il a galéré pour la sortie du deuxième album. La release party était prévue le 19 mars 2020. « Notre album « Cursed » porte donc très bien son nom, ajoutent les Sons, car la malédiction va nous suivre jusqu’au bout. Sinon, on comprend la situation mais on attend avec impatience la reprise des concerts. »



Chez Aktarum
Aktarum


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, la situation est vécue aussi avec frustration et avec quelques difficultés. Six concerts du groupe ont été annulés dont le Hellfest. C’est plusieurs milliers d’euros qui n’entrent pas dans les caisses du groupe qui comptait dessus pour financer son prochain album. « On espère bien entendu jouer à l’édition 2021 du Hellfest, précise Thomas Dolvelde , mais pour le moment, rien de confirmé, on attend plus d’informations et on croise les doigts. »

Les membres de Swallow Earth ne vivent pas super bien la situation car ils ne peuvent plus faire de la musique tous ensemble dans une même pièce. « On ne rentre même plus complètement sourd à la maison les jeudis de répétition, ajoute David. Mais nous nous portons tous très bien et c'est bien là, le principal ! »

Pour d’autres, comme My Dying Bride
My Dying Bride


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la situation est plus supportable car, étant donné que la formation n’a plus joué en live depuis plus de trois ans, une année supplémentaire ne fera pas la différence. « Il y a eu environ sept festivals d’été réservés, précise Aaron Stainthorpe et je suppose qu’ils seront tous annulés, ce qui est dommage, mais personne ne peut rien y faire. Je sais que c’est dur mais c’est probablement pour le mieux. »

2. Inquiétude, tristesse et survie

Le malaise est évidemment bien palpable. La situation est ou devient inquiétante et insoutenable pour beaucoup d’artistes.

« C’est intenable et cela doit prendre fin rapidement, explique John Gallagher de Raven
Raven


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. Qu’il s’agisse d’un retour complet à la normalité ou d’une version graduelle. »

Même sensation du côté d’Enthroned
Enthroned


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où Nornagest ajoute que le gouvernement fait littéralement la chasse aux artistes et aux gens liés au monde du spectacle. « Se rend-il compte qu’il tue l’art et donc la culture de leur propre pays?, s’interroge-t-il. J’en doute. Les hommes politiques sont trop préoccupés par leurs portefeuilles. »

« C’est triste, poursuivent les membres de Sons of Disaster
Sons of Disaster


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, surtout que le secteur culturel sera le dernier qui sera relancé dans le plan de déconfinement. » Le musicien ajoute que les groupes vont s’en remettre car la plupart des musiciens doivent avoir d’autres activités pour vivre. Cependant, il pense que cela sera plus compliqué pour les petites organisations et les salles qui devront se relever. « On a déjà pas énormément de lieux pour la musique alternative », conclut le groupe.

Franky de Channel Zero
Channel Zero


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ne veut pas être pessimiste mais il pense que beaucoup de gens dans le métier souffrent parce qu’il n’y a pas de filet de sécurité. « C’est dingue comme le secteur culturel et les musiciens sont touchés, poursuit-il. Je vois des situations dramatiques autour de moi. C’est la même chose pour tous les free lancers du milieu qui travaillent jour et nuit dans des situations difficiles pour offrir un festival ou un spectacle. »



Aaron Stainthorpe de My Dying Bride
My Dying Bride


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estime que nous ne sommes pas des animaux sauvages et qu’on peut tous s’en sortir. « Le véritable problème, poursuit-il, c’est la situation financière. Si vous ne pouvez pas travailler, vous n’avez pas d’argent. Cela pourrait provoquer des émeutes et une violence généralisée et nous pourrions revenir à être des hommes des cavernes. »

D’autres voient les choses de manière positive et réactive. C’est le cas de Lord Ahriman de Dark Funeral
Dark Funeral


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qui nous confie qu’il est un survivant et qu’il ne va pas laisser ce virus tout gâcher pour lui et son groupe. Il ajoute : « J’ai travaillé trop dur pendant trop longtemps pour le laisser me battre. Au fur et à mesure que la situation évolue, il suffit de s’adapter rapidement et de trouver de nouvelles façons de s’en sortir, tant financièrement que mentalement. Il n’y a pas d’autre moyen ! »

3. On en profite pour composer ?

Lord Ahriman poursuit en expliquant qu’il avait déjà commencé à travailler sur de nouveaux morceaux pour un nouvel album, avant la pandémie. Donc, pandémie ou non, ses plans n’ont pas changés.

Idem chez Raven
Raven


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. John Gallagher avoue que cette période assez étrange est l’occasion de faire une pause tranquille, de composer et de travailler son jeu.

Pour Nornagest d’Enthroned
Enthroned


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, c’est un peu plus compliqué pour écrire de nouvelles paroles et composer de nouveaux riffs. La faute à la carte son qui est foutue. « La bonne vieille technique et de retour, explique-t-il. Jouer les riffs jusqu’à ce que tu les connaisses sur le bout des doigts. Sinon, c’est une bonne opportunité d’approfondir mes connaissances dans d’autres domaines ou d’apprendre de nouvelles choses, donc j’étudie énormément. Mais bon… la composition dépend de l’inspiration et elle vient quand elle vient. Je ne la force jamais et là il y a de quoi m’inspirer. »

Pas facile non plus pour Michel Kirby de Wolvennest
Wolvennest


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. Pas d’accès au home studio ni au local de repet’. Alors, il termine l’écriture des lyrics du prochain album dont la sortie est prévue pour octobre 2020. « Je m’offre ainsi un break côté musical durant le confinement. Ça fait des années que je dois trier un tas de choses comme de la paperasse et des bouquins, chez moi. Au shop, c’est la folie, j’en profite ! », conclut-il.

Chez Alkerdeel
Alkerdeel


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, ce n’est pas une bonne période pour composer. Les chansons sont écrites par l’ensemble des musiciens tous ensemble réunis dans une même pièce. « De plus, poursuit Jeroen Pede, nous avons terminé notre nouvel album plus tôt cette année et nous avions prévu du temps en studio en mai. C’est dommage que nous ne puissions pas répéter car nous avions deux mois devant nous pour répéter les chansons et entre bien préparés pour entrer en studio, sans stress. Comme nous avons toujours enregistré nos albums en live en maximum deux prises, nous allons probablement jouer les chansons en studio avec le bouton d’enregistrement activé. »

Pour King Hiss
King Hiss


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, l’année dernière a été une année chargée au niveau des compositions et de l’écriture de textes. En ce moment, Jan Coudron nous confie être en pause créative. Comme beaucoup, il avait hâte de mettre les concerts en route. Au lieu de cela, il prend le temps de lire et de rattraper toutes les dernières sorties.

Idem pour T.C. de Regarde les hommes tomber
Regarde les hommes tomber


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qui vit le confinement comme une espèce de sas monastique, une ascèse avec le monde. « Une opportunité, presque, poursuit-il. Mes journées sont toutes les mêmes et bien remplies, je fais beaucoup de sport le matin et m'exerce au chant clair l'après-midi. La résilience est là, mais on est quand même pressés de revenir. »



Aaron Stainthorpe de My Dying Bride
My Dying Bride


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ne compose pas non plus parce qu’il passe toute la journée avec sa fille, à faire des travaux scolaires et à jouer. « Je n’ai pas le temps d’être créatif et je suis en accord avec cela, dit-il. Passer du temps de qualité avec des êtres chers est très précieux en ce moment et j’apprécie. »

4. Bye bye la promo et la visibilité

Pour les groupes qui avaient de l’actu prévue comme une sortie d’album, une tournée ou une grosse date, y-a-t-il un risque de perde de la promo, de la visibilité souvent bien nécessaires ?

« Bien sûr que ça va faire perdre en promo et visibilité, répond Thomas Dolvelde d’ Aktarum
Aktarum


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, c’est une évidence. On pensait que 2020 allait nous faire décoller, et on vit tout le contraire là. On essaye tant bien que mal de s’adapter. » Par exemple, le groupe a créé une boutique de fringues ou a remplacé la séance de photos promo par une version dessin de trolls poilus avec armes de guerres.

Perte de promo et de visibilité aussi chez Sons of Disaster
Sons of Disaster


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notamment par rapport aux dates pour la promotion de l’album qui ont toutes été annulées. « Heureusement qu’on apprécie faire des concerts dans des petits bars, ajoutent les Sons, car, pour les plus gros événements, ça risque de prendre plus de temps. On a bien essayé de faire des compos via des trucs comme Skype, comme tout le monde, mais on s’est rendu compte que c’était vraiment pas trop notre truc. »

« On ne va pas se mentir, explique Jérôme Bernard de Pestifer
Pestifer


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, la pandémie ne pouvait pas plus mal tomber par rapport à la sortie de notre album. Loin de moi l’idée de m’en plaindre, cela dit. Il y a des choses bien plus dramatiques qui se produisent en ce moment.» Le groupe a dû reporter sa release party liégeoise et plusieurs concerts à l’étranger. CD et t-shirts sont en attende de livraison pour des pays hors Europe comme les USA et l’Australie. « Ça fait partie des problèmes logistiques, poursuit Jérôme. Les disquaires étant fermés, notre album n’est disponible que via la commande en ligne. Ça crée fatalement un trou dans les chiffres de vente. C’est pour cela que nous ne sommes pas en tête de tous les hit-parade. Mais l’album reste écoutable sur les plateformes streaming ou même téléchargeable illégalement. »

David alias Bindels de Swallow Earth m’explique que, par chance, le groupe avait enregistré sa première démo début d'année et fait presser les CD un peu avant le confinement. Sans possibilité de faire de la publicité en live, le groupe a alors pris la décision d'envoyer les démos par la poste. « Nous demandons un retour sur notre page avec une photo à la réception, explique David. Ça donnera sûrement envie à d'autres de prendre contact avec nous. On essaie d'être le plus réactifs possible ! »

Du côté de Regarde les hommes tomber
Regarde les hommes tomber


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, on ne pense pas que la situation actuelle ait un impact sur la visibilité des groupes. A.M. fait remarquer que plusieurs groupes continuent de sortir des albums pendant cette période. « Nous avons aussi continué à faire des interviews comme celle-ci, précise-t-il. Notre phase promo n’est pas réellement stoppée. »

5. Les week-ends vont être chargés

On peut légitimement penser que, si la plupart des concerts sont reportés, à un moment donné ça va faire beaucoup à ajouter à l’agenda déjà prévu fin 2020 ou début 2021.

« Tu as raison, dit Jan Coudron de King Hiss
King Hiss


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, il semble que ce sera un automne bondé. Certains disent qu’il est plus sage d’annuler tous les événements en 2020. J’espère que nous n’aurons pas besoin de recourir à cela et que nous pourrons contrôler cette crise. En ce qui nous concerne, quelques concerts ont été annulés, d’autres reportés à une date ultérieure en 2020. »

A.M. de Regarde les hommes tomber
Regarde les hommes tomber


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confirme. Il ajoute que le public et les groupes devraient être assoiffés de concerts. Il prend son mal en patience tout en sachant que, normalement, l’intégralité des concerts du groupe est reporté à 2020 et non annulé. « C’est ce qui nous fait tenir moralement et nous garde motivés pour la suite. En tout cas je crois que nous n’aurions jamais été aussi prêts de notre vie pour une tournée ! », ajoute-t-il.

En général, Enthroned
Enthroned


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reçoit beaucoup de propositions de concerts mai, depuis le covid19, c’est devenu beaucoup plus rare. Ce que Nornagest trouve tout à fait normal tout en espérant que tout vas rentrer dans l’ordre pour pouvoir reprendre de plus belle « notre routine et propagande ».

Michel Kirby de Wolvennest
Wolvennest


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reconnaît qu’il a eu la chance de faire une mini tournée fin février. « Quand j’y repense, ajoute t-il, je me dis qu’on a devancé le virus de deux, trois semaines. Plusieurs dates ont été postposées en octobre et novembre. J’imagine que, vu les annulations en chaîne des plus gros festivals de l’été dans le monde entier, on en risque pas de rejouer de sitôt. Reste plus qu’à espérer le vaccin miracle ! »



John Gallagher de Raven
Raven


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propose une idée. Il espère que beaucoup de groupes vont s’unir et faire des forfaits de tournées ce qui atténuerait l’effet ''tout le monde en tournée à la fois''! « La musique live sera plus que jamais un grand guérisseur et croyez-moi, nous avons hâte de sortir et de jouer ! », ajoute t-il.

6. Du côté des festivals, on gère

Au niveau des festivals, la situation est plus ou moins gérable. L’édition du Durbuy Rock Festival a été reportée aux 11 et 12 septembre 2020. Bernard Hemblenne explique que la principale conséquence est la surcharge de travail puisqu'il a fallu recontacter les groupes, en trouver de nouveaux, recontacter les prestataires de services, les pouvoirs subsidiant, les sponsors, refaire toute la communication, etc. « C'est un peu comme une nouvelle organisation, poursuit Bernard, mais ça va, 19 groupes sur 24 sont partants pour les nouvelles dates et les nouveaux groupes sont au moins aussi biens que ceux prévus initialement. Delain
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et Nytt Land ont promis de revenir l'année prochaine, les 16 et 17 avril 2021. Amenra
Amenra


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, Myrath
Myrath


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, Smash Hit Combo
Smash Hit Combo


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et Enthroned
Enthroned


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se joignent à l'affiche des 11 et 12 septembre. A peu près 20% des préventes ont été remboursées, ça signifie que 80% des gens ont pu se libérer aux nouvelles dates, c'est plus qu'espéré, nous avons un public fidèle et attaché au festival. »




Du côté du Metal Méan Festival dont 2020 devait être la dernière édition, on reporte aussi mais à l’année prochaine. Sans doute le 21 août 2021. « Une grosse partie des groupes prévus sera présente mais nous devons encore attendre confirmation pour certains, précise Renaud Dellieu. Nous n'avons pas trop de difficultés car nous avons l'avantage que personne n'est rémunéré dans notre équipe. Donc, pour nous, c’est plus facile à gérer. » Par contre, ce sera bien la dernière édition. Zut.

7. Les organisateurs se serrent les coudes

Autres reports et annulations du côté des organisateurs comme Collectif Mental qui organise des concerts à Liège et Bruxelles. La structure avait six concerts confirmés en mai et juin. Certains sont reportés et, pour l'instant, trois sont annulés. Il s’agit notamment de groupes dont les tournées ne sont pas encore replanifiées.
Elodie Barthels explique que « jusqu'à présent, les conséquences financières sont assez limitées. Nous n'avons dû rembourser les préventes déjà achetées que pour le concert qui a été annulé. Nous sommes une petite structure et chacun de nous est bénévole, donc l'impact n'est pas aussi grand pour nous que pour les gens dont c'est le gagne-pain. »
Marc Gérard ajoute ceci : « Avec nos partenaires, salles, artistes et agences de booking, nous faisons tous partie de la même communauté underground. Nous continuerons à nous serrer les coudes et à promouvoir les artistes que nous aimons envers et contre tout. »



Chez Cronos ASBL, on a perdu un peu d'argent sur la promo de concerts. Remi Lambert constate que, sur les deux dates reportées à l’automne, peu de monde réclame un remboursement. De plus, il ajoute que les contrats comprennent toujours une clause pour les annulations pour cas de force majeure. Situation dans laquelle nous nous trouvons. « Le metal extrême reste un milieu où les choses s'arrangent bien souvent à l'amiable, de toute manière, dit Remi. On aimerait tous que les choses soient définies, avec des dates de réouvertures selon les capacités de salles, etc. On va devoir s'organiser pour garantir au maximum la sécurité du public et des artistes, en suivant les consignes des autorités compétentes. »

8. Promoteur, label, booker : repenser le modèle de consommation de la musique

Cela pourrait paraître curieux mais le confinement signifie que beaucoup de monde sont sur le web et qu’il y a beaucoup de gens pour écouter de la musique. « On travaille au moins autant que d'ordinaire, sinon plus, explique Aurélien Dubois de Domino Media Group (société de communication et de promotion). Ce genre de crise oblige les gens à s'adapter ''professionnellement'' pour s'en sortir. On se doit d'être réaliste, ce n'est pas simple. L'absence de concerts pendant quelques semaines ou mois va créer un vrai souci puisque c'est en concerts que les musiciens gagnent un peu d'argent, vendent des disques etc. On va collectivement devoir repenser les modèles économiques, de diffusion, de consommation de la musique. »

Chez Luik Music, on relativise. Les activités de booking et de management souffrent avec la perte des commissions puisque toutes les dates sont annulées, mais la team devrait s’en sortir si les subsides tombent comme prévu. Côté label, les disques se vendent un peu plus qu’avant. « Je pense que cette situation est finalement une opportunité pour responsabiliser le public par rapport à sa consommation culturelle, précise Juliette Demanet. Les gens se rendent compte à quel point le secteur indépendant dépend d’eux. »
Luik Music en a profité pour explorer de nouvelles pistes comme par exemple la chaîne musicale Twitch lancée dès le début du confinement. « Nous préparons les sorties d’automne, avec la sensation d’avancer les yeux bandés puisque nous n’avons aucune idée des perspectives de live pour nos groupes, ajoute Juliette. Il y a tout de même quelque chose de beau qui se passe dans le secteur et qui mérite d’être souligné. Une sorte de grande communion, les acteurs se fédèrent et se rassemblent pour affronter cette situation ensemble. »



Chez Kongfuzi Booking on annule et on jongle avec les options pour reporter les shows. Thibaud Milhau me précise que, comme l'automne est déjà traditionnellement une période très chargée en concerts, c'est la guerre ! La boîte va de l'avant, booke de nouveaux shows, de nouvelles tournées, signe de nouveaux groupes, mais avec une épée de Damoclès au-dessus de chaque projet.
Thibaud commente « Je pense que la levée progressive des restrictions de rassemblements doit permettre aux salles de rouvrir dans un premier temps pour un usage particulier : les résidences, ces temps de création où les groupes ''répètent'' en conditions concerts en prenant le temps de penser de vrais shows, avec des lumières soignées, un son aux petits oignons. Ça doit être une occasion de peaufiner cet aspect-là des choses avant le retour en majesté du concert. »

9. Salles : perspectives moyennement optimistes

Au Magasin 4, toute l’équipe est bénévole donc l'impact financier sur les membres de l’équipe ne se situe pas là. Quarante concerts ont dû être annulés. « Il a fallu rembourser quasi toutes les préventes vu qu'il est très difficile de reprogrammer, explique Ben. Nous avons aussi engagé des frais mais qui sont pour la plupart récupérables comme les boissons, hôtels, etc. Dans une structure bénévole, l'impact serait plutôt à chercher du côté de la motivation et de la remise en route. La sortie de confinement risque d'être plus difficile que l'entrée: surcharge de programmation dans toutes les salles, budget des gens en baisse, etc. »

Le KulturA a annulé entre 40 et 50 évènements. Les conséquences se situent plutôt au niveau des charges comme le loyer, l’énergie, etc. qui doivent être payées mais étant donné qu’il n’y a plus de rentrées… Pour Jean François Jaspers, les perspectives sont moyennement optimistes. « Je serai curieux de savoir ce que la FWB aura prévu pour les endroits de diffusion, dit-il. L’enveloppe prévue n’est déjà pas suffisante. On essaye de trouver des solutions. On va lancer un appel au soutien de la communauté. Les petits ruisseaux font les grandes rivières. L’enjeu est bien de pouvoir rouvrir mas il n’y aura à mon avis pas grand-chose de possible avant septembre. »

Au Belvédère c’est une douzaine d’activités qui ont été annulés et l’équipe ne lance actuellement la promo que d’évènements prévus à partir de septembre. Tous les membres de l’équipe sont bénévoles donc pas d’impact financier. Manuel Dolhet précise que le Belvédère est tout de même lié par un contrat programme avec la Communauté française. « A l’évidence, dit-il, nous ne pourrons pas respecter le cahier des charges de 2020. Les représentants des clubs ont interrogé l'inspection du ministère à ce sujet. Nous espérons ne pas être pénalisés en 2021. » Manuel Dolhet souligne aussi avec inquiétude que « tout autour de nous, les artistes, la salariée qui nous aide et les nombreux prestataires de services (ingés son, DJ's, brasseurs, portiers, bookers, sites de prévente, etc.) se retrouvent tous plus ou moins le bec dans l'eau. »

10. Financièrement, comment ça va ?

Franky de Channel Zero
Channel Zero


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ne veut pas être pessimiste mais « beaucoup de gens dans ce métier auront du mal parce qu’il n’y a pas de filet de sécurité du tout. L’aide est là pour ceux qui seront en mesure de montrer les bons papiers. Tant qu’il n’y aura pas de vaccin, les gens n’assisteront pas à des événements avec 100 personnes ou plus. Il faudra beaucoup de temps avant que cela ne se règle à nouveau comme avant. Les artistes de spectacle seront les derniers à récupérer leur emploi. »

Nornagest d’Enthroned
Enthroned


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ajoute que c’est évidemment un gros coup dur pour toute la scène musicale et artistique. Egalement pour les gens qui les suivent. « En résumé, poursuit-il, nous, les artistes payons et donnons jusqu’à 60% de ce que nous gagnons en tant qu’indépendant and co, mais niveau support de ces mêmes institutions, nous recevons que dalle. »

D’autres ont un job à temps plein à côté de la musique. C’est le cas de Jan Coudron de King Hiss.
King Hiss.


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Cependant, il pense aux artistes qui ont investi leur propre argent dans leur groupe et qui n’en tireront aucun rendement. « Je crains donc que les conséquences soient graves. J’imagine que certains groupes auront du mal à survivre. J’espère qu’à long terme, cela ne mènera pas à un désastre », conclut-il.



Chez Dark Funeral
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, on peut compter sur un peu d’argent de côté, suite à la dernière tournée. « Maintenant qu’il est clair que la plupart, sinon tous les spectacles, que nous avions prévu cet été seront annulés ou reportés, le problème financier va commencer à se poser, confie Lord Ahriman. Tant que les commandes continuent d’arriver sur la boutique en ligne du groupe, cela nous donne au moins un certain revenu pour que nous puissions, entre autres, garder et payer notre salle de répétition. »

11. Mieux coordonner les outils et les initiatives des pouvoirs publics

Concernant les aides annoncées par le gouvernement, l'équipe de Court-Circuit précise qu’elles sont, pour le moment, un premier pas. Les artistes peuvent garder leur statut. Cette période n'est pas prise en compte pour la dégressivité du chômage. Les aides Art et Vie seront quand même versées. L'opération #nowwhat a permis de dresser un premier constat des besoins du secteur sur une période très courte (jusqu'au 5 avril 2020). Du côté des membres de Court-Circuit(des petites orgas, des petits festivals et les salles ''plasma''), les pertes ont été estimées à plus ou moins 175.000 € par semaine.
L’équipe de Court-Circuit continue en disant qu’il va falloir, dans un premier temps, se re-concentrer sur la dimension locale. « On ne pourra pas compter sur la venue d'artistes internationaux et les événements risquent d'être de taille réduite pendant encore un moment. Il est donc essentiel de continuer à soutenir et à mettre en avant les artistes locaux, d'en faire la promotion, de favoriser la découverte, etc. »
Court-Circuit souhaite que le secteur musical FWB se structure mieux pour être entendu auprès des pouvoirs publics. La situation est inédite pour tout le monde mais permet de réaffirmer l'importance de la collaboration entre les acteurs de la musique qui doivent se voir comme partenaires et non concurrents.

Fabian Hidalgo du Facir (Fédération des Auteurs Compositeurs et Interprètes Réunis) ajoute que ce qui a déjà été annoncé ou mis en place par l'état n'est pas du tout suffisant pour éponger l'urgence. « On craint le pire pour les mois à venir, lance Fabian. Au niveau de la FWB, un fonds de crise de 8,4 millions € est prévu pour le secteur culturel. Mais il ne couvre que la première période de confinement, à savoir du 14 mars au 19 avril 2020. Pour les annulations postérieures à cette date, rien n'est encore annoncé. Les artistes n'ont de manière générale pas droit au chômage temporaire, puisque celui-ci n'est applicable qu'aux contrats ayant débuté avant le 14 mars. Et on sait comme il est rare d'avoir un contrat ''long'' pour les musiciens. »
FACIR demande, avec d'autres fédérations professionnelles, un revenu de survie minimum garanti à tous les artistes.
PlayRight (la société de gestion des droits voisins) a mis en place un fonds d'urgence de 360.000€ pour permettre à leurs membres les plus précaires de demander un soutien de 250€/mois pour les mois de mars, avril et mai. « C'est à mon sens l'initiative la plus concrète pour aider les musiciens les plus en difficulté, précise Fabian. Malheureusement, beaucoup de musiciens ne sont pas membres de PlayRight. La SABAM a libéré 18 millions € pour ses membres aussi, mais en fait c'est un accès anticipé à une réserve sociale qui normalement n'est accessible qu'à partir de 60 ans. Donc si le musicien n'a pas généré assez de droits d'auteur que pour avoir une réserve, il n'aura droit à rien. »



Du côté de Bénédicte Linard, Ministre de la culture à la Fédération Wallonie-Bruxelles, assure que la rémunération des créateurs et prestataires (compagnies, artistes, auteurs, techniciens, etc.) chargés de la conception, de l’exécution ou la réalisation d’œuvres artistiques devra être honorée.
« Nous essayons de répondre à l’urgence, ajoute la Ministre, notamment via le maintien des subventions et la mobilisation du fonds de la Fédération qui couvre la période de confinement. Le Gouvernement évalue la situation de semaine en semaine. Vu l’ampleur des défis, le fonds de crise de la Fédération ne peut pas être le seul outil. Il faut compléter l’arsenal de mesures, comme nous sommes en train de le faire de manière spécifique avec la chaine du livre par exemple, mais aussi coordonner les efforts des pouvoirs publics. »
La Ministre ajoute que les pouvoirs publics doivent unir leurs forces et leurs leviers, en concertation avec les acteurs culturels, pour identifier les réponses possibles. Elle ajoute : « Mon cabinet a concerté aujourd’hui, le 24 avril, les opérateurs des arts de la scène (musique, théâtre, arts de rue…) afin de prendre en compte leurs réalités de terrain. Je vais également lancer une task force redéploiement culturel qui travaillera à des solutions créatives et intersectorielles pour soutenir le secteur dans les mois et les années à venir. Cette task-force sera notamment constituée d’un groupe d’experts intégrant une diversité d’acteurs, d’artistes directement, d’universitaires. »

12. Conclusions

Pour vous proposer une conclusion digne de ce nom, j’ai encore profité de Pierre. Voici son ressenti :

« En période de crise économique, il n’est malheureusement pas rare que le secteur culturel soit la victime de coupes les plus sombres. A quoi bon garder en vie des concerts, des festivals ou encore des spectacles alors que le paquebot menace de prendre le fond ? Et pourtant… En cette période où déjà demain semble plongé dans le brouillard, où il serait bon que l’humain laisse de côté ses habitudes les plus destructrices, il est crucial qu’il puisse s’exprimer comme bon lui semble, qu’il puisse s’évader dans de nouveaux imaginaires, qu’il puisse tout simplement se faire plaisir afin de ne pas, sans cesse, se dire que l’avenir sera plus compliqué que le présent.
Vous imaginez le mois passé et les semaines à venir sans musiques des tous horizons, sans films dépeignant les quatre coins du monde, sans séries qui permettent de se projeter dans un autre futur, sans bouquins qui font travailler et voyager les méninges ? Moi pas. »


J’ajoute que le milieu culturel possède cette incroyable capacité à se réinventer, à passer par la fenêtre lorsque la porte est fermée à double tour. Mais il a besoin de votre soutien. A défaut de pouvoir siroter une bière (ou une eau) en regardant votre band préféré, n’hésitez pas à visiter leur Bandcamp, à le faire découvrir à d’autres, à acheter leur merchandising si le portefeuille le permet. Et puis il faut bien se dire quand ça redémarrera, ça risque de voler ferme. Les dates vont s’enchaîner et on récupérera le temps (perdu ?).

En ce qui me concerne, je termine par une analyse plus large et plus philosophique de Jeroen Pede d’Alkerdeel
Alkerdeel


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que je trouve inspirante.
« La seule théorie pertinente avec laquelle je suis d’accord est que nous devrions cesser d’exploiter la terre comme l’humanité l’a fait au cours des derniers siècles. Plus nous empiétons sur les zones non habitées, abuser de la faune et de la flore, plus de situations comme celles-ci reviendront. En volant ou en limitant l’espace des animaux sauvages, plus ils deviendront malades, plus ces virus se transféreront à l’humanité. Ce n’est pas sorcier, c’est ouvrir les yeux. »


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AUTEUR : Isabelle
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évèn...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrièr...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe e...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....

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